Révision constitutionnelle : des incertitudes et l’ombre du référendum
La réforme des institutions avec ou sans le Sénat ? Tenter le référendum ? La révision constitutionnelle voulue par Emmanuel...

Révision constitutionnelle : des incertitudes et l’ombre du référendum

La réforme des institutions avec ou sans le Sénat ? Tenter le référendum ? La révision constitutionnelle voulue par Emmanuel...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La réforme des institutions avec ou sans le Sénat ? Tenter le référendum ? La révision constitutionnelle voulue par Emmanuel Macron à l'été fait phosphorer à tous les étages et met le Parlement en ébullition, dans l'attente des arbitrages de l'exécutif.

Dans la "transformation" projetée par l'exécutif, les grandes lignes martelées sont moins de parlementaires, pas plus de trois mandats dans le temps, dose de proportionnelle, réforme du Conseil supérieur de la magistrature, suppression de la Cour de justice de la République, plus grande liberté d'administration pour les collectivités.

La Corse, où se rend Emmanuel Macron mardi, pourrait éventuellement s'y ajouter. Ou d'autres sujets ?

2018 "ne peut pas être l'année des divisions, des petits calculs", a lancé le président il y a quelques jours devant les corps constitués, exhortant à "renouer avec le goût du risque" et souhaitant réduire de "quasi la moitié" le nombre des membres du Cese (Conseil économique, social et environnemental), censé devenir une "chambre du futur".

Ces paroles ont pu avoir une résonance particulière pour le président du Sénat. Gérard Larcher (LR), qui peut freiner voire bloquer la réforme, a livré fin janvier 40 propositions et confirmé des lignes rouges, notamment l'opposition à "l'interdiction du cumul dans le temps".

Le président de l'Assemblée François de Rugy (LREM) avait présenté auparavant sa copie, inspirée de groupes de travail transpartisans, et suggérant une accélération de la procédure législative, un droit de pétition revu, ou la neutralité du net.

Les têtes des deux chambres se verront jeudi.

- "Poker menteur" -

François de Rugy, pour qui l'alternative d'un référendum n'est "pas un tabou", a invité les sénateurs à ne pas être "serial bloqueurs" et prévenu que "notre esprit réformateur", "nous ne l'abdiquerons pas".

Au-delà du "poker menteur" actuel, "la droite ne nous fera pas de cadeau", pensent certains LREM.

Gérard Larcher, "un peu maquignon, a envie d'un accord" mais s'est peut-être durci vu des évolutions internes, selon un ténor de la majorité. Et "tient-il le Sénat" ou les clés sont-elles davantage côté Bruno Retailleau, patron du groupe LR, et côté Laurent Wauquiez.

La garde des Sceaux Nicole Belloubet a indiqué "étudier" les propositions des assemblées "pour voir (...) les marges de divergence et points d'accord".

Le texte gouvernemental doit être soumis rapidement au Conseil d'Etat pour une présentation en Conseil des ministres mi-mars. Le projet de loi arriverait à l'Assemblée début mai, au Sénat début juin, de source parlementaire.

"Viendra le moment de vérité, sur la capacité des chambres à s'accorder", pronostique-t-on. La voie "normale" de révision, suivant l'article 89 de la Constitution, prévoit l'adoption d'un texte identique, puis une majorité des 3/5e des suffrages exprimés du Parlement en Congrès.

Une autre voie agite politiques et juristes : le recours à l'article 11, par lequel peut être soumis à référendum "tout projet de loi" sur "l'organisation des pouvoirs publics", utilisé par Charles de Gaulle pour l'élection du président au suffrage universel en 1962 -ce qui avait déclenché un conflit avec le président du Sénat Gaston Monnerville.

La ministre de la Justice a envisagé l'hypothèse de l'article 11 pour introduire la proportionnelle aux législatives, le nombre de parlementaires et le non-cumul dans le temps, sujets pouvant potentiellement passer par des lois organiques ou simples, sans réviser la Constitution. Selon Mme Belloubet, "nous utiliserons tous les outils qui sont dans la boîte à outils".

Le président du MoDem François Bayrou a exhorté Emmanuel Macron à "ne pas céder" ou renoncer à la réforme, ne voyant "pas de risque" à recourir à un référendum, "l'instrument absolu d'une démocratie".

Il y aura "tous les étages" de la fusée, pronostique une source gouvernementale : Congrès sur les points convergents (CSM, CJR...), référendum sur les points bloquants, et lois.

Face aux multiples scénarios, les élus des oppositions s'accordent pour réclamer que la case Parlement ne saute pas. Un référendum direct serait "un acte monarchique", selon le président de l'UDI Jean-Christophe Lagarde. Cette "tentation", sur "une base teintée d’antiparlementarisme", est "dangereuse", pour la chef de file des sénateurs communistes Eliane Assassi.

"Ce serait assez gonflé", juge un élu de la majorité.

Partager cet article

Dans la même thématique

Session of questions to the government at the National Assembly
2min

Politique

Budget : Sébastien Lecornu a choisi le recours au 49.3

Après un week-end de réflexion, le Premier ministre va annoncer en Conseil des ministres le recours au 49.3 pour faire passer le budget 2026. Après avoir concédé de nombreux gestes en direction des socialistes, Sébastien Lecornu a obtenu de leur part un accord de non-censure. Le chef du gouvernement revient donc sur son engagement de ne pas avoir recours à cet article, mais évite la voie plus brutale des ordonnances.

Le

Formal opening session of the Court of Cassation
5min

Politique

Budget des collectivités : le gouvernement tend la main au Sénat en proposant un effort contenu aux alentours de 2 milliards d’euros

Dans la dernière ligne droite du marathon budgétaire 2026, le gouvernement ne souhaite pas prolonger plus que nécessaire la navette parlementaire en cas de recours à l’article 49.3. Pour que les sénateurs ne reviennent pas sur la copie qui serait validée par l’Assemblée, le gouvernement a limité l’effort demandé aux collectivités « un marqueur du Sénat ».

Le

Révision constitutionnelle : des incertitudes et l’ombre du référendum
3min

Politique

Municipales à Paris : « Je regrette qu'on ne soit pas unis derrière la candidature de Rachida Dati », expose Aurore Bergé

À quelques semaines des élections municipales 2026, les rangs macronistes avancent en ordre dispersé à Paris. Aurore Bergé, ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, soutient Rachida Dati. « C’est elle qui peut gagner », estime la responsable sur Public Sénat ce lundi. Une position contraire à celle de son parti, Renaissance, qui s’est allié au candidat Horizons Pierre-Yves Bournazel.

Le