Secret des affaires contre liberté d’informer : vifs débats à l’Assemblée
Protéger les informations économiques confidentielles sans porter atteinte à la liberté d'information : les députés ont examiné...

Secret des affaires contre liberté d’informer : vifs débats à l’Assemblée

Protéger les informations économiques confidentielles sans porter atteinte à la liberté d'information : les députés ont examiné...
Public Sénat

Par Fabrice RANDOUX

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Protéger les informations économiques confidentielles sans porter atteinte à la liberté d'information : les députés ont examiné mardi soir une proposition de loi LREM sensible sur le "secret des affaires", qui suscite des inquiétudes parmi les médias et associations, relayées par la gauche mais contestées par la majorité et la droite.

Les députés n'avaient pas achevé l'examen des amendements à l'interruption de la séance à 01H00 et le reprendront mercredi après-midi.

"Le secret des affaires ne pourra être opposé aux lanceurs d'alertes et aux journalistes", a martelé dans l'hémicycle la ministre de la Justice Nicole Belloubet, pour qui ce texte "n'emportera strictement aucune restriction de liberté publique" comme l'affirme un collectif de journalistes et d'association.

Ce texte sur "la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués" vise à transposer une directive qui, lors de son adoption au Parlement européen à une large majorité transpartisane en 2016, avait déjà provoqué de vifs débats sur un risque d'atteinte à la liberté de la presse et à la protection des lanceurs d'alerte.

"Il s'agit de protéger nos entreprises contre l'espionnage économique, le pillage industriel ou la concurrence déloyale", plaide le rapporteur LREM Raphaël Gauvain. Et "nos concurrents, en particulier les États-Unis, disposent depuis longtemps d'un arsenal performant", alors que la France a échoué, à cinq reprises depuis 2004, à se doter d'une telle législation.

Selon le texte, est protégée toute information qui n’est pas "généralement connue ou aisément accessible à une personne agissant dans un secteur […] traitant habituellement de cette catégorie d’information", dont la valeur commerciale est due à son caractère secret, et qui a "fait l’objet de la part de son détenteur légitime de mesures de protection raisonnables".

Dans une tribune la semaine dernière, un collectif de sociétés de journalistes (du Monde à l'AFP), de syndicats et d'associations (comme Sherpa) a dénoncé une définition "si vaste que n'importe quelle information interne à une entreprise peut désormais être classée dans cette catégorie" et estimé que des "scandales comme celui du Mediator ou du bisphénol A, ou des affaires comme les +Panama Papers+ ou +LuxLeaks+ pourraient ne plus être portés à la connaissance des citoyens".

- Procédures dites "bâillon" -

Selon ce collectif, les dérogations prévues à la protection du secret pour empêcher les poursuites de syndicalistes, lanceurs d’alerte ou journalistes sont "trop faibles".

La soirée a été pour l'essentiel une partie de ping-pong entre la gauche, désireuse de restreindre le champ d'application du secret des affaires et le rapporteur pour qui cette définition avait été tranchée au niveau européen et ne pouvait plus être modifiée.

"L'objectif est d'avoir dans l'ensemble des pays de l'Union la même définition du secret des affaires et des exceptions", a insisté M. Gauvain, soulignant que la directive devait être transposée par les États membres d'ici le 9 juin.

Brandissant dans l'hémicycle des documents qui ne pourraient plus être révélés selon lui, M. Ruffin a dénoncé "une victoire de l'Europe des lobbies" alors que les députés devraient "lutter pour que les multinationales ouvrent leur portes".

"C'est totalement faux. Ces scandales (ndlr, dénoncés par M. Ruffin) n'entrent pas dans le champ de la directive qui vise à protéger des savoir-faire", a répondu le Modem Philippe Latombe. La LR Constance Le Grip a rappelé que le Parlement européen avait "travaillé 18 mois d'arrache-pied entre plusieurs groupes pour améliorer substantiellement le texte"

Selon la proposition de loi, le secret n'est plus protégé pour "exercer le droit à la liberté d’expression et de communication, y compris le respect de la liberté de la presse" et "pour révéler, dans le but de protéger l’intérêt général et de bonne foi, une activité illégale, une faute ou un comportement répréhensible". Le secret n'est plus non plus protégé "pour la protection d’un intérêt légitime reconnu par le droit", et notamment "l’ordre public, la sécurité publique, la santé et l'environnement"; ou encore dans le cadre "du droit à l'information des salariés ou leurs représentants".

Pour répondre "aux craintes exprimées par les journalistes et les lanceurs d'alerte" sur les procédures dites "bâillon", des "sanctions en cas de procédure dilatoire ou abusive" ont été ajoutées, à l'initiative du rapporteur en commission.

L'amendement adopté prévoit une amende civile qui pourra aller jusqu'à 20% du montant de la demande de dommages et intérêts (ou jusqu'à 60.000 euros en l'absence de demande).

Partager cet article

Dans la même thématique

Secret des affaires contre liberté d’informer : vifs débats à l’Assemblée
2min

Politique

Présidentielle : « Il faudra que les sociaux-démocrates et les modérés de la droite républicaine se retrouvent, car ce sera la seule façon de s’opposer aux extrêmes », plaide Hervé Marseille

Le président du groupe Union centriste du Sénat, allié des LR à la Haute assemblée, ne ferme pas la porte à un rapprochement « à un moment donné » avec les sociaux-démocrates, tels que François Hollande ou Bernard Cazeneuve, « un homme tout à fait respectable », afin de battre « les extrêmes », avance le président de l’UDI.

Le

Secret des affaires contre liberté d’informer : vifs débats à l’Assemblée
3min

Politique

Crise chez Grasset : la ministre de la Culture ouvre la porte à la création d’une clause de conscience pour les auteurs

Interrogée par la sénatrice Sylvie Robert (PS), auteure d’une proposition sur le sujet, la ministre de la culture Catherine Pégard s’est dite favorable à étudier création d’une clause permettant aux auteurs de quitter avec plus de facilité leur maison d’édition en cas de changements imposés par la direction. Une réponse à la crise ouverte chez Grasset par le renvoi de son président Olivier Nora par la direction d’Hachette, aux mains de Vincent Bolloré.

Le

Secret des affaires contre liberté d’informer : vifs débats à l’Assemblée
3min

Politique

Audiovisuel public : les nouveaux contrats d’objectifs et de moyens « présentés à l’été au Parlement », affirme Catherine Pégard

Après une commission d’enquête tendue, à l’Assemblée, sur l’audiovisuel public, le président de la commission de la culture du Sénat, Laurent Lafon, regrette que le gouvernement ait abandonné son texte qui créait une holding de l’audiovisuel public. « Je ne crois pas au statu quo », lui a répondu la ministre de la Culture, Catherine Pégard.

Le

Secret des affaires contre liberté d’informer : vifs débats à l’Assemblée
2min

Politique

« Ils ont servi la France jusqu’au sacrifice suprême » : le Sénat rend hommage aux deux soldats français tués au Liban

A l’initiative de Gérard Larcher, le Sénat a observé ce mercredi une minute de silence en hommage à Florian Montorio et Anicet Girardin, les deux soldats français victimes d’une embuscade en tant que membres de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). L’occasion pour le président du Sénat de renouveler son soutien au gouvernement libanais.

Le