Revalorisation des enseignants : la droite sénatoriale veut mettre fin à « l’uniformisation » des carrières
Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, la revalorisation « inconditionnelle » de 10 % de tous les enseignants s’inscrit en pointillé. Après une journée de grève interprofessionnelle et à quelques jours de l’examen du budget, la majorité sénatoriale de droite incite le gouvernement à aller plus loin dans les rémunérations au mérite.

Revalorisation des enseignants : la droite sénatoriale veut mettre fin à « l’uniformisation » des carrières

Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, la revalorisation « inconditionnelle » de 10 % de tous les enseignants s’inscrit en pointillé. Après une journée de grève interprofessionnelle et à quelques jours de l’examen du budget, la majorité sénatoriale de droite incite le gouvernement à aller plus loin dans les rémunérations au mérite.
Simon Barbarit

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C’est un sparadrap qui colle au gouvernement depuis le précédent quinquennat. La revalorisation des enseignants devait être la grande réforme de Jean-Michel Blanquer. Elle s’est transformée en une promesse de campagne d’Emmanuel Macron. Une promesse en passe d’être non tenue selon les syndicats qui appelaient à une journée de grève ce jeudi.

La promesse avait été faite en deux temps par le président sortant. En mars dernier, dans le cadre de la présentation de son « pacte nouveau » pour l’Ecole et les professeurs, il avait d’abord conditionné cette revalorisation. Etaient concernés les enseignants « prêts à s’engager » dans « des nouvelles missions » comme des activités périscolaires, ou, plus généralement, dans la vie pédagogique de leurs établissements. Puis dans le « money time » de la campagne d’entre deux tours, Emmanuel Macron avait assuré pour janvier 2023 « une revalorisation d’environ 10 % des salaires des enseignants ». « Il n’y aura plus de démarrage de carrière sous 2 000 euros par mois. Donc je veux dire ici très clairement que ce n’est conditionné à absolument rien », avait-il précisé.

« Nous considérons qu’il y a tromperie »

6 mois plus tard, le compte n’y est pas pour les syndicats. « Ce ne sera pas 10 %, ce ne se sera pas pour tout le monde et ce ne sera pas en janvier mais septembre 2023 », résume Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU.

935 millions d’euros sont fléchés vers la revalorisation dans le budget 2023 mais pour une mise en œuvre à la rentrée prochaine. 635 millions concernent la part dite « inconditionnelle ». 300 millions sont fléchés vers la revalorisation « conditionnée » aux nouvelles missions des professeurs qui s’engageront dans « le pacte nouveau » pour l’école.

« Nous avons fait le calcul. Il faudrait 1,2 milliard pour augmenter l’ensemble des personnels de l’Education nationale. Donc, nous considérons qu’il y a tromperie », estime Sophie Vénétitay.

Autre inquiétude pour le corps enseignant, cette augmentation de 10 % pourrait prendre en compte « les primes Grenelle » de ces deux dernières années. Ces « 10 % » prendront-ils en compte la hausse de 3,5 % du point d’indice des fonctionnaires ?

Dans un courrier envoyé il y a quinze jours au 1,2 million de personnels que compte l’Education nationale, Emmanuel Macron a concédé que « trop de professeurs ne sont pas reconnus comme ils le devraient ».

« L’uniformisation et l’égalitarisme sont en train d’affaiblir l’attractivité du métier »

Mais du côté de la majorité sénatoriale de droite, le manque d’attractivité du métier d’enseignant ne pourra être résorbé par une « augmentation des rémunérations basée sur les barèmes et l’ancienneté ». Max Brisson, vice-président LR de la commission de la Culture et de l’Education et auteur d’un rapport sur le bilan de Jean-Michel Blanquer, s’oppose « au discours syndical ». « C’est une utopie d’affirmer que le métier est le même selon les activités et selon les territoires. L’uniformisation et l’égalitarisme sont en train d’affaiblir l’attractivité du métier. On ne peut pas attirer les jeunes en leur disant qu’ils gagneront correctement leur vie à la fin de leur carrière. Le système actuel, c’est un bizutage institutionnalisé des jeunes professeurs. On ne peut pas s’étonner qu’ils démissionnent. Le gouvernement ne va pas assez loin dans la contractualisation des carrières. Tant que nous n’aurons pas de loi d’orientation, le gouvernement continuera à faire du bricolage réglementaire », dénonce-t-il.

Lundi 3 octobre, Pap Ndiaye lancera le cycle des concertations avec les syndicats. Le ministre est prévenu, ils ne veulent pas entendre parler de rémunération au mérite. « Une enquête du ministère a montré que les enseignants travaillent en moyenne 42,5 heures par semaine. Je ne pense pas que la meilleure façon d’attirer les gens soit de reprendre le slogan travailler plus pour gagner plus, alors que nous sommes en année de pénurie d’enseignants (4000 postes restent à pourvoir NDLR) », prévient la secrétaire générale du SNES-FSU.

Pierre Ouzoulias, vice-président communiste de la commission de la culture et de l’éducation du Sénat abonde : « L’Etat n’arrive pas à recruter et se retrouve obligé de passer par des contractuels. L’exécutif tient des discours sur la pédagogie et la formation, mais se retrouve avec des professeurs qui ne sont pas formés. Il faut revoir la formation. Le concours à Master 2, c’est tard pour les familles des classes populaires. Je reste un nostalgique des écoles normales d’instituteurs ».

Une marge de manœuvre demeure toutefois pour le gouvernement, les syndicats ne sont pas contre une loi de programmation qui permettrait d’échelonner sur le quinquennat les revalorisations.

Cette piste avait été évoquée par Jean-Michel Blanquer, début 2020, afin de compenser le manque à gagner d’une grande réforme des retraites paramétrique. La crise sanitaire survenue quelques semaines plus tard, avait mis un terme aux deux projets de loi.

« C’est de l’argent foutu l’air »

L’année dernière, alors que le budget de l’Education nationale avait déjà marqué une augmentation de 2,6 %, (contre 6,5 % en 2023, soit 3,7 milliards d’euros de crédits supplémentaires), un rapport sénatorial s’était penché sur l’attractivité du métier d’enseignant. Le rapport de Gérard Longuet (LR) relevait que les salaires français enregistraient d’importantes augmentations en milieu de carrière, généralement au bout de 15 ans d’ancienneté. « Les enseignants rattrapent la moyenne européenne après l’âge de 50 ans », indiquait-il.

Contacté par Public Sénat ce jeudi, le sénateur de la Meuse estime que le gouvernement met « la charrue avant les bœufs ». « Il propose une augmentation significative des rémunérations sans prendre en compte le statut de l’enseignant et son affectation géographique. C’est sûr que si on se contente d’augmentations inconditionnelles, c’est de l’argent foutu l’air », lâche-t-il.

 

 

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