Le "secret des affaires", une menace pour la liberté d'informer ? La proposition de loi LREM, défendue par la majorité et la droite, a été votée...
Secret des affaires: le texte adopté par l’Assemblée, malgré les inquiétudes
Le "secret des affaires", une menace pour la liberté d'informer ? La proposition de loi LREM, défendue par la majorité et la droite, a été votée...
Par Isabelle CORTES
Temps de lecture :
4 min
Publié le
Mis à jour le
Le "secret des affaires", une menace pour la liberté d'informer ? La proposition de loi LREM, défendue par la majorité et la droite, a été votée définitivement jeudi à l'Assemblée, une semaine avant le Sénat, malgré les inquiétudes de la gauche, des médias et d'associations.
Cette transposition d'une directive adoptée par le Parlement européen en juin 2016, après un an et demi de vifs débats, a obtenu 61 voix contre 21. Les députés LREM-MoDem et de droite l'ont jugée "nécessaire" et "équilibrée", mais la gauche y a vu un texte "liberticide".
La proposition de loi, objet d'un compromis entre députés et sénateurs, vise à "protéger les entreprises contre le pillage d'innovations (et à) lutter contre la concurrence déloyale", a plaidé la ministre de la Justice Nicole Belloubet.
"L'objectif n'est certainement pas de restreindre la protection juridique accordée aux lanceurs d'alerte, de donner des armes supplémentaires contre la liberté de la presse ou de réinstaurer une forme de censure a priori du juge, abolie en 1881", a objecté Nicole Belloubet aux critiques, à ses yeux infondées.
"Il est temps enfin d'adopter un cadre juridique protecteur à la fois des savoir-faire et informations confidentielles, et des libertés fondamentales", a défendu Constance Le Grip (LR). "Indispensable" pour "protéger les acteurs économiques" face à "un défi majeur", pour Philippe Latombe (MoDem).
Le texte protège toute information pas "généralement connue ou aisément accessible pour les personnes familières de ce type d’informations en raison de leur secteur d’activité", avec "une valeur commerciale, effective ou potentielle, du fait de son caractère secret", objet "de la part de son détenteur légitime de mesures de protection raisonnables".
Des modifications pour la procédure suivant laquelle un juge peut décider de mesures particulières de protection ont été ajoutées jeudi.
Le rapporteur Raphaël Gauvain (LREM) a défendu "un texte d'équilibre", "transposition fidèle et retenue" après "cinq tentatives infructueuses".
- "Un outil de censure" -
Le dernier échec remontait à 2015. Rapporteur général de la loi Macron, Richard Ferrand (socialiste, devenu président des députés LREM), avait récusé toute atteinte "à la liberté de la presse" ou aux lanceurs d'alerte, mais justifié le retrait de ce volet devant l'"émoi".
Delphine Batho le 28 mars 2018 à l'Assemblée nationale
AFP
La majorité élue en 2017 a rouvert ce chantier, relançant la mobilisation des opposants, avec pétitions, tribunes et manifestations. Encore mercredi, plus d'une centaine de rédactions, d'ONG et de journalistes ont appelé Emmanuel Macron à modifier "un outil de censure inédit".
Fustigeant "beaucoup de désinformation", Raphaël Gauvain a martelé que "le texte ne pourra pas être appliqué aux journalistes, lanceurs d'alerte ou représentants du personnel". Cet avocat a vanté "un nouveau dispositif pour protéger plus efficacement journalistes et lanceurs d'alerte dans le cadre de procédures dites bâillon", avec une amende civile, que le Sénat souhaitait initialement supprimer.
"Sans notre loi, un industriel a attaqué un journaliste de France 2 pour violation du secret des affaires, avec notre disposition, le juge aura la possibilité de sanctionner une entreprise pour procédure abusive", a-t-il clamé.
Mais les opposants ne se satisfont pas de "dérogations" pour empêcher les poursuites. "Le principe est le secret (et) la liberté d'information, d'expression, la protection des lanceurs d'alerte, l'exception", a fustigé l'ex-ministre (ancienne PS) Delphine Batho, lançant que "journalistes et ONG (...) savent lire".
Défendant vainement le rejet de ce "texte bancal" et sans étude d'impact, Stéphane Peu (PCF) a alerté sur une "légalisation du harcèlement judiciaire de tous les lanceurs d'alerte". Sa collègue Elsa Faucillon a dénoncé "une succession de lois visant à détricoter la grande loi de 1881", comparant les assurances LREM à la novlangue de "1984" de George Orwell.
L'Insoumis François Ruffin a fustigé "une arme juridique de plus aux multinationales" et a accusé la majorité d'avoir "choisi l'argent contre les gens" : "Servier contre Irène Frachon, Sanofi contre Marine Martin, Clearstream contre Denis Robert, Vincent Bolloré contre Jean-Baptiste Rivoire (...) Monsanto contre Marie-Monique Robin...".
Évoquant Lafarge ou les Panama Papers, Dominique Potier (PS) - qui a relevé les critiques d'une presse par ailleurs selon lui "plutôt bienveillante avec la majorité" - a souhaité une saisine du Conseil constitutionnel.
A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.
En France, neuf millions de personnes vivent dans un désert médical. L’augmentation de ce chiffre ne cesse d’inquiéter les professionnels de santé qui appellent le personnel politique à agir au plus vite, car derrière les statistiques se cache un véritable enjeu sanitaire. Raccourcir les parcours de formation des médecins ? Aller aux devants des patients avec des bus médicalisés ? Axel De Tarlé reçoit la sénatrice Corinne Imbert et le médecin généraliste Martial Jardel pour en débattre dans l’émission Et la Santé ça va ?.
États-Unis, Allemagne mais aussi Sénégal quand le monde apprend la démission du président de Gaulle en avril 1969, c’est une onde de choc politique. Celui qui était au pouvoir depuis 1958 avait en effet tissé des liens avec le monde entier. Construction d’une politique européenne pour se préserver notamment de l’influence de l’Amérique, décolonisation… Charles de Gaulle avait imprimé sa marque, ses opinions en matière de politique étrangère, laissant ainsi son héritage. C’est l’un des chapitres que nous propose de feuilleter le réalisateur Jean-Pierre Cottet dans le documentaire De Gaulle, histoire d’un géant diffusé sur Public Sénat.
La commission des affaires économiques du Sénat a organisé une table ronde, mercredi 10 décembre, autour de l’industrie textile. Trois porte-étendards du secteur sont venus partager leur colère face à la plateforme chinoise Shein, soupçonnée de bien des dérives en Europe.