Révision constitutionnelle : pourquoi Emmanuel Macron veut-il avoir recours à « une commission transpartisane ? »
S’il est réélu, Emmanuel Macron entend mettre en place « une commission transpartisane » pour réviser la Constitution. Une structure où les forces politiques pourront s’exprimer sur la réforme des institutions. Qu’en pensent les constitutionnalistes ?

Révision constitutionnelle : pourquoi Emmanuel Macron veut-il avoir recours à « une commission transpartisane ? »

S’il est réélu, Emmanuel Macron entend mettre en place « une commission transpartisane » pour réviser la Constitution. Une structure où les forces politiques pourront s’exprimer sur la réforme des institutions. Qu’en pensent les constitutionnalistes ?
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

« J’ai échoué durant ce quinquennat, à faire la révision constitutionnelle que je voulais faire », a reconnu Emmanuel Macron lors du débat d’entre deux tours, rappelant qu’il n’avait pas réussi à obtenir un accord du Parlement sur un texte.

Si le président sortant veut toujours « rénover la vie démocratique », il compte s’y prendre différemment. Comment ? « Je veux pouvoir avoir une commission transpartisane où toutes les forces politiques puissent pouvoir proposer quelque chose […] exprimer leurs sensibilités sur les voies et moyens d’améliorer nos institutions », a-t-il expliqué.

Rappelons ici, que la procédure de révision constitutionnelle est définie à l’article 89 de la Constitution. Un projet, ou une proposition de loi, de révision constitutionnelle doit être adopté en termes conformes par l’Assemblée nationale et le Sénat, puis adopté soit par référendum, soit par 3/5 du Parlement réuni en Congrès.

La commission transpartisane que compte mettre en place le chef de l’Etat interviendrait en amont de cette procédure.

>> Lire notre article. Duel Macron/Le Pen : ce qu’il faut retenir du débat de l’entre-deux-tours

« Emmanuel Macron semble vouloir mettre en place une commission totalement politique »

Dans le passé, on ne compte plus les commissions d’experts en charge de réfléchir à une révision constitutionnelle, la commission Vedel (1993), la commission Avril (2002), la commission Balladur (2007), commission Jospin… « De mon point de vue, nous ne sommes pas du tout dans la même la logique. Emmanuel Macron semble vouloir mettre en place une commission totalement politique. Je ne sais quels critères seraient retenus pour la mettre en place. Il y a deux manières d’être transpartisan. Soit, on tient compte des représentations politiques des deux assemblées. Soit on prend en compte une représentation paritaire des différentes formations politiques », analyse Anne Levade, constitutionnaliste, ancienne membre du comité Balladur.

« Une sorte de commission mixte paritaire par anticipation »

Jean-Philippe Derosier, professeur de Droit public à l’Université de Lille, appelait déjà en 2017, Emmanuel Macron « à innover » pour réviser la Constitution. « L’avantage des comités d’experts, c’est qu’ils ont une fine connaissance de la Constitution. L’inconvénient, c’est qu’ils se soucient peu de la faisabilité politique de leurs propositions. En cas de nouveau mandat d’Emmanuel Macron, Jean-Philippe Derosier envisage une commission transpartisane composée de parlementaires. « Une façon d’anticiper les divergences qui auront court dans l’hémicycle. Une sorte de commission mixte paritaire par anticipation », avance-t-il.

« Vous êtes à deux doigts de nous inventer l’Assemblée nationale », a d’ailleurs moqué Marine Le Pen lors du débat lorsqu’Emmanuel Macron a présenté son idée.

