Paris : session of questions to the government at the Senate
JEANNE ACCORSINI/SIPA

Sébastien Lecornu aux sénateurs : « Je ne serai pas le premier ministre qui fera une passation de pouvoir avec Jordan Bardella »

Alors que les relations se sont dégradées entre la majorité sénatoriale et le premier ministre, Sébastien Lecornu s’est rendu à la conférence des présidents du Sénat. Si le geste « a été salué par le président Larcher », il reste insuffisant pour gommer les « frustrations » de sénateurs qui apprennent maintenant les concessions faites au PS « en regardant la télé ». Cherchant à « dramatiser », selon l’un des participants, « il a dit que "censure vaudra démission et que ça vaudra dissolution" ».
François Vignal

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L’événement est suffisamment « rare » pour être souligné. Le premier ministre, Sébastien Lecornu est venu en personne, ce mercredi, en fin de journée, à la conférence des présidents du Sénat. Dans ce huis clos où se décide habituellement le calendrier parlementaire de la Haute assemblée, les échanges ont été cette fois un peu plus politiques.

« Ils se prenaient par le bras, avec Gérard Larcher »

Une présence exceptionnelle du premier ministre, alors que les relations sont pour le moins refroidies entre la majorité sénatoriale LR-Union centriste et Sébastien Lecornu (lire notre article sur le sujet), qui a intérêt à montrer un peu de considération aux sénateurs. C’était le but de la manoeuvre. « C’est toujours important que le premier ministre vienne devant la conférence des présidents. Ça a été apprécié, salué, par le président Larcher », raconte l’un des participants. « On avait eu Gabriel Attal et Michel Barnier, qui étaient venus de la même manière. Le geste était plutôt bienvenu », ajoute un autre.

Donc tout va bien ? « Ce n’était pas du tout tendu. Ça avait l’air de baigner dans l’huile. Ils se prenaient par le bras, avec Gérard Larcher », raconte avec le sourire un président de groupe, plutôt proche du gouvernement. Les deux hommes ont aussi pu échanger avant.

« On voit que ça reste très tendu avec la majorité sénatoriale »

Mais en réalité, ça ne baigne pas tant que ça. « Il y a eu de la vraie popol. Les interventions des présidents de groupe étaient cash. Il a voulu répondre cash », raconte un membre de la conférence des présidents. « On voit que ça reste très tendu avec la majorité sénatoriale, que ce soit les centristes ou les LR. On sent qu’il y a de la frustration de ne pas être au centre du jeu, et un peu d’agacement que la gauche, le PS, soient plus regardés qu’ils ne le sont », ressent un président de groupe de gauche. Il ajoute : « Ce n’est plus comme avec Barnier ou Bayrou, où la droite et le centre étaient un peu au centre du jeu et pouvaient faire un peu la pluie et le beau temps, sans jouer la solidarité gouvernementale ».

Une majorité sénatoriale qui a fait passer quelques messages, comme lors de la réunion à Matignon, ce matin, où le premier ministre a reçu les présidents de groupe du socle commun du Sénat. Le sénateur centriste Loïc Hervé, qui représentait pour le groupe Union centriste son président Hervé Marseille, a notamment pris la parole pour dire qu’« au Sénat, on ne veut pas jouer le mauvais rôle. On est d’accord sur les suppressions d’impôts, pour voter des économies, mais on ne veut pas porter le chapeau en disant que le Sénat est trop exigeant », rapporte-t-on. Les sénateurs de la majorité veulent aussi « être associés à la trajectoire budgétaire » et « ne pas être spectateurs de tout ça » et ne pas apprendre les concessions « en regardant la télé ». Autrement dit, « on veut l’aider mais on ne peut pas l’aider à notre propre détriment ». De son côté, le président du groupe LR, « Mathieu Darnaud, a montré un peu les dents, en parlant de la méthode, qu’il ne faut pas que ce soit trop brutal », rapporte un autre participant.

Un premier ministre « en période de gestion de crise »

Après le ton « un peu vif, net » des représentants de la majorité sénatoriale, avec une volonté « de montrer un peu les muscles, sans critiquer », décrypte un participant, le premier ministre a cherché en réponse à « dramatiser », selon un autre sénateur, « mais on peut le comprendre ». « Je l’ai trouvé grave. Il ne roule pas des mécaniques », ressent le même, qui ajoute : « Il dit « je suis en période de gestion de crise ». Il explique raisonner à deux mois ».

Une formule revient : « Sébastien Lecornu a dit « je ne serai pas le premier ministre qui fera une passation de pouvoir avec Jordan Bardella » », selon des propos rapportés et confirmés par plusieurs participants. « Il a dit aussi que « censure vaudra démission, et que ça vaudra dissolution », donc crise économique », précise un autre, qui ajoute ce commentaire : « En gros, il nous dit, si vous n’êtes pas sages et raisonnables, voilà ce qui risque d’arriver ». Guillaume Gontard, président du groupe écologique, lui a souligné à ce sujet « que c’était bien de nous faire la leçon en permanence, que l’extrême droite est aux portes du pouvoir, mais qu’il a été ministre ces huit dernières années », rapporte-t-on. Un autre sénateur présent ne cache pas être irrité par les mots du premier ministre :

 Il est très malin, c’est un gros malin. Mais c’est un peu de l’enfumage… On lui demande un cap, de la transparence et il répond c’est moi ou le chaos. 

Un participant à la conférence des présidents du Sénat.

« L’inquiétude de purge sur les collectivités » a évidemment été un sujet remonté par les sénateurs, alors que le gouvernement vise près de 5 milliards d’euros d’économies. « Le gouvernement propose 4,5 milliards d’économies, le Sénat propose 2 milliards. Ça se terminera à 3 ou 3,5 milliards d’euros d’économies pour les collectivités », imagine un président de groupe.

« Gérard Larcher a été très ferme sur le fait que le Sénat ne renoncera pas à un seul jour de discussion parlementaire »

Pour les questions classiques de calendrier, l’agenda a été fixé jusqu’au 18 décembre, avec le calendrier budgétaire déjà connu. Sur ce point, « le président de la commission des finances a beaucoup évoqué les différentes hypothèses sur l’examen du budget à l’Assemblée, et le fait que ça pourrait reporter l’examen au Sénat. Mais Gérard Larcher a été très ferme sur le fait que le Sénat ne renoncera pas à un seul jour de discussion parlementaire », rapporte l’un des participants.

La suite du calendrier, à partir de janvier, a été évoquée. Le texte sur la fin de vie viendra bien au Sénat en janvier. Celui sur « le statut des élus locaux sera voté avant les municipales » et « le texte sur la fraude fiscale et sociale, c’est très urgent », explique l’un des responsables du Sénat. « Mais tout cela sous réserve que les choses se passent bien, et qu’on ne soit pas obligés de reparler budget en janvier… » tempère un président de groupe de la Haute assemblée.

Le texte de Rachida Dati sur l’audiovisuel public « renvoyé à plus tard » ?

Et si le texte de la ministre de la Culture, Rachida Dati, n’a pas été cité, « en creux, on comprend que la loi sur l’audiovisuel public était renvoyée à plus tard. C’est mon interprétation mais je ne suis pas le seul à le penser. C’est un irritant pour le PS. Ce serait un cadeau de plus pour les socialistes », relève l’un des participants. De quoi encore énerver quelques sénateurs de droite et du centre…

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