« Sans union, la candidature de Jean-Luc Mélenchon est une candidature de témoignage », déclare Patrick Kanner
Ce n’est pas parmi les sénateurs que Jean-Luc Mélenchon fera le plein de voix pour 2022. Si les qualités intrinsèques du chef de file de La France insoumise sont unanimement louées, le timing et la méthode de sa candidature à la présidentielle suscitent la défiance. Parfois même l’agacement. À gauche, on regrette l’absence d’ouverture. Tour d’horizon.

« Sans union, la candidature de Jean-Luc Mélenchon est une candidature de témoignage », déclare Patrick Kanner

Ce n’est pas parmi les sénateurs que Jean-Luc Mélenchon fera le plein de voix pour 2022. Si les qualités intrinsèques du chef de file de La France insoumise sont unanimement louées, le timing et la méthode de sa candidature à la présidentielle suscitent la défiance. Parfois même l’agacement. À gauche, on regrette l’absence d’ouverture. Tour d’horizon.
Public Sénat

Par Steve Jourdin

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Un problème de timing

« Y avait-il urgence à se déclarer candidat ? » se demande le sénateur communiste Éric Bocquet. « Je ne suis pas convaincu de l’opportunité de cette annonce dans le contexte actuel. Il y a une crise sanitaire et une grave crise sociale » regrette l’élu du Nord, qui dit néanmoins « prendre acte » des annonces de Jean-Luc Mélenchon dimanche 8 novembre. Un problème de timing que relève également la vice-présidente du nouveau groupe écologiste Esther Benbassa : « Il a décidé d’officialiser sa candidature dans cette période très compliquée. C’est son droit. Peut-être que ce n’est pas le meilleur moment pour le faire. Mais il n’y a peut-être jamais de bon moment pour se déclarer candidat », relativise la sénatrice de Paris.

Sans surprise, l’annonce de la candidature de l’ancien sénateur socialiste de l’Essonne (entre 1986 et 2000, puis entre 2004 et 2010) a été accueillie froidement par ses anciens camarades. « Jean-Luc Mélenchon a réuni 7 millions de voix en 2017. Il est donc légitime qu’il aspire à être candidat. Mais cette annonce est anachronique. Nous faisons face à une crise sanitaire et sociale, il y a un temps pour tout » selon le patron du groupe socialiste Patrick Kanner. Certains tentent de comprendre les raisons de cette candidature précoce: « Il accélère son calendrier par peur que sa participation à l’élection soit contestée au sein de son propre parti. Est-ce quil y avait plus mauvais moment pour lancer une candidature ? » fait mine de se demander le sénateur de Paris Rémi Féraud (PS).

Moins philosophe, François Patriat voit lui une « forme d’indécence » à se déclarer candidat dans un contexte de « triple crise, sanitaire, économique et sécuritaire ». Le président du nouveau groupe de la majorité présidentielle au Sénat (RDPI) dénonce une « envie de revanche » de la part du leader de La France insoumise, après ses défaites de 2012 et 2017.

 

La question de la méthode

Formellement néanmoins, Jean-Luc Mélenchon n’est pas encore candidat. Le tribun de 69 ans a en effet conditionné sa « candidature définitive » à une « investiture populaire » : 150 000 personnes devront « parrainer » sa participation à la course présidentielle par le biais d’une plateforme numérique (Nous sommes pour). Ce qui ne devrait pas poser de problème. Quelques heures après le lancement du site internet, la barre des 80 000 signatures avait déjà été franchie.

