Second tour : Marine Le Pen peut-elle gagner ?
Alors que les sondages de second tour donnent pour le moment Emmanuel Macron vainqueur face à Marine Le Pen, les écarts sont faibles. Erwan Lecoeur et Martial Foucault, deux politologues, attirent l’attention sur la force mobilisatrice d’une colère anti-Macron et sur un second tour qui pourrait être très incertain en fonction de l’abstention différentielle.

Second tour : Marine Le Pen peut-elle gagner ?

Alors que les sondages de second tour donnent pour le moment Emmanuel Macron vainqueur face à Marine Le Pen, les écarts sont faibles. Erwan Lecoeur et Martial Foucault, deux politologues, attirent l’attention sur la force mobilisatrice d’une colère anti-Macron et sur un second tour qui pourrait être très incertain en fonction de l’abstention différentielle.
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont tous les deux augmenté leur score de 2017 de 3 points environ, mais les mêmes causes produiront-elles les mêmes conséquences ? Notre sondage Ipsos-Sopra Stéria pour France 2, France Inter, Public Sénat et LCP-AN donne pour le moment Emmanuel Macron vainqueur à 54 %. Mais la candidate du Rassemblement national dispose cette fois de plus de réserves de voix avec les 9 % cumulés d’Éric Zemmour et de Nicolas Dupont-Aignan, alors qu’à l’inverse, Emmanuel Macron ne mobilisera peut être pas autant à gauche qu’en 2017, avec un électorat de Jean-Luc Mélenchon, beaucoup plus partagé.

« On est dans un moment historique », a expliqué Erwan Lecoeur sur notre plateau, politologue spécialiste de l’extrême droite. « On parle depuis plusieurs années de la tripolarisation de la vie politique, on y est clairement. On va arrêter de parler de la gauche et de la droite. […] Aujourd’hui on a 3 blocs : un bloc conservateur, réactionnaire et identitaire, un bloc libéral gestionnaire avec Emmanuel Macron, et un bloc pas encore constitué politiquement mais que Mélenchon a essayé de construire que l’on peut appeler social-écologiste. »

« La coalition anti-Macron est une coalition très affective »

Les exemples européens sont parlants pour Erwan Lecoeur, qui rappelle que l’extrême droite gagne des élections en Europe, même dans le contexte de la guerre en Ukraine : « Viktor Orban vient de gagner haut la main en Hongrie, le président serbe vient de gagner haut la main alors qu’il est très proche de Poutine. Poutine fait gagner ses alliés ailleurs en Europe, c’est une des raisons pour lesquelles je serais très prudent sur le résultat du 2nd tour. » D’après lui, la possibilité d’une victoire de Marine Le Pen reste une option, qui dépendra grandement de l’abstention : « L’abstention différentielle et les reports différentiels vont jouer à plein. Il y a un effet anti-macron qui va se faire sentir. »

Martial Foucault, directeur du CEVIPOF, embraye : « Au second tour, la coalition anti-Macron c’est une coalition très affective. Le rôle des émotions dans le vote va être clé, alors que l’émotion va beaucoup moins jouer dans la mobilisation pour Macron. Emmanuel Macron va-t-il susciter de la colère ? On n’est pas à l’abri d’une surprise, avec un ‘tout sauf Macron’qui fonctionnerait comme le ‘tout sauf Sarkozy’. »

Mobiliser contre l’extrême droite : « On ne mobilisera plus contre Marine Le Pen sur le thème ‘c’est Belzébuth’ »

D’autant plus que du côté de l’extrême droite, l’équation a changé. « On a vécu une campagne absolument folle, complètement à droite et à l’extrême droite, où Zemmour a véritablement joué au lièvre. Nous étions beaucoup à le dire, Éric Zemmour ne représente rien sociologiquement, mais il a complètement présidentialisé Marine Le Pen, qui récupère aujourd’hui les marrons du feu », détaille Erwan Lecoeur. De même, « il y a une désaffiliation forte des Français vis-à-vis des clivages politiques », et il devient donc de plus en plus difficile de mobiliser contre l’extrême droite : « Cela ne marche pas en Hongrie, cela ne marche pas en Serbie. La morale ne fait plus la politique et on ne mobilisera plus contre Marine Le Pen sur le thème ‘c’est Belzébuth’. »

La guerre en Ukraine ne serait d’ailleurs pas nécessairement un handicap pour la candidate du Rassemblement national, d’après le politologue spécialiste de l’extrême droite : « Viktor Orban a été réélu haut la main en promettant la paix, le gaz et le pétrole. » En somme, « c’est l’abstention différentielle qui va venir déterminer le résultat », c’est-à-dire la capacité des deux finalistes à mobiliser dans leurs électorats potentiels. Et si la campagne d’entre-deux-tours se jouera probablement sur une « coalition anti-Macron », c’est bien l’attitude du Président sortant qui pourrait déterminer cette mobilisation ou non : « Si Emmanuel Macron n’a pas de stratégie de campagne parce qu’être le président de l’Europe ça suffit, il va tomber dans le piège du référendum contre Macron. On voit bien dans toutes les enquêtes qu’il y a une colère qui n’est pas jugulée. Si l’on parle uniquement des gens qui se mobiliseront dans ce deuxième tour, cela fait potentiellement plus de 50 % dans les gens mobilisés contre Emmanuel Macron. »

Partager cet article

Dans la même thématique

Sophia Chikirou and Jean Luc Melenchon in a meeting for the municipal elections at Mutualite in Paris
6min

Politique

« L'arbitre de la compétition » : aux municipales, LFI veut se rendre indispensable à gauche malgré son isolement

Avec ses centaines de listes indépendantes, La France insoumise (LFI) veut passer un cap à l’échelon local et assume de faire du scrutin des 15 et 22 mars le « premier tour » de l'élection présidentielle. De quoi espérer remporter plusieurs municipalités de banlieue et se mêler à la bataille du second tour dans les grandes villes, où socialistes et écologistes ne pourront se passer des voix insoumises pour l’emporter.

Le

Paris: PY Bournazel reunion publique campagne municipale Paris
7min

Politique

Municipales : faute d’implantation locale, Renaissance contraint de faire profil bas

La formation de Gabriel Attal a fait le choix d’une campagne a minima pour les élections municipales, avec 360 listes menées sur son nom. Faute d’implantation locale, Renaissance a surtout choisi de former des coalitions avec ses partenaires du centre et de droite pour augmenter le nombre de ses conseillers municipaux. Enjamber les municipales pour mieux lancer la campagne présidentielle, c’est le pari de l’ancien Premier ministre.

Le

Marseille: Marine Le Pen and Franck Allisio at the end of their meeting for the municipal elections
9min

Politique

Municipales 2026 : le Rassemblement national joue sa carte présidentielle

Le parti à la flamme va devoir montrer qu'il est bien implanté localement et qu'il n'a pas perdu sa dynamique avant la présidentielle de 2027. Dans ce cadre, les enjeux des élections municipales jouent un rôle décisif, car actuellement peu ancré localement, chaque mairie gagnée devient pour le Rassemblement national un marchepied stratégique pour le national.

Le