Rues au nom de combattants africains : les maires font-ils de la résistance ?
Un an après son appel aux édiles de nommer des rues avec le patronyme d'Africains tombés pour la France, Emmanuel Macron a réitéré son message. Si cette idée n'a pas été mal accueillie par les élus, de nombreux obstacles empêchent de la mettre en œuvre.

Rues au nom de combattants africains : les maires font-ils de la résistance ?

Un an après son appel aux édiles de nommer des rues avec le patronyme d'Africains tombés pour la France, Emmanuel Macron a réitéré son message. Si cette idée n'a pas été mal accueillie par les élus, de nombreux obstacles empêchent de la mettre en œuvre.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Le 15 août 2019, lors des célébrations du 75e anniversaire du débarquement en Provence, à Saint-Raphaël (Var), le président Emmanuel Macron avait appelé les maires de France à baptiser des rues du nom de combattants africains tombés pour la patrie.

« La France a une part d’Afrique en elle », avait-il déclaré. « Sur ce sol de Provence, cette part fut celle du sang versé. Nous devons être fiers et ne jamais l’oublier. » Et de faire « un appel aux maires de France pour qu’ils fassent vivre par le nom de nos rues et de nos places la mémoire de ces hommes ».

Un an après son appel, Emmanuel Macron réitère

Un an après, l'appel a-t-il été entendu ? La lettre adressée fin juillet par Aïssata Seck, présidente de l'Association pour la mémoire des tirailleurs sénégalais, à l'Association des maires de France (AMF), semble indiquer le contraire. « Vous pouvez faire en sorte que nos rues mettent à l'honneur ces héros oubliés et faire de cet engagement une priorité auprès des maires nouvellement élus », a écrit l'élue de Bondy.

Ce lundi 17 mai, le président de la République, présent à Bormes-les-Mimosas (Var) pour célébrer la libération de la commune, en a donc remis une couche :

Une première place, puis plus rien... Puis George Floyd

Pourtant, le 16 janvier 2020, la secrétaire d’État auprès :de la ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq, en charge de ce dossier, avait assisté à la première inauguration d’une place en mémoire des combattants africains de la Seconde Guerre mondiale, la « Place des Libérateurs africains », à Bandol. La plaque porte les noms de cinq combattants originaires d’Algérie, morts en août 1944 lors de la libération de la ville. Le mouvement semblait lancé... Puis plus rien.

Mais après la mort de l'Américain George Floyd, le 25 mai, de nombreuses manifestations ont eu lieu en France pour demander le retrait de statues, de plaques de rues ou de places qui font référence à des personnages controversés pour leur rôle pendant la colonisation et la période esclavagiste. C'est dans ce contexte que la statue de Colbert, devant l’Assemblée Nationale, a été vandalisée en juin. Emmanuel Macron avait répondu fermement : La France « ne déboulonnera pas de statues », avait-il assuré lors d'une allocution télévisée sur le déconfinement.

8 000 noms à disposition des maires

Réitérer son appel aux maires est-il un moyen d'éviter un nouveau débat sur les statues ? Peut-être mais, même pétris de bonnes intentions, les maires auront du mal à accélérer le mouvement. « Le président ne doit pas connaître les démarches pour dénommer et nommer des rues, puisqu'il n'a jamais été élu local », estime Agnès Le Brun, porte-parole de l'AMF, et ancienne maire de Morlaix (Bretagne).

Le 20 novembre dernier, l'association des maires avait pourtant signé une convention avec Geneviève Darrieussecq, secrétaire d’État auprès de la ministre des Armées, afin de mettre à disposition des élus une liste de combattants africains ayant contribué à la libération de la France durant la seconde guerre mondiale pour nommer les rues, places et écoles. La liste, initialement de 50 noms, en regroupe aujourd'hui plus de 8 000.

