Sceptique sur les remèdes, le Sénat s’attelle au projet de loi Santé
Fin du "numerus clausus" pour les étudiants en médecine, hôpitaux de proximité, transformation numérique: le Sénat s'attaque...

Sceptique sur les remèdes, le Sénat s’attelle au projet de loi Santé

Fin du "numerus clausus" pour les étudiants en médecine, hôpitaux de proximité, transformation numérique: le Sénat s'attaque...
Public Sénat

Par Véronique MARTINACHE

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Fin du "numerus clausus" pour les étudiants en médecine, hôpitaux de proximité, transformation numérique: le Sénat s'attaque lundi, après l'Assemblée nationale, à l'examen du projet de loi Santé, en étant sceptique quant à sa capacité à transformer un système "à bout de souffle".

Les sénateurs auront toute la semaine pour ausculter le projet de loi relatif à "l'organisation et à la transformation du système de santé" et ses quelque 700 amendements, avant un vote solennel à l'issue de cette première lecture mardi 11 juin.

Le gouvernement vise une adoption définitive avant fin juillet.

Traduisant une partie des mesures du plan "Ma Santé 2022" présenté en septembre par Emmanuel Macron, le texte porté par Agnès Buzyn prévoit une réforme des études de santé pour notamment pallier le manque de médecins, la labellisation de 500 à 600 "hôpitaux de proximité", une régularisation de médecins étrangers et encore un accès élargi aux données de santé ou la création d'un espace numérique de santé.

Les sénateurs sont quasi unanimes à regretter que le texte renvoie "largement" à des ordonnances ou décrets ultérieurs, y compris "sur des sujets essentiels".

Pour la ministre de la Santé, c'est "un choix assumé", le gouvernement voulant "disposer de temps pour la concertation" avec le secteur. Mme Buzyn a cependant indiqué qu'elle présenterait un amendement "transcrivant dans le projet de loi les missions des hôpitaux de proximité", qui devaient initialement être définies par des ordonnances.

Les sénateurs ont déjà adopté le projet de loi en commission moyennant des modifications, mais sans remettre en cause ses grands axes.

- "Petit lance-pierres" -

Le président de la commission des Affaires sociales Alain Milon (LR) a jugé qu'il s'agit d'une "loi d'ajustement", plutôt que d'un texte "structurant". Et il "ne pourra pas être appliqué complètement parce que le gouvernement n'a pas mis les financements suffisants en face", a-t-il regretté.

"On ne dit pas que cette loi est mauvaise", a déclaré pour sa part Hervé Maurey (centriste), président de la commission de l'Aménagement du territoire. "On dit qu'elle est insuffisante. On se bat avec un petit lance-pierres là où il faudrait une mitrailleuse".

Le jugement est plus sévère au groupe CRCE à majorité communiste. Il s'oppose à un projet de loi "qui ne va malheureusement pas améliorer notre système de santé".

"On est face à une situation où il y a une perte de dignité chez les soignants comme chez les patients", s'alarme Cathy Apourceau-Poly.

La problématique de la désertification médicale devrait être largement débattue dans la chambre des territoires, les sénateurs étant partagés.

La mesure phare du texte - la suppression du "numerus clausus" qui limite le nombre d'étudiants admis en 2e année de médecine - sera effective à la rentrée 2020, avec l'objectif d'augmenter d'environ 20% le nombre de médecins formés. Mais les effets ne se feront sentir que dans une décennie.

En attendant, le gouvernement se refuse à toute remise en cause de la libertés d'installation des futurs médecins dans certains territoires.

Les sénateurs de tous bords proposeront toute une panoplie de remèdes allant de mesures incitatives à la régulation "douce".

En commission, les sénateurs ont "enrichi" le volet numérique du texte, adoptant plusieurs amendements pour accélérer la généralisation du dossier médical partagé et de l'espace numérique de santé.

De manière générale, que ce soit pour la médecine de ville ou l'hôpital, les sénateurs défendent le rôle des acteurs de terrain et les "dynamiques locales", plutôt qu'un modèle "homogène".

Ils ont adopté un amendement confiant la présidence du conseil de surveillance des agences régionales de santé (ARS) à un élu territorial et non plus au préfet.

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le