« Le problème, c’est que les formations politiques dominantes de l’élection présidentielle, le RN et la France Insoumise, ont des aspirations qui ont peu de chances de passer la barrière du Sénat, dominé par la droite », estime Benjamin Morel en faisant référence au « Référendum d’initiative citoyenne ». Le constitutionnaliste note d’autres points de blocage, par exemple la proportionnelle. Intégrale ? Comme pourrait l’envisager Emmanuel Macron ? Avec une prime majoritaire, comme l’a proposée Marine Le Pen ? « Une loi ordinaire suffit pour introduire la proportionnelle aux législatives. Mais Emmanuel Macron ne pourra pas faire passer sa révision constitutionnelle sans faire passer cette loi. Ce sera tout ou rien. Je ne veux pas jouer les Cassandre mais, il est probable que le rapport que remettra cette commission transpartisane ne franchisse pas la navette parlementaire », ajoute-t-il.

« La Constitution n’est pas un texte politique »

Ces cinq dernières années, Emmanuel Macron et sa majorité ont régulièrement rejeté la responsabilité de l’échec de la révision constitutionnelle sur les sénateurs. A la rentrée 2019, le gouvernement avait fait pression au point de conditionner l’inscription du texte au Parlement à « un accord global préalable » avec la Chambre haute. « Pas question d’avoir un débat parlementaire tronqué », avait rétorqué Gérard Larcher.

>> Lire notre article. Réforme constitutionnelle : tu veux ou tu veux pas ?

« Je n’ai pas l’impression que le RIC serait une ligne rouge du Sénat. Lors de ce quinquennat, les points de blocage se sont concentrés sur l’affaiblissement du rôle du Parlement, par la réduction du nombre de parlementaires, l’abandon d’une nouvelle lecture après l’échec d’une commission mixte paritaire et la limitation du droit d’amendement », rappelle Jean-Philippe Derosier.

« Il y a 10 000 manières de mettre en place le RIC, je ne suis pas certaine que les parlementaires y soient hostiles », convient Anne Levade avant de conclure. « La logique d’une révision constitutionnelle, c’est qu’elle convienne à tout le monde, à toutes les institutions. Ce n’est pas un texte politique. Par exemple, notre Constitution a permis à François Mitterrand de nationaliser des entreprises. Et quelques années plus tard, au gouvernement de Jacques Chirac de les privatiser. Elle doit permettre à un président démocratiquement élu d’appliquer sa politique ».

 

Partager cet article

Dans la même thématique

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
9min

Politique

« Je serai le Président de l’ordre, de la justice et de la fierté française » : Bruno Retailleau se déclare candidat à la présidentielle de 2027

Le président des LR se lance dans la course pour 2027. « J’ai pris la décision d’être candidat à l’élection présidentielle » a annoncé l’ancien ministre de l’Intérieur, assurant ne pas vouloir être chef de l’Etat « par obsession du pouvoir, mais par sens du devoir ». Une décision que l’ancien président du groupe LR du Sénat a « mûri » petit à petit. Mais selon ses proches, il a en réalité décidé d’y aller « il y a déjà plusieurs mois ».

Le

« Regards croisés allemand et polonais sur les grands dossiers européens »
4min

Politique

Union européenne : au Sénat, des acteurs allemands et polonais appellent à « améliorer notre capacité à se défendre sans divorcer avec les Etats-Unis »

L’année 2026 célèbre le 35e anniversaire du Triangle de Weimar, une coopération entre la France, l’Allemagne et la Pologne basée sur le renforcement du dialogue politique entre les trois pays. Pour l’occasion, la commission des affaires européennes du Sénat a invité deux représentants de think tanks allemand et polonais, ce jeudi 12 février, pour croiser leurs regards sur une actualité européenne sous tension : les offensives de Donald Trump et la montée de l’extrême-droite sur le Vieux Continent.

Le

Paris: no-confidence debate in French parliament
5min

Politique

Programmation pluriannuelle de l’énergie : la feuille de route de Sébastien Lecornu coûte-elle 300 milliards comme l’affirme le RN ?

Sébastien Lecornu a détaillé la nouvelle feuille de route énergétique de la France, très attendue depuis 3 ans.  La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui prévoit une relance du nucléaire et la poursuite du développement des énergies renouvelables est estimée par le Rassemblement national à un minimum de 300 milliards d’euros. Un calcul démenti par les experts.

Le