RN en tête aux législatives : chez les militants de gauche, la peur et l’envie d’y croire

Les résultats des législatives anticipées de ce dimanche ont suscité chez les militants de gauche à la fois la peur et l’espoir. Place de la République, ils expriment ces émotions contradictoires, au milieu des chants antifascistes et des drapeaux.
Mathilde Nutarelli

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A 20 heures, un grand cri d’effroi résonne dans le quartier général de La France Insoumise pour cette soirée électorale de premier tour. Le Rassemblement National est alors donné à 34 %, le Nouveau Front Populaire à 28,5 % et Ensemble à 20 %, les résultats définitifs tomberont bien plus tard. Tout le monde retient son souffle, l’inquiétude se lit sur les visages, quelques militants se serrent les uns contre les autres. Ils étaient clairsemés à la Faïencerie, cette belle salle carrelée du Xe arrondissement, le plus gros du contingent se trouvant place de la République où les chefs à plumes de la gauche étaient attendus plus tard ensemble.

« Comme beaucoup de jeunes, j’ai très peur de ce qui se passe »

Après la première annonce des résultats, les journalistes présents dans la salle entourent les quelques militants présents. Déchirés entre inquiétude et espoir, c’est une ambiance étrange qui plane. Elle se dissipe quand Jean-Luc Mélenchon entre sur la petite scène placée face à des gradins occupés par des caméras. Le fondateur de la France Insoumise fustige Emmanuel Macron et appelle les candidats de gauche à se désister si le RN est en passe de gagner dans une circonscription et s’ils sont en troisième position. Applaudissements et hourras dans la foule. Plus tard, place de la République, l’ambiance est tout aussi ambivalente : certains visages portent la marque d’une grande inquiétude, d’autres chantent Bella Ciao, accompagnés d’une fanfare. Une chose est sûre, les personnes présentes ce soir-là ont peur. « Comme beaucoup de jeunes, j’ai très peur de ce qui se passe », nous confie Axel, présent au rassemblement, « le RN est et restera un parti raciste et homophobe. En tant que gay et prof d’histoire, ce n’est même pas envisageable, ce qui se passe aujourd’hui, je trouve ça honteux ». Cette peur, nous l’avons ressentie aussi chez Noémie, militante insoumise croisée au QG, juste après l’annonce des résultats. « La dissolution et le fait de voir l’extrême-droite en tête dans les sondages a ouvert la parole aux racistes », raconte-t-elle. Elle a fait la campagne du Nouveau Front Populaire dans l’Essonne. « Sur les tractages, en porte à porte, les gens étaient très libres sur ce qu’ils disaient et on a pu entendre beaucoup de trucs très limites. Si [le RN] passe ce sera la libération au n’importe quoi », craint-elle. Axel, depuis la place de la République, demande : « Ceux qui ne sont pas allés voter et qui sont inscrits, s’il vous plaît allez voter. Je vous en supplie, allez voter ». Perchée sur le rebord de la statue place de la République, Camille, une pancarte à la main, veut néanmoins y croire : « On est là pour montrer que toute la France n’est pas tombée sous l’extrême-droite ».

« La consigne c’est de ne pas voter pour l’extrême-droite, on est prêts à ne pas voter pour l’extrême-droite »

Une fois passé le choc des résultats, vient la phase plus délicate de la stratégie d’entre-deux-tours. A gauche se dessine, de la part de tous les partenaires, un appel à se désister en cas de triangulaire favorable au RN, si le ou la candidate du NFP est en troisième position. Du côté d’Ensemble, les violons sont moins accordés. Alors qu’Edouard Philippe appelle à ne voter ni pour le RN ni pour LFI, Gabriel Attal est plus ambigu. Le candidat de Vanves a en effet affirmé que « pas une voix ne [devait aller] au RN », formule identique à celle de Jean-Luc Mélenchon, en choisissant des « candidats défendant clairement et sans ambiguïté les valeurs de la République ». Emmanuel Macron a lui appelé à un « large rassemblement clairement démocrate et républicain pour le second tour », pouvant inclure des candidats de la France Insoumise « compatibles avec les valeurs républicaines sur le parlementarisme, l’universalisme, l’antisémitisme ». Depuis, les désistements sont annoncés les uns après les autres, et une équipe est réunie à l’Elysée autour du Président pour examiner au cas par cas les éventuels désistements restants. Sur le terrain, les déclarations de chacun sont scrutées avec attention. Alice, militante insoumise, est prête à faire barrage. « On fait un front républicain parce qu’on considère que la menace de l’extrême-droite, c’est la menace du racisme, du fascisme », explique-t-elle, « nous on est dans le camp républicain, on est prêts à faire des sacrifices pour la République, pour les gens, pour la société, ce que ne sont pas prêts à faire certains candidats et certains partis politiques ». « La consigne c’est de ne pas voter pour l’extrême-droite, alors on est prêts à ne pas voter pour l’extrême-droite », assure Noémie. Même si la perspective de voter pour un candidat Ensemble ne l’enchante pas. « Certains responsables politiques ont été à la hauteur, d’autres non », juge Axel. Le jeune prof a trouvé « lamentable » la prise de position du LR François-Xavier Bellamy, qui a alerté contre le « danger de l’extrême-gauche », sans appeler à faire barrage au Rassemblement National.

Mathilde Nutarelli et Aurélien Romano

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