Politique
24 heures après le rejet par le Sénat de la hausse de 36 milliards d’euros, prévue dans la loi de programmation militaire, Sébastien Lecornu a livré sa rapide analyse au micro de Public Sénat.
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Par Sandra Cerqueira
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En affirmant mercredi que si le laboratoire français trouve un vaccin, les États-Unis seront prioritaires car ils ont plus investi dans la recherche, le directeur général de Sanofi a provoqué un tollé et le gouvernement n’a pas tardé à réagir. Pour la secrétaire d’État à l’Économie, Agnès Pannier-Runacher, il serait « inacceptable » que Sanofi serve en priorité les États-Unis s’il trouve un vaccin contre le Covid-19. Édouard Philippe a affirmé quant à lui que « l’égal accès de tous au vaccin n’est pas négociable ».
Sanofi a eu beau nuancer ce jeudi, en invitant l'Europe à se montrer « plus efficace , affirmant qu’en cas de découverte d’un vaccin efficace « il sera accessible à tous. » « Le mal est fait » assure Alain Milon, président de la commission des affaires sociales au Sénat. « C’est une déclaration vexante, déplacée. Une erreur diplomatique énorme qui en d’autres temps aurait provoqué une guerre. »
Pour Xavier Iacovelli, c’est une déclaration « indécente » qui pose la question « une fois de plus de ces entreprises cotées au CAC 40 recevant des subventions publiques de l’État. » C’est le cas de Sanofi qui a bénéficié de 150 millions d'euros de crédits d'impôts ces dernières années, que ce soit sous la forme du crédit d'impôt recherche (CIR) ou du crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE). « Sanofi a réalisé 7 milliards d’euros de profit et distribué 4 milliards d’euros de dividendes pendant la crise du Covid tout en licenciant à tour de bras, c’est scandaleux !» s’insurge le sénateur. Il réclame de revoir « une bonne fois pour toutes » les conditions d’attribution des aides publiques.
Seule solution selon Fabien Gay, nationaliser les entreprises pharmaceutiques et créer un pôle public du médicament pour sortir tout ce qui touche à la santé du secteur marchant : « Sanofi dépend à 80% de la Sécurité sociale française pour son chiffre d'affaires. Le médicament ne doit pas être une marchandise ! C’est un bien commun. » Plus qu’à hausser le ton, le sénateur appelle la France à agir : « Le gouvernement a beau jeu s’indigner contre Sanofi mais il faut aller plus loin. Veut-on vraiment mettre un terme à un système où tout relève du marché, cette façon de se vendre a plus offrant ? Elle est là la question de fond. »
Le patron du groupe pour la France, Olivier Bogillot a promis que théoriquement « l’objectif, c’est que le vaccin soit disponible à la fois aux États-Unis, en France et en Europe de la même manière. » Mais, dans les faits, cela sera possible « si les Européens travaillent aussi rapidement que les Américains », a-t-il précisé, renvoyant ainsi les autorités européennes à leurs responsabilités. « Les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l’UE soit aussi efficace, en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin », a insisté Olivier Bogillot, rapportant en être au stade des « pourparlers » avec les autorités européennes ainsi qu’avec des pays comme la France et l’Allemagne.
Mais comment faire le poids face aux États-Unis qui ont déjà promis plusieurs centaines de millions d’euros, en plus de faciliter les démarches réglementaires pour permettre les recherches ? Le sénateur Michel Amiel est persuadé qu’il faut aller vers plus de souveraineté européenne dans le domaine de la santé même si c’est « compliqué » car cela relève du droit des États membres. « Tout est à inventer mais c’est à ce prix qu’on évitera tous les dysfonctionnements connus pendant cette crise sanitaire avec les masques, les tests, et maintenant avec le vaccin. » Plus d’indépendance en la matière pour éviter aussi de dépendre des Chinois ou des Américains.