Rugy épinglé pour ses frais de mandat: des règles floues jusqu’en 2015
François de Rugy a-t-il enfreint les règles en payant une partie de ses cotisations à EELV avec son indemnité pour frais de...

Rugy épinglé pour ses frais de mandat: des règles floues jusqu’en 2015

François de Rugy a-t-il enfreint les règles en payant une partie de ses cotisations à EELV avec son indemnité pour frais de...
Public Sénat

Par Anne Pascale REBOUL

Temps de lecture :

4 min

Publié le

François de Rugy a-t-il enfreint les règles en payant une partie de ses cotisations à EELV avec son indemnité pour frais de mandat en 2013 et 2014? En pleine zone grise, l'usage de cette indemnité n'était alors pas contrôlé.

Les dernières révélations mardi de Mediapart sur ces deux versements, pour un total de 9.200 euros, semblent avoir précipité la démission du ministre.

Proche de l'élu de Loire-Atlantique, la députée Barbara Pompili a épinglé la "légèreté" de son collègue, pourtant chantre de la moralité.

Député à l'époque, François de Rugy touchait 5.373 euros net mensuels d'IRFM (indemnité représentative de frais de mandat), qui s'ajoutait à sa rémunération, comme pour les sénateurs.

L'IRFM avait vocation à couvrir les frais inhérents au mandat: location d’une permanence, déplacements, correspondance...

Mais c'était pour certains parlementaires "un revenu complémentaire", "dans la poche", selon Charles de Courson (ex-UDI), alors même qu'elle n'était pas soumise à l'impôt sur le revenu.

Elle a ainsi fait l'objet de polémiques régulières sur son utilisation à des fins personnelles, pour des cadeaux ou voyages notamment.

La déontologue de l'Assemblée en 2013 constatait une "absence de règles sur l’utilisation de l’IRFM", "laissée à la discrétion du parlementaire".

Son successeur classait en juin 2015 "parmi les dépenses juridiquement interdites, celles contribuant au financement d’une campagne électorale". Et "parmi les dépenses déontologiquement non recommandées", il citait l'achat d'une permanence parlementaire venant accroître le patrimoine du député, ou le versement de cotisations à un parti, "surtout si ces versements donnent lieu à une réduction d'impôt ou une déduction fiscale".

C'est le reproche supplémentaire adressé par Mediapart à François de Rugy: il aurait déduit ses versements au parti écologiste du calcul de son impôt pour 2015.

Si une certaine tolérance semblait régner à l'Assemblée face à des pratiques relativement courantes, des consignes avaient été données hors Palais Bourbon.

Dans une réponse à un député LR, le ministre du Budget avait souligné en 2013 que "les indemnités de fonction ou représentatives de frais de mandat" ne sauraient "ouvrir droit à réduction d'impôt". La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques l'avait aussi martelé.

Le système des frais de mandat a depuis été réformé. Assemblée puis Sénat ont édicté en 2015 une liste - très générale - des dépenses autorisées et interdites (acquisition d'un bien immobilier, cotisations aux partis...). Les députés ont dû certifier sur l'honneur du bon usage.

Un régime plus strict - pour députés comme sénateurs - a été fixé par les lois "confiance" de l'été 2017. L'IRFM a été transformé en "avance" de frais de mandat d'un montant mensuel de 5.373 euros, dont 600 euros peuvent être dépensés sans justificatifs.

Le contrôle par l'actuelle déontologue de l'Assemblée vient d'être lancé: les frais 2018 de 144 députés tirés au sort seront passés au crible.

En décembre dernier, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) a transmis au Parquet national financier les dossiers de 15 parlementaires de la précédente mandature pour usage abusif de l'IRFM (virements vers un compte personnel d'épargne, paiement d'impôts, cotisation à un parti...), pour des sommes de 20 à 80.000 euros. D'après Le Monde, l'ex-patron du PS Jean-Christophe Cambadélis, notamment, aurait réglé ses cotisations au parti.

La HATVP a limité ses investigations à la période post-2015.

Partager cet article

Dans la même thématique

Assemblee Nationale – Questions au Gouvernement
4min

Politique

Sénatoriales 2026 : La France insoumise lance ses troupes à l’assaut d’un Sénat qui lui échappe encore

À deux mois des élections sénatoriales du 27 septembre, La France insoumise dévoile ses 90 têtes de liste dans les départements concernés par le renouvellement de la moitié de la Haute Assemblée. Sans aucun sénateur à ce jour, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon espère transformer sa percée aux municipales en premiers sièges au Palais du Luxembourg.

Le

L Assemblee adopte l’interdiction des reseaux sociaux aux moins de 15 ans
5min

Politique

Réseaux sociaux : députés et sénateurs s’accordent sur une interdiction totale aux moins de 15 ans

Réunis en commission mixte paritaire ce lundi, les sept députés et sept sénateurs se sont mis d’accord sur l’interdiction de tous les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Elle s’applique à toutes les plateformes, sans opérer de distinction comme le souhaitait initialement le Sénat. Emmanuel Macron veut appliquer le texte dès la rentrée, mais sa portée pourrait être limitée puisque la Commission européenne cherche à reprendre la main sur le sujet.

Le

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le