Réunis en séminaire, les sénateurs LR préparent leur stratégie sur les retraites et l’immigration
Les sénateurs LR ont planché sur les projets de loi retraites et immigration, lors d’un séminaire à huis clos, sans oublier les élections sénatoriales. Sur ces deux textes majeurs, deux stratégies opposées s’annoncent : soutenir le texte retraite, pour mieux retrouver un rôle d’opposant sur l’immigration.

Réunis en séminaire, les sénateurs LR préparent leur stratégie sur les retraites et l’immigration

Les sénateurs LR ont planché sur les projets de loi retraites et immigration, lors d’un séminaire à huis clos, sans oublier les élections sénatoriales. Sur ces deux textes majeurs, deux stratégies opposées s’annoncent : soutenir le texte retraite, pour mieux retrouver un rôle d’opposant sur l’immigration.
François Vignal

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Pendant que les débats s’enlisent à l’Assemblée sur la réforme des retraites, les sénateurs LR étaient en séminaire, ce jeudi matin, à la Maison de l’Amérique latine, à Paris. Rassemblés autour de leur président de groupe, Bruno Retailleau, et du président du Sénat, Gérard Larcher, ils ont d’abord évoqué le prochain scrutin sénatorial de septembre 2023, où la moitié des sièges est en jeu, dont toute l’Ile-de-France. Un point rapide, histoire de rappeler les règles à respecter, avec une campagne officielle commençant le 1er mars, les commissions d’investiture, etc. Avec 65 sièges renouvelables sur 145, et des municipales 2020 qui se sont bien passées, « on peut gagner un peu. Mais j’anticipe plutôt une stabilité », affirme ce jeudi Bruno Retailleau. Encore une fois, la majorité sénatoriale, formée avec les centristes, devrait être conservée.

Les sénateurs LR ont surtout planché sur la suite : la réforme des retraites, qui sera examinée en séance au Sénat du 2 au 12 mars, et le texte sur l’immigration, qui viendra dans l’hémicycle le 28 mars. Deux morceaux de choix.

Alors qu’à l’Assemblée, la droite se divise sur les retraites, les sénateurs LR cherchent à montrer leurs différences. Le député Aurélien Pradié et ses amis mettent en effet la barre tellement haut, qu’elle semble infranchissable, au point de mettre à mal la stratégie des LR, qui ont dealé en amont avec Elisabeth Borne. C’est deux salles, deux ambiances.

« Jamais la droite n’a été autant fragilisée et jamais la droite n’a été autant courtisée », note Bruno Retailleau

Pour le président du groupe LR, il y a « un paradoxe. Jamais la droite n’a été autant fragilisée et jamais la droite n’a été autant courtisée. Et quand on voit la perte de repères dans notre propre famille politique, il faut plus que jamais représenter une droite claire et un groupe solidaire. Il faut que le Sénat, y compris notre groupe, joue à fond la différence ». « La meilleure préparation pour les sénatoriales, c’est d’offrir l’image d’un Sénat sérieux, respectueux du débat démocratique, qui cherche avant tout l’intérêt général », ajoute le sénateur LR de Vendée, qui insiste :

Le jour où le Sénat copiera l’Assemblée, je ne donne pas cher de notre avenir.

Marc-Philippe Daubresse, sénateur LR du Nord, dit les choses plus crûment. « Il y a un contraste total entre la bordélisation de l’Assemblée nationale et la grande stabilité et la grande cohésion du groupe LR du Sénat », avance le sénateur. Raillant les « députés zébulons de LR », l’ancien ministre ajoute que « les sénateurs LR sont perçus comme un îlot de constance et de stabilité ». Avec quelques requins autour quand même. L’élu du Nord en remet une couche et attaque le troisième homme de l’élection interne de LR. « Vous enlevez le p de Pradié, vous mettez un i, ça fait irradié. S’il continue comme ça à faire de la surenchère, il va finir irradié », lâche Marc-Philippe Daubresse… La bataille interne a laissé des traces.

Une « très large majorité du groupe LR » votera le texte sur les retraites

Si les LR veulent jouer la constance, la stratégie ne sera néanmoins pas la même selon les projets de loi. Côté pile, côté retraite, c’est une droite en accord avec le gouvernement, sur l’essentiel du texte. Catherine Deroche, présidente de la commission des affaires sociales, et René-Paul Savary, qui sera le rapporteur LR, on fait un point.

