« Révolution des peines » : « On n’a pas les moyens de faire mieux »
Emmanuel Macron présente mardi à Agen sa « révolution des peines » pour faire de la prison « un dernier recours ». Une intention louable à ceci près que ce mécanisme a déjà cours, selon les invités de Sénat 360, qui pointent surtout le manque de moyens de l’appareil judiciaire.

« Révolution des peines » : « On n’a pas les moyens de faire mieux »

Emmanuel Macron présente mardi à Agen sa « révolution des peines » pour faire de la prison « un dernier recours ». Une intention louable à ceci près que ce mécanisme a déjà cours, selon les invités de Sénat 360, qui pointent surtout le manque de moyens de l’appareil judiciaire.
Public Sénat

Par Héléna Berkaoui

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Le président de la République dévoile ce mardi la « refondation pénale » qu’il entend mener. Privilégier les sanctions alternatives et faire en sorte que les peines de prison soient « réellement et immédiatement » appliquées. Invitée sur le plateau de Sénat 360, la secrétaire générale de l’union syndicale des magistrats (USM), Céline Parisot, est un peu agacée par les affirmations du président de la République.

« Les peines sont exécutées et effectivement pour beaucoup d’entre elles, elles le sont avec beaucoup de retard parce qu’on n’a pas les moyens de faire mieux », fulmine-t-elle. La « révolution des peines » pour faire de la prison « un dernier recours » voulue par le président de la République est déjà en marche, selon Céline Parisot qui affirme que « la peine de prison, aujourd’hui déjà, c’est le dernier recours, c’est la peine que l’on prononce lorsqu’on a essayé tout le reste et qu’on ne peut plus faire autrement ».

« On fait du mieux qu’on peut avec un manque de moyens matériels »

La refondation des peines de prison – déjà entamée par Christiane Taubira lors de sa réforme pénale – est un sujet qui revient régulièrement dans le débat public. Élu national de la CGT insertion et probation, Julien Magnier témoigne des difficultés qu’il rencontre dans l’accompagnement des détenus. « On fait du mieux qu’on peut avec un manque de moyens matériels », souffle-t-il. « Le président Macron parlait de 40 personnes dans son programme par conseiller d’insertion et de probation, la moyenne actuellement c’est environ 100 personnes » par conseiller, affirme Julien Magnier, un brin sceptique sur l’effectivité des promesses de campagne du président.  

« Il faut arrêter de dire que les peines de moins de deux ans, comme le disait Monsieur Macron, ne sont pas exécutées »

Les moyens, les moyens, les moyens. Voilà le nerf la guerre selon les invités de Sénat 360. La secrétaire de l’USM tient également à déconstruire un préjugé : il y a « environ 18 000 personnes qui sont en détention pour l’exécution d’une peine de moins d’un an, donc il faut arrêter de dire que les peines de moins de deux ans, comme le disait Monsieur Macron, ne sont pas exécutées ».

La diversification des peines ne fait pas débat. « Les peines peuvent être de nature très différentes et l’utilité de l’incarcération gérée de façon différente », assure le sénateur LR, François-Noël Buffet. Mais la question des moyens revient sur la table. « Mettre en place un bracelet électronique ou un placement extérieur, ça demande énormément de temps, énormément de travail de la part des services pénitentiaires d’insertion et de probation et des juges d’application des peines, ça ne se fait absolument pas du jour au lendemain, il y a des conditions à vérifier », prévient Céline Parisot.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Hearing of France’s Justice Minister Gerald Darmanin at National Assembly
9min

Politique

Moratoire, quotas, OQTF…  Pourquoi le plan de Gérald Darmanin pour « tarir l'immigration » se heurte à la Constitution et au droit européen

Dans une interview fleuve au Journal du Dimanche, le ministre de la Justice explique vouloir refonder la politique migratoire. Il reprend pour partie des mesures déjà défendues par la majorité sénatoriale de droite et du centre, mais dont la faisabilité et la constitutionnalité questionnent. De son côté, la gauche lui reproche d’entretenir à dessein « l’idée d’une submersion ».

Le

Encyclical by Pope Leo XIV
6min

Politique

Encyclique du pape Léon XIV : « Une mise en garde contre la culture de la performance et de l’optimisation permanente »

Dans l'encyclique « Magnifica Humanitas » (Humanité magnifique) publiée ce lundi, le pape Léon XIV a appelé, dans son premier texte majeur, à « désarmer » l'intelligence artificielle (IA) pour « l'empêcher de dominer l'humain ». Pour Éric Salobir, président de la Human Technology Foundation et expert dans les nouvelles technologies auprès du Saint-Siège, il s’agit d’un nouveau chapitre important de la doctrine sociale de l’Église. Entretien.

Le

« Révolution des peines » : « On n’a pas les moyens de faire mieux »
3min

Politique

Présidentielle : « Il n’y aura qu’un seul candidat du bloc central et ça sera Édouard Philippe », veut croire Naïma Moutchou (Horizons)

Invitée de notre matinale, la ministre des Outre-mer est revenue sur le dernier baromètre Odoxa-Mascaret pour Public Sénat et la presse quotidienne régionale qui place son candidat, Édouard Philippe, au coude-à-coude avec Jean-Luc Mélenchon. Naïma Moutchou estime que le maire du Havre a une longueur d’avance sur ses concurrents et s’imposera comme candidat du bloc central.

Le