C’est un nouvel acteur, ou plutôt actrice, qui pourrait quelque peu changer la donne. L’affiche des sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône pourrait ne pas être tout à fait celle attendue jusque-là. Car Sabrina Roubache, ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage, entend être candidate aux sénatoriales du 27 septembre prochain.
Selon un indiscret de La Tribune Dimanche, cette proche d’Emmanuel Macron « a décidé d’être candidate ». Ce qu’elle confirme à Marsactu. De quoi mettre un peu de piment dans le scrutin. Car un autre membre de Renaissance, un certain Renaud Muselier, a déjà annoncé sa candidature. La ministre se retrouverait ainsi face à lui. Le président de la région PACA entend en effet lâcher la présidence de l’exécutif régional pour fouler la moquette rouge du Palais du Luxembourg. L’ex-LR avait justifié cette candidature surprise par sa volonté d’« apporter (sa) contribution à la mère des batailles, l’élection présidentielle ». Mais d’autres soulignent que le RN pourrait espérer prendre la région en 2028.
« On va voir qui sera ridicule dans cette histoire »
Toujours est-il que la candidature possible de la macroniste, proche également de Brigitte Macron, passe mal chez le président de la région PACA. Surtout qu’il assure découvrir la nouvelle. « Je suis assez surpris. Si elle veut être candidate, qu’elle le soit. On va voir si elle va faire sa liste. On va voir comment ça finira », réagit auprès de publicsenat.fr Renaud Muselier, qui assure qu’il n’était « pas du tout au courant ». « Pour se présenter au Sénat, il faut compter les grands électeurs », souligne au passage l’ancien secrétaire d’Etat de Jacques Chirac, qui « regarde ça en pensant que ça sera vain ». « C’est un match intéressant, assez surprenant. C’est inamical », regrette Renaud Muselier, qui avait Sabrina Roubache en quatrième place sur sa liste des régionales, en 2021. Aujourd’hui, il en appelle à l’exécutif pour trancher cette histoire de famille. « J’invite le premier ministre et le Président à s’occuper de cette affaire », lance Renaud Muselier, qui rappelle à qui veut l’entendre : « C’est moi leur allié ».
A moins que Sabrina Roubache – contacté, son entourage n’a pas donné suite dans l’immédiat – ne cherche à mieux négocier une place sur la liste ? « Il n’y a rien à monnayer avec moi », prévient le patron de la région. S’il n’est « pas en mauvais terme avec elle », il n’apprécie pas en revanche la méthode : « Je ne découvre pas dans la presse quelqu’un de ma majorité contre moi. Mais on va voir qui sera ridicule dans cette histoire. Et attention à ce qu’elle n’entraîne pas le gouvernement avec… Le ridicule ne tue plus, mais quand même ».
« Elle cherche à exister, à monnayer… Ou à trouver une porte de sortie du gouvernement »
A droite, l’arrivée possible la ministre suscite quelques réactions toutes aussi épidermiques. « J’avais entendu cette rumeur mais beaucoup pensaient que c’était une farce. Je ne vois pas comment elle peut faire son siège. Il n’y a aucun maire Renaissance, ni aucun maire centriste dans les Bouches-du-Rhône », pointe une élue locale LR, qui relève un autre écueil : « Pour aller au bout, encore faut-il trouver des personnes pour aller sur la liste ». Celle qui avait perdu aux législatives de 2024 n’a visiblement pas que des amis à droite. « Elle cherche à exister, à monnayer… Ou à trouver une porte de sortie du gouvernement », raille-t-on chez les LR, « elle n’existe que par le fait du prince ».
Pour ne rien arranger, Sabrina Roubache a de mauvaises relations avec la sénatrice LR du département, Valérie Boyer. Avant les municipales, elle avait voulu imposer ses conditions, écartant toute union avec la sénatrice LR sur la liste. « Je ne me suis pas engagée auprès du président de la République pour me ranger aux côtés de ceux qui nous tapent dessus toute la journée », avait-elle justifié dans La Provence.
Renaud Muselier espère faire élire « quatre sénateurs »
De son côté, Renaud Muselier espère bien pouvoir rassembler et être à la « tête » d’une liste d’union avec les LR, son ancienne formation. « On discute » avec LR, se limite à dire aujourd’hui le président de la région, « pour additionner, il faut discuter ».
Pour l’heure – preuve que les choses bougent – Valérie Boyer officialise ce lundi, avant tout accord, sa candidature. « Je suis candidate à ma réélection aux sénatoriales. Parce que je représente une femme sortante, et surtout la droite assumée, qui n’a jamais failli à ses convictions ni à ses engagements », annonce la sénatrice des Bouches-du-Rhône à publicsenat.fr (voir l’article). Mais celle qui a été élue députée trois fois n’écarte pas un deal avec Renaud Muselier. « Je suis ouverte à tout. Mais il faut que la droite soit représentée pour ce qu’elle est dans les Bouches-du-Rhône, c’est-à-dire une droite qui a progressé dans le département », souligne la sénatrice LR. Mais elle confirme qu’il est « tout à fait imaginable » qu’elle fasse liste commune avec le président de région, rappelant avoir « participé à la coalition autour de Martine Vassal pour les municipales à Marseille », aux côtés de Renaud Muselier. Autrement dit, cette liste commune aux sénatoriales ne serait que la prolongation logique de l’union aux municipales.
En cas d’union, sur le papier, une liste Renaud Muselier/LR peut tabler sur trois sièges, comme pour la liste LR des sénatoriales de 2020. Renaud Muselier espère aller plus loin. Il pense pouvoir faire élire « à peu près quatre sénateurs. Je suis juste en dessous de quatre ». Une bonne campagne pourrait permettre d’aller chercher ce quatrième siège. Mais à condition de ne pas avoir de liste dissidente, comme lors du précédent scrutin. C’est là que l’arrivée d’une liste Roubache compliquerait les choses. Même si elle ne fait pas son siège – il faut 350 grands électeurs pour espérer élire un sénateur dans les Bouches-du-Rhône – sa liste pourrait en faire perdre un à la droite, ou l’empêcher d’en avoir un de plus. D’autant qu’aux sénatoriales, un siège se joue parfois à moins de dix voix… De quoi profiter au RN ? Le parti d’extrême droite « a de quoi faire un siège », juge un connaisseur des rapports de force locaux, « mais deux sièges, c’est difficile ». Mais avec l’arrivée possible d’une liste Roubache, « c’est la meilleure nouvelle pour le RN, car c’est un repoussoir », tacle un élu de droite.
« C’est du ressort de la commission nationale d’investiture de Renaissance, le moment venu »
Il faudra voir si Sabrina Roubache sera bien candidate et si elle va au bout. En attendant, la ministre était justement en déplacement, ce lundi, dans les Bouches-du-Rhône, à Salon de Provence, Istres et Gardanne. Le hasard sûrement… « Pour être candidat, il faut être en situation », pointe un cadre Renaissance, qui la défend cependant : « Toutes les candidatures sont légitimes. Est-ce que Renaud Muselier, lui, a appelé Sabrina avant d’être candidat ? Non. Ce n’est pas inamical ». Le sujet ne sera pas à l’ordre du jour du « burexe » de Renaissance, ce lundi soir. « C’est du ressort de la commission nationale d’investiture, le moment venu », répond laconiquement un responsable du parti. La date officielle de dépôt des candidatures aux sénatoriales n’est qu’au mois de septembre. Mais la situation sera, à n’en pas douter, clarifiée avant.