RIP sur l’immigration : le texte des LR arrive devant le Conseil constitutionnel

Les Républicains ont recueilli le nombre de signatures de parlementaires nécessaires pour lancer un référendum d'initiative partagée sur l'immigration. Leur proposition de loi, déposée à l’Assemblée nationale, va être transmise au Conseil Constitutionnel qui aura un mois pour examiner sa validité. Mais le chemin avant que les Français ne puissent se prononcer est encore long et semé d’embuches.
Romain David

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Les Républicains déposent ce mardi au Palais Bourbon leur proposition de loi référendaire sur l’immigration. Charge à Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale, de transmettre au Conseil constitutionnel ce texte qui a recueilli les signatures de 190 parlementaires, étape préalable au déclenchement d’un référendum d’initiative partagée. « Cette démarche vise à rompre un tabou, la prise d’otage du peuple français par une certaine élite. Il est temps de donner la parole aux Français en termes d’immigration », a fait valoir Éric Ciotti, le président des Républicains, à l’occasion d’une conférence de presse ce mardi 12 mars, la première donnée dans les nouveaux locaux du parti, en face de l’Assemblée nationale. « Des locaux qui seront le cadre de nos futures batailles », a souligné le député des Alpes-Maritimes.

Au lendemain de la censure par le Conseil constitutionnel d’une large partie du projet de loi immigration, la droite avait annoncé vouloir enclencher un référendum d’initiative partagé sur certaines mesures retoquées par les sages de la rue Montpensier, car considérées comme des cavaliers législatifs. « Cette censure s’inscrit dans une forme de cynisme dont le président de la République et son gouvernement sont coutumiers : d’un côté soutenir le texte, de l’autre négocier sa censure avec certains membres du Conseil constitutionnel », accuse Éric Ciotti. « Nous prenons nos responsabilités », ajoute-t-il.

« Le texte qui a été promulgué n’avait aucune chance de passer dans les deux assemblées », estime pour sa part Bruno Retailleau, le chef de file des sénateurs LR.

Des mesures sociales en lien avec l’immigration

Actuellement, l’article 11 de la Constitution ne permet pas d’organiser un référendum sur la question migratoire. Les LR espèrent contourner ce « verrou » en se focalisant sur des dispositifs sociaux qu’ils considèrent comme attractifs pour l’immigration : notamment la limitation des prestations sociales non contributive versées aux étrangers résidents sur le sol français, la fin des réductions tarifaire dans les transports en commun pour les personnes sans papiers, ou encore la transformation de l’Aide médicale d’Etat (AME) en une Aide médicale d’urgence (AMU) avec un panier de soins restreints.

La proposition de loi face au juge constitutionnel

Leur texte a réuni 190 signatures de parlementaires sur les 185 nécessaires pour lancer la procédure, 125 au Sénat et 65 à l’Assemblée nationale, « avec l’apport de quelques non-inscrits », assure Éric Ciotti. Le Conseil constitutionnel aura un mois pour les valider, vérifier que la proposition de loi s’inscrit bien dans les limites de l’article 11, mais aussi que les mesures portées ne sont pas anticonstitutionnelles.

Sur ce point, la conditionnalité des prestations sociales non contributives pourrait être considérée comme une rupture d’égalité devant la loi, c’est du moins un point qui avait été soulevé à l’automne, lors des débats autour du texte immigration. La députée LR du Doubs, Annie Genevard tient à rappeler que « cette différenciation existe déjà dans la loi, avec le RSA » ; actuellement cinq années de séjour sont nécessaires pour pouvoir prétendre au revenu de solidarité active. « Nous sommes confiants et juridiquement certains de notre analyse pour dire aujourd’hui que cette disposition est conforme à la Constitution », martèle Éric Ciotti.

Cinq millions de signatures

Si la proposition de loi est validée par le juge constitutionnel, elle devra encore recueillir, dans un délai de 9 mois, le soutien d’au moins 10 % du corps électoral, soit près de 5 millions de personnes, avant qu’un référendum ne puisse être organisé sur le texte. À moins que le président de la République ne choisisse de le faire inscrire à l’ordre du jour, dans l’une des deux chambres du Parlement.

Installée par la réforme constitutionnelle de 2008, la procédure du référendum d’initiative partagée, déclenchée à plusieurs reprises, n’a encore jamais abouti. La percée la plus significative avec ce mécanisme législatif concerne la proposition de loi contre la privatisation des aéroports de Paris, lancée en 2019, et qui avait glané un peu plus d’un million de signatures.

« Cinq millions de signatures… Il va quand même falloir aller les chercher. Si à la limite nous étions un parti avec 500 000 adhérents » nous confiait, fin février, un poids lourd de la droite sénatoriale. Avant de reconnaître que ce RIP est aussi une manière pour LR – qui réclame une révision constitutionnelle afin de pouvoir directement consulter les Français sur l’immigration – « de remettre le sujet sur la table ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Seance questions au gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Travail le 1er mai : une réforme quasi enterrée, que ses défenseurs cherchent à réanimer

Face au risque de censure et sous la pression des syndicats, le gouvernement a repoussé sine die la proposition de loi sénatoriale sur le travail le 1er mai, tout en ouvrant des discussions. Une décision dénoncée par Gabriel Attal chez Renaissance. Côté LR, Bruno Retailleau propose aux présidents de l’Assemblée et du Sénat de convoquer eux-mêmes la commission mixte paritaire, pour relancer le processus parlementaire. Si Gérard Larcher « était prêt à étudier » la question, l’idée serait en « stand by » face aux hésitations de Yaël Braun-Pivet.

Le

RIP sur l’immigration : le texte des LR arrive devant le Conseil constitutionnel
3min

Politique

Au nom du « soutien au peuple Vénézuélien », Gérard Larcher reçoit au Sénat la Prix Nobel de la paix et opposante María Corina Machado

Au lendemain de sa rencontre avec Emmanuel Macron, la lauréate du Prix Nobel de la paix María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne, est reçue mardi 14 avril par le président du Sénat Gérard Larcher. L’occasion d’échanger sur « les perspectives d’une transition pacifique et démocratique » au Venezuela plus de trois mois après la capture du président Maduro par les États-Unis.

Le

RIP sur l’immigration : le texte des LR arrive devant le Conseil constitutionnel
3min

Politique

Après son arrivée chez Grasset, relié à Vincent Bolloré, Boualem Sansal assure ne « pas du tout » se rapprocher de l’extrême-droite 

Invité de la matinale de Public Sénat ce mardi 14 avril, Boualem Sansal est revenu sur son récent départ de Gallimard, son éditeur historique, vers Grasset, relié au milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Interrogé sur ce choix et sur d’hypothétiques liens avec l’extrême-droite, l’écrivain franco-algérien assure ne « pas du tout » se rapprocher de ce camp politique et dit « picorer » ses idées « à droite » et « à gauche ».

Le

36071660134
5min

Politique

« La République a besoin de votre voix » : au Sénat, collégiens et lycéens dissertent sur la liberté d’expression lors d’un concours d’éloquence

Plusieurs dizaines de collégiens et lycéens, principalement originaires de Seine-Saint-Denis, se sont affrontés lors de la 8ème édition du Concours d'éloquence de la jeunesse, lundi 13 avril, au Sénat. L’occasion de philosopher sur les limites de la liberté d’expression et d’ « affirmer sa place dans la société », comme les y a invités le sénateur Ahmed Laouedj.

Le