Salon de l’agriculture : la « souveraineté alimentaire » au cœur des promesses des candidats
Comme à chaque campagne présidentielle, les candidats sont aux petits soins avec le monde agricole qui tient salon cette semaine porte de Versailles à Paris. Parmi les promesses des premiers à ouvrir le bal des visites, Valérie Pécresse (LR), Anne Hidalgo (PS) et Fabien Roussel (PCF) : la défense de la « souveraineté alimentaire ».

Salon de l’agriculture : la « souveraineté alimentaire » au cœur des promesses des candidats

Comme à chaque campagne présidentielle, les candidats sont aux petits soins avec le monde agricole qui tient salon cette semaine porte de Versailles à Paris. Parmi les promesses des premiers à ouvrir le bal des visites, Valérie Pécresse (LR), Anne Hidalgo (PS) et Fabien Roussel (PCF) : la défense de la « souveraineté alimentaire ».
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

« C’est un rendez-vous que je ne manque jamais. Je suis là tous ans », prend soin de rappeler Valérie Pécresse. Le Salon de l’agriculture est un passage obligé depuis Jacques Chirac, pour le représentant de la droite. La candidate des Républicains est venue « présenter ses propositions très fortes » afin de permettre à la « ferme France » de nourrir les Français ».  « Nous devons être souverains en matière agricole ».

Salon de l’agriculture : Valérie Pécresse venue dire « non à la décroissance agricole »
02:23

Non loin de là mais à l’opposé de l’échiquier politique, le candidat communiste, Fabien Roussel est venu défendre lui aussi « la souveraineté alimentaire ». « Dans la France des jours heureux, les producteurs auront toute leur place, notre objectif c’est […] la sécurité alimentaire, et des tarifs accessibles garantissant des prix rémunérateurs pour les agriculteurs ».

Un peu plus loin, la candidate socialiste, Anne Hidalgo affirme que « Présidente, (elle) garantira notre souveraineté alimentaire tout en assurant une rémunération décente à nos agriculteurs ».

Difficile de déconnecter cette promesse commune aux trois candidats, de la guerre en Ukraine. Samedi, en inauguration du Salon, Emmanuel Macron avait donné le ton en affirmant que la guerre aura « des conséquences » sur le monde agricole.

« Ce n’est pas aujourd’hui, qu’il faut découvrir la souveraineté alimentaire »

Dans les travées du Salon, on prend la promesse avec pas mal de recul. « Les politiques aiment leurs agriculteurs quand il se passe des choses comme ça. Mais les oublient le restant de l’année. Ce n’est pas aujourd’hui, qu’il faut découvrir la souveraineté alimentaire », soupire Jean-Paul Thenot, éleveur de porcs dans le Puy-de-Dome qui dit quand même « chapeau » au ministre de l’Agriculture pour la loi Egalim 2. Le texte voté en 2021 vise à œuvrer pour une « juste rémunération des agriculteurs » dans les relations commerciales entre les différents secteurs de l’agroalimentaire. « Maintenant, il reste à la faire appliquer pour qu’on puisse au moins faire répercuter les coûts de production sur nos prix ».

Des enjeux que l’éleveur a pu évoquer avec Fabien Roussel. « Oui, je l’ai vu parce qu’il est venu avec André Chassaigne (député communiste) qui est mon voisin. Chassaigne, c’est sûr connaît bien le sujet. Je sais que Fabien Roussel aime bien la viande aussi. Mais bon, ce ne sera pas lui qui sera élu, alors… »

Le candidat communiste qui a fait beaucoup parler dernièrement à gauche en faisant la promotion « de la bonne viande » suscite effectivement un appui modéré chez les professionnels du secteur. « Nous attendons de tous les candidats qu’ils préservent la viande française et la gastronomie française », indique tout bonnement Patrick Soury, éleveur de bovins en Charentes et membre INTERBEV (Association Nationale Interprofessionnelle du Bétail et des Viandes) qui demande « à ce que soit privilégiée la viande française dans la restauration à domicile. Actuellement, plus de 52 % viennent de l’étranger ».

« En ce moment, on est au temps des promesses »

Didier Chatelin, éleveur d’Alpaga dans l’Aisne a lui, vu passer Anne Hidalgo, accompagnée de l’ancien président du département du Nord et actuel président du groupe socialiste du Sénat, Patrick Kanner. Il s’inquiète de l’impact du conflit ukrainien sur l’énergie et les matières premières. « Ce ne sont pas les aides européennes qui vont compenser. Et en ce qui concerne la venue des candidats au Salon, je vais être assez terre à terre. En ce moment, on est au temps des promesses ».