La méthode suscite cependant quelques railleries au Palais du Luxembourg : « Il a voulu marquer son terrain avec un gadget, le gadget des parrainages… 150 000 signatures seulement ? C’est petit bras ! 1 million de signatures ça aurait eu de la gueule. Soit vous demandez un véritable soutien populaire, soit c’est de la communication, et cela ne sera rien », déplore Patrick Kanner. Le patron des socialistes au Sénat pointe également du doigt l’absence d’esprit collectif chez Jean-Luc Mélenchon: « Sans union, la candidature de Mélenchon est une candidature de témoignage ». Le seul moyen pour la gauche de gagner en 2022 est de se rassembler ». Autrement dit, d’envisager une forme d’union de la gauche. Un avis largement partagé au sein de la gauche sénatoriale : « Il est l’heure de construire des ponts, pas de faire cavalier seul » pour la sénatrice Génération.s Sophie Taillé-Polian. « Je ne suis pas surprise par la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Mais sa méthode laisse peu de place à une convergence des forces de la gauche. Tout le monde doit reconnaître la nécessité d’avancer sur un projet commun », ajoute celle qui a rejoint en septembre le nouveau groupe écologiste au Sénat.

Malgré ces réserves, la plupart des élus voient dans Jean-Luc Mélenchon une voix importante au sein de la famille de gauche. « On ressent actuellement un besoin très fort de radicalité dans la population. Et Mélenchon est le seul à l’incarner. À gauche, il est le seul à encore parler aux classes populaires, et il peut élargir sa base électorale pour 2022 » souffle un parlementaire. À dix-huit mois de l’élection présidentielle, le bras de fer est bien lancé à gauche.

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA: Exercice Orion 26 Armee de l Air
9min

Politique

« Signal très mitigé », « pas de vision globale » : l’actualisation de la loi de programmation militaire laisse les sénateurs sur leur faim

Avec 36 milliards d’euros supplémentaires d’ici 2030, l’actualisation de la LPM portera la hausse du budget des armées à 449 milliards d’euros sur la période 2024/2030. « Ça va dans le bon sens, car c’est une nécessité absolue dans la période qu’on traverse », salue le président LR de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, Cédric Perrin. Mais il juge l’effort « frustrant », car « on n’augmente pas notre capacité ».

Le

FRA – RN VOTE BARDELLA MUNICIPALES 2EME TOUR
6min

Politique

Jordan Bardella dans Paris Match avec la princesse Maria-Carolina de Bourbon des Deux- Siciles : « Est-ce que les Français vont acheter l’histoire du conte de fées » ?

A la Une de Paris Match, le président du RN, Jordan Bardella a officialisé sa relation amoureuse avec la princesse Maria-Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, une figure de la Jet-Set européenne. Pour Philippe Moreau Chevrolet, expert en communication politique et enseignant à Sciences Po Paris, le patron du Rassemblement national signe, avec cette couverture, « son entrée en campagne » pour la présidentielle de 2027. Mais l’opération de com n’est pas sans risque pour son image. Interview.

Le

Paris: The senate vote on an amendment of a government plan to enshrine the « freedom » to have an abortion in the French Constitution
10min

Politique

« Ce n’est pas non plus le Soviet suprême ! » : au groupe PS du Sénat, la présidence de Patrick Kanner suscite convoitises et crispations

Les sénateurs du groupe PS du Sénat ont modifié leur règlement intérieur. Patrick Kanner, à la tête du groupe, était menacé en cas d’adoption du principe de non-cumul dans le temps, proposition finalement rejetée. Mais l’ancien ministre, qui pourra se représenter en octobre prochain, après les sénatoriales, se retrouve contesté en interne.

Le

« Sans union, la candidature de Jean-Luc Mélenchon est une candidature de témoignage », déclare Patrick Kanner
3min

Politique

Cyberattaques : Roland Lescure annonce la feuille de route du gouvernement pour « protéger les données de l’État »

Le ministre de l’économie et des finances Roland Lescure a annoncé ce mercredi 8 avril que le Premier ministre allait détailler dès demain la feuille de route du gouvernement pour lutter contre le vol des données de l’État. Fermeture des sites obsolètes, authentification à double facteur… le ministre a déjà dessiné quelques pistes à l’occasion des questions d’actualité au gouvernement du Sénat.

Le