« Ils ont dit que ça faisait 4 ans qu’on votait un texte sur les retraites, et comme le gouvernement vient sur notre texte (report de l’âge de départ à 64 ans et accélération de la réforme Touraine, ndlr), plutôt que l’inverse, qu’ils se sont inspirés de notre texte, il n’y a aucune raison de ne pas voter ce texte », rappelle Marc-Philippe Daubresse. Les sénateurs comptent néanmoins « améliorer » le projet de loi sur les carrières longues, la pénibilité, la politique familiale et la question des femmes. Mais sans trahir de secret d’Etat, ou plutôt sénatorial, le sénateur du Nord assure qu’« il y aura une très large majorité du groupe LR qui va voter ce texte ».

« Nous, on aura un vote sur les retraites »

« On est sur l’idée qu’on présentera des amendements de groupe. Il y a un risque d’embouteillage, et même peut-être d’obstruction de nos collègues de gauche. Donc ça suppose une discipline plus importante de notre part », explique Bruno Retailleau. S’il est trop tôt pour évoquer des amendements précis – cela dépendra du texte qui arrivera de l’Assemblée – les sénateurs LR ont prévu mercredi prochain « une réunion spécifique sur les retraites ».

Toujours histoire de jouer la différence, Marc-Philippe Daubresse prévient que « nous, on aura un rythme plus maîtrisé des débats au Sénat ». Alors que les députés risquent de ne pas aller au bout en raison de l’obstruction de LFI, « nous, on aura un vote », lance, presque bravache, le sénateur LR.

« Est-ce qu’on veut la grande régularisation ou une rupture pour prendre le contrôle de l’immigration ? » demande Bruno Retailleau

Côté face, c’est l’immigration. Le gouvernement devra cette fois composer avec des sénateurs beaucoup plus retors. Le président de la commission des lois, François-Noël Buffet, dont le rapport a inspiré le gouvernement sur son projet de loi, a pris la parole à son tour, avec la future corapporteure, Muriel Jourda, suivis de l’ex-patron de Frontex, Fabrice Leggeri, et de l’ambassadeur du Danemark en France. Son pays a choisi une politique dure en matière d’immigration. « L’extrême droite y est passée en 10 ans de 20 à 3 % », relève Bruno Retailleau, qui compare avec la Suède, « qui se pose comme une puissance humanitaire, qui prend le risque d’accueillir l’immigration à tout va et où l’extrême droite est aux portes du pouvoir ». Des exemples qui doivent inspirer la France, on l’aura compris, selon le patron des sénateurs LR. « Est-ce qu’on veut la grande régularisation ou une rupture pour prendre le contrôle de l’immigration ? » demande l’ancien candidat pour la présidence des LR.

Lire aussi » Loi immigration : « Si le gouvernement veut faire du « en même temps », ce sera l’insurrection dans les urnes », prévient Bruno Retailleau

Alors que le texte du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, entend allier durcissement et régularisation dans les métiers en tension, Bruno Retailleau prévient qu’en l’état, « il n’est pas question de voter le texte. Ou plutôt, on votera un texte qui répondra à l’exigence des Français. 70 % des Français considèrent il y a trop d’étrangers en France ». « On va réécrire complètement le texte du gouvernement », ajoute de son côté Marc-Philippe Daubresse, « le texte voté au final sera très proche des travaux de François-Noël Buffet ».

Après les retraites, on sent les LR tentés de se racheter une vertu d’opposant sur l’immigration

Il faudra voir si les ouvertures du ministre de l’Intérieur, comme sur les quotas, déjà votés dans le passé au Sénat, pourront permettre de trouver une voie de passage, ou si, sur ce texte, les LR s’opposeront quoi qu’il arrive. Après les retraites qui devraient se conclure par un vote, on sent les LR tentés de se racheter une vertu d’opposant. Car à la fin, s’ils votent tous les textes d’Emmanuel Macron, difficile de se dire dans l’opposition…

S’agit-il de reprendre politiquement ses distances ? « Pas seulement », répond Bruno Retailleau, qui ne dément pas, avant d’ajouter cependant : « C’est une question d’honnêteté politique, vis-à-vis des Français ». Il continue : « On ne votera pas un texte uniquement pour avoir de petites améliorations, qui ne changeront rien. Mais qu’avec la conviction qu’on reprendra le contrôle, la maîtrise de l’immigration massive ». Toujours est-il que pour la droite sénatoriale, la période permet de peser sur les débats, ou au moins de se faire entendre.

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Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». 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