Le President de la republique visite le salon international de l’agriculture
Le President Emmanuel MACRON visite le salon international de l'agriculture (SIA)//04SIPA_POOL011389/Credit:Eric TSCHAEN-POOL/SIPA/2302251932

Salon de l’agriculture : le grand débat, « un échec historique pour la communication de l’Élysée »

Face au tollé provoqué par l’invitation des Soulèvements de la Terre à un grand débat avec les acteurs du monde agricole, l’exécutif rétropédale et plaide une « erreur ». La FNSEA, rejointe par d’autres organisations conviées, refuse une telle rencontre. À la veille de l’ouverture du Salon de l’agriculture, le « coup politique » tenté par Emmanuel Macron semble avoir du plomb de l’aile.
Rose-Amélie Bécel

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête du chef de l’État ? À la veille de l’ouverture du Salon de l’agriculture, échéance à laquelle les exploitants attendent des réponses concrètes de l’exécutif pour solutionner la crise qu’ils traversent, la tension monte d’un cran. Jeudi 22 février, l’Élysée a annoncé vouloir organiser « un échange direct et franc » entre le président de la République et les acteurs du monde agricole, « pour esquisser l’avenir » de la filière. La rencontre doit avoir lieu dès l’ouverture du Salon, samedi 24 février, sur l’un des « rings » du hall 1 et promettait une confrontation entre syndicats agricoles, patrons de l’agroalimentaire et de la grande distribution et associations environnementales.

Oui mais voilà, l’invitation des Soulèvements de la Terre – organisation dissoute par l’exécutif, avant que cette décision soit annulée par le Conseil d’État – provoque la colère du président de la FNSEA, Arnaud Rousseau. L’Élysée a eu beau décommander le collectif écologiste aussitôt la polémique lancée, le mal est fait. Après la réunion de son conseil exécutif, le syndicat majoritaire annonce « qu’aucun représentant de la FNSEA » ne participera au débat. Michel-Edouard Leclerc, invité pour représenter l’enseigne de grande distribution, ne s’y rendra pas non plus, dénonçant « un coup de com’ pas vraiment au niveau de la situation ».

Le choix des invités du grand débat déplaît jusqu’au sein du gouvernement, puisque le ministre de l’Agriculture Marc Fesneau a lui aussi jugé, sur le plateau de TF1, que la présence des Soulèvements de la Terre était « inopportune ». Depuis, l’exécutif rétropédale et explique que « les Soulèvements de la Terre n’ont été ni conviés, ni contactés », plaidant « une erreur faite lors de l’entretien avec la presse en amont de l’événement ».

« La préoccupation d’Emmanuel Macron, c’est d’organiser des séquences historiques »

Si l’initiative suscite cette fois-ci un tollé, l’organisation de grands débats a longtemps été brandie comme « la méthode de communication miracle pour se sortir des crises », explique le professeur en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet, « jusqu’à présent, la technique avait été extrêmement efficace pour sortir du conflit des gilets jaunes et de la séquence des émeutes ».

Pour sortir de cette nouvelle crise, le projet de l’Élysée n’étonne donc pas les observateurs de la vie politique. « Emmanuel Macron s’est concentré sur la scène européenne, Gabriel Attal se concentrant sur la scène nationale lors de la crise. Le président arrive donc comme celui qui peut régler les problèmes, il donne le sentiment que le chef de l’État agit », explique le politologue Benjamin Morel, invité de la matinale de Public Sénat ce 23 février.

Mais, cette fois-ci, la bonne recette ne prend pas. « C’est un échec historique pour la communication de l’Élysée », tranche Philippe Moreau-Chevrolet. Pour le communiquant de l’agence MCBG Conseil, en invitant les Soulèvements de la Terre, l’exécutif a tenté un « coup politique » : « La préoccupation d’Emmanuel Macron, c’est d’organiser des séquences historiques. L’idée, c’était donc d’aller chercher, face à la FNSEA, le partenaire écologiste le plus radical. Pour qu’on se dise que le président – au-dessus de la mêlée, au-dessus de la polémique – est décidément le seul à pouvoir rassembler toutes les parties en présence. »

« La FNSEA attend qu’on lui parle en coulisses pour co-gérer le monde agricole »

Mais l’invitation des Soulèvements de la Terre, qu’ils ont eux aussi immédiatement déclinée, est-elle l’unique raison du coup de gueule de la FNSEA ? Jean-Christophe Bureau, professeur d’économie à AgroParisTech, s’interroge : « La FNSEA n’a pas lancé les manifestations d’agriculteurs, mais elle a bien récupéré le mouvement pour le canaliser en un ensemble de revendications. Au-delà d’un couac de l’exécutif, cela pourrait être une autre manifestation pour montrer qu’ils sont toujours aux commandes. »

Même si son bilan est contrasté, le grand débat national organisé pour sortir de la crise des gilets jaunes en 2019 a permis de recueillir les doléances d’un collectif sans corps intermédiaires. Appliqué à la colère des agriculteurs, qui figurent parmi les professions les plus syndiquées, l’événement risquerait de brouiller le principe de « cogestion » des affaires agricoles, qui lie le gouvernement aux organisations professionnelles. « Si le président est dans ce rapport d’interaction directe, alors que la FNSEA attend qu’on lui parle en coulisses pour co-gérer le monde agricole, cela ne risque pas de lui faire plaisir », estime Benjamin Morel.

Arnaud Rousseau n’avait donc « aucun intérêt à accepter un tel dispositif », explique Philippe Moreau-Chevrolet : « La FNSEA a gagné son pari politique, c’est elle la maîtresse des horloges, elle a gagné sur tous les tableaux. Elle n’avait aucun intérêt à jouer le jeu en se plaçant de cette façon là sous l’autorité de l’Élysée ». Alors que les tracteurs de la Coordination rurale, des Jeunes agriculteurs et de la FNSEA défilent ce vendredi dans Paris pour maintenir la pression, les syndicats agricoles semblent ainsi conserver l’avantage dans leur bras de fer avec l’Etat.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le