Sanofi : « Une erreur diplomatique énorme qui en d’autres temps aurait provoqué une guerre »
Le patron du groupe pharmaceutique français Sanofi a choqué en annonçant que les États-Unis et la Chine bénéficieront en priorité d'un éventuel vaccin contre la Covid-19 parce qu'ils ont été les premiers à en financer la recherche.

Sanofi : « Une erreur diplomatique énorme qui en d’autres temps aurait provoqué une guerre »

Le patron du groupe pharmaceutique français Sanofi a choqué en annonçant que les États-Unis et la Chine bénéficieront en priorité d'un éventuel vaccin contre la Covid-19 parce qu'ils ont été les premiers à en financer la recherche.
Public Sénat

Par Sandra Cerqueira

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

En affirmant mercredi que si le laboratoire français trouve un vaccin, les États-Unis seront prioritaires car ils ont plus investi dans la recherche, le directeur général de Sanofi a provoqué un tollé et le gouvernement n’a pas tardé à réagir. Pour la secrétaire d’État à l’Économie, Agnès Pannier-Runacher, il serait « inacceptable » que Sanofi serve en priorité les États-Unis s’il trouve un vaccin contre le Covid-19. Édouard Philippe a affirmé quant à lui que « l’égal accès de tous au vaccin n’est pas négociable ».

Sanofi a eu beau nuancer ce jeudi, en invitant l'Europe à se montrer « plus efficace , affirmant qu’en cas de découverte d’un vaccin efficace « il sera accessible à tous. » « Le mal est fait » assure Alain Milon, président de la commission des affaires sociales au Sénat. « C’est une déclaration vexante, déplacée. Une erreur diplomatique énorme qui en d’autres temps aurait provoqué une guerre. »

Sanofi a bénéficié de dizaines de millions de crédits d’impôts en France

Pour Xavier Iacovelli, c’est une déclaration « indécente » qui pose la question «  une fois de plus de ces entreprises cotées au CAC 40 recevant des subventions publiques de l’État. »  C’est le cas de Sanofi qui a bénéficié de 150 millions d'euros de crédits d'impôts ces dernières années, que ce soit sous la forme du crédit d'impôt recherche (CIR) ou du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE). « Sanofi a réalisé 7 milliards d’euros de profit et distribué 4 milliards d’euros de dividendes pendant la crise du Covid tout en licenciant à tour de bras, c’est scandaleux !» s’insurge le sénateur. Il réclame de revoir « une bonne fois pour toutes » les conditions d’attribution des aides publiques.

Nationaliser les entreprises pharmaceutiques comme Sanofi

Seule solution selon Fabien Gay, nationaliser les entreprises pharmaceutiques et créer un pôle public du médicament pour sortir tout ce qui touche à la santé du secteur marchant : « Sanofi dépend à 80% de la Sécurité sociale française pour son chiffre d'affaires. Le médicament ne doit pas être une marchandise ! C’est un bien commun. » Plus qu’à hausser le ton, le sénateur appelle la France à agir : « Le gouvernement a beau jeu s’indigner contre Sanofi mais il faut aller plus loin. Veut-on vraiment mettre un terme à un système où tout relève du marché, cette façon de se vendre a plus offrant ? Elle est là la question de fond.  »

« Les Américains sont efficaces »

Le patron du groupe pour la France, Olivier Bogillot a promis que théoriquement « l’objectif, c’est que le vaccin soit disponible à la fois aux États-Unis, en France et en Europe de la même manière. » Mais, dans les faits, cela sera possible « si les Européens travaillent aussi rapidement que les Américains », a-t-il précisé, renvoyant ainsi les autorités européennes à leurs responsabilités. « Les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l’UE soit aussi efficace, en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin », a insisté Olivier Bogillot, rapportant en être au stade des « pourparlers » avec les autorités européennes ainsi qu’avec des pays comme la France et l’Allemagne.

Un enjeu de souveraineté européenne

Mais comment faire le poids face aux États-Unis qui ont déjà promis plusieurs centaines de millions d’euros, en plus de faciliter les démarches réglementaires pour permettre les recherches ?  Le sénateur Michel Amiel est persuadé qu’il faut aller vers plus de souveraineté européenne dans le domaine de la santé même si c’est «  compliqué » car cela relève du droit des États membres. « Tout est à inventer mais c’est à ce prix qu’on évitera tous les dysfonctionnements connus pendant cette crise sanitaire avec les masques, les tests, et maintenant avec le vaccin. » Plus d’indépendance en la matière pour éviter aussi de dépendre des Chinois ou des Américains.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris : Emergency closed-door meeting political party leaders organised by Macron
3min

Politique

Présidentielle 2027 : les Écologistes reportent l'heure du choix à décembre, Marine Tondelier toujours en lice

Réunis en conseil fédéral, les Écologistes ont adopté, selon le résultat communiqué lundi 21 septembre, à 69,44 %, une motion actant un vote des adhérents en décembre sur leur stratégie présidentielle. D’ici là, Marine Tondelier reste la candidate du parti, tandis que la direction ouvre des négociations avec les autres forces de gauche.

Le

Blois: Olivier Faure closes the Socialist Party s Summer University
7min

Politique

Glucksmann qualifié de « stagiaire » par Ségolène Royal : la primaire est-elle une machine à perdre ?

La campagne de la primaire PS/Place Publique a à peine commencé, et déjà le piège de la division apparaît. Ségolène Royal a usé d’un qualificatif peu amène à l’encontre du favori, Raphaël Glucksmann. Elle a été rappelée à l’ordre par la commission d’organisation de la primaire. C’est toute la dualité de ce processus de sélection « censé lancer une dynamique » d’un camp tout en « maximisant les divisions », note Pierre-Nicolas Baudot, politiste, spécialiste de la gauche.

Le

Sanofi : « Une erreur diplomatique énorme qui en d’autres temps aurait provoqué une guerre »
9min

Politique

« Faire la transition vers une IA durable constitue un impératif environnemental, mais peut aussi devenir un facteur de compétitivité pour la France », selon un rapport du Sénat

Consacré à l’empreinte environnementale de l’IA et dans la continuité des travaux de 2020 de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, le Sénat publie ce lundi 21 septembre les conclusions de son rapport présenté par les rapporteurs Guillaume Chevrollier (LR), Damien Michallet (LR) et Simon Uzenat (PS).

Le