« On arrive à un moment où les gens se disent qu’on peut manquer »

Au Stand des Jeunes Agriculteurs (JA), on fait signer à chaque candidat « cinq axes programmatiques pour une politique en faveur de l’installation des jeunes et « pour assurer la souveraineté alimentaire ». « Pour un jeune qui arrive, hors cadre familial, c’est extrêmement compliqué d’acheter une ferme à grande culture », appuie Basile Faucheux, vice-président des JA. Le syndicat demande aux candidats de s’engager pour promouvoir le métier, miser sur la formation professionnelle de qualité, ou encore faciliter l’installation et la reprise de fermes. Le contexte international récent rend-il ses revendications plus audibles ? « C’est comme avec le covid. On arrive à un moment où les gens se disent qu’on peut manquer […] Ce sont deux évènements qui nous ramènent à nos besoins vitaux. Le premier, c’est l’alimentation […] Tout ce que les candidats proposent, on le souhaite. Après la question, c’est comment ce sera mis en place », reconnaît le vice-président des JA qui alerte sur la mise en avant par certains « du circuit court ». « Ça ne réglera pas tous les problèmes. Celui qui fait du lin textile pour faire des habits. Il n’a pas forcément une usine à côté de chez lui. Le monde agricole, ce n’est pas que de l’alimentation ».

Effectivement, le monde agricole rime aussi avec alcool. Jean-Pierre Cointreau, président de la fédération française des spiritueux a rappelé aux candidats à la présidentielle « que la moitié de nos fabrications sont exportées ». « Sans les vins et spiritueux, la balance commerciale française serait déficitaire ». Avec le conflit ukrainien, la fédération des spiritueux craint un surcout des matières premières, nécessaires à la fabrication du verre. Un sujet que Jean Castex connait d’une certaine manière. Présent sur le stand samedi, le Premier ministre s’est confié sur son passé. « Il a travaillé dans sa jeunesse dans un entreprise de notre fédération, à la mise en bouteille d’Armagnac. Et il en cassé quelques-unes, parait-il », relate Jean-Pierre Cointreau.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

High school students and Yellow Vests mobilisation in Paris
10min

Politique

Violences du 17 octobre : au Sénat, l’heure des comptes pour le gouvernement

Au lendemain des violences en marge des manifestations du 17 octobre, plusieurs sénateurs veulent que la Haute Assemblée prenne la main. Une demande de commission d’enquête et un débat au titre de l’article 50-1 sont déjà sur la table. À gauche comme à droite, on réclame des comptes sur les approximations. Mais les diagnostics divergent.

Le

Salon de l’agriculture : la « souveraineté alimentaire » au cœur des promesses des candidats
3min

Politique

« Scroller sur son téléphone tue l’empathie, on est anesthésié », Tina Kieffer

Journaliste de renom passée par « Frou Frou » et les rédactions engagées de « Marie Claire » et « DS Magazine », elle a mis l’engagement humanitaire au cœur de sa vie après la rencontre bouleversante d’une petite fille cambodgienne. Une petite fille qui deviendra sa fille adoptive et qui donnera son nom à l’école « Happy Chandara ». L’établissement fête cette année ses 20 ans, il est aujourd’hui un campus et il forme des milliers de filles, petites et grandes, qui participent activement à la reconstruction d’un pays meurtri par le génocide et la dictature des Khmers rouges. Cette semaine, Tina Kieffer est l’invitée de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard.

Le

Salon de l’agriculture : la « souveraineté alimentaire » au cœur des promesses des candidats
3min

Politique

« Soit je quittais l’Afghanistan, soit j’étais morte » : le récit bouleversant de la fuite de cette para-athlète de son pays

Désormais, Zakia Khudadadi concourt sous les couleurs de la France. Un épilogue heureux pour cette championne de para-taekwondo qui a fui son pays en 2021 lors de la prise de pouvoir des talibans. Un récit émouvant, ainsi qu’un combat personnel mené aussi bien sur les tapis que dans la vie, qu’elle raconte au micro de Caroline Delage dans Sport etc… sur Public Sénat.

Le