Des effets parfois contraires à ceux escomptés

« Apposer des plaques est une bonne idée, explique Agnès Le Brun, cela à un impact important auprès des habitants. Mais cette démarche est très compliquée. » Elle précise : « Le plus simple, c'est quand un nouveau lotissement sort de terre, ou quand une allée, une rue, n'a pas de nom. Dans les grandes métropoles, il y a peut-être suffisamment de constructions pour cela », dit-elle.

« Le problème, c'est que la majorité des maires sont en zone rurale », poursuit l'ancien édile. Si l'élu décide de donner un nouveau nom à une rue déjà nommée, il doit dénommer, puis renommer cette rue, « et demander à tous les habitants de cette voie de changer leur adresse, sur leur carte d'identité, permis de conduite, banques, assurances, etc. Résultat : cette initiative peut produire les effets contraires à ceux escomptés et se retourner contre le maire ».

Pas de statistiques disponibles

Et ce n'est pas tout. Elle sensibilise au fait que « le choix de l'emplacement est aussi très important. Attention au message : nommer une rue dans une zone industrielle ou un centre commercial avec le nom d'un soldat mort pour la France sera-t-il bien perçu ? Là aussi, un mauvais choix peut envoyer un mauvais message. »

Combien de mairies ont suivi l'appel d'Emmanuel Macron ? « Nous ne sommes pas en capacité de le dire », répond aujourd'hui Agnès Le Brun.

Partager cet article

Dans la même thématique

Le Pen ok
7min

Politique

« Il n’était pas fiable » : le départ du conseiller de Jordan Bardella, François Durvye, de la campagne de Marine Le Pen, rappelle les divergences qui traversent le RN

Le divorce entre François Durvye, conseiller éco de tendance libérale, et Marine Le Pen, en plein débat au Medef, montre que le RN connaît encore des différences de lignes internes sur l’économie. Dans l’entourage de Marine Le Pen, on assure que « Jordan Bardella n’a rien à voir là-dedans. C’est l’ego contrarié d’un haut fonctionnaire. Point ».

Le

Capture d’écran du documentaire « 39-45, les cheminots dans la résistance » de Emmanuel Roblin
3min

Politique

Les « docus de l’été » : Les cheminots français sous le nazisme, de résistants individuels à la paralysie du réseau

Instrument essentiel de la logistique en temps de guerre, les cheminots français ont très tôt mesuré l’utilité du réseau de chemins de fer pour l’ennemi. Dès 1942, et avant toute autre forme de résistance, ils ont agi pour faire dérailler la machine nazie. "39-45, les cheminots dans la résistance", un documentaire de Emmanuel Roblin à voir cet été sur Public Sénat.

Le

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef
7min

Politique

« Ce qui m’a surpris, c’est… » : le premier débat de la présidentielle vu par les chefs d’entreprise présents à l’université d’été du Medef

Le premier débat de la présidentielle s’est joué ce 27 août à Paris face aux tribunes de Roland-Garros, entre sept candidats déclarés, sur des thématiques économiques chères à l’organisation patronale. Les dirigeants ou cadres que nous avons rencontrés ressortent mitigés de cet échange. Les deux anciens premiers ministres d’Emmanuel Macron, Gabriel Attal et Édouard Philippe, ont sans surprise pris l’ascendant face à ce parterre.

Le

PARIS: REF 2026, Rencontre des Entrepreneurs de France 2025 du Medef – Présidentielle 2027 : Premier débat de la campagne entre sept candidats réunis par le Medef
9min

Politique

Dette, retraites, fiscalité… que retenir du premier débat des candidats à l’élection présidentielle ?

Ce jeudi, sept candidats à la présidentielle ont tenu le premier débat de la campagne, aux journées d’été du Medef. Pendant plus de deux heures, Bruno Retailleau (les Républicains), Edouard Philippe (Horizons), Raphaël Glucksmann (Place publique), Jean-Luc Mélenchon (la France Insoumise), Marine Le Pen (Rassemblement national), Gabriel Attal (Renaissance) et Marine Tondelier (les Ecologistes) ont échangé sur le sujet de la dette publique, des retraites ou encore du coût du travail.

Le