Secret des affaires : « une atteinte massive aux libertés fondamentales », estime Dominique Pradalié
Pour Dominique Pradalié, porte parole du syndicat national des journalistes, la proposition de loi sur le secret des affaires aurait des conséquences désastreuses sur la liberté d’expression en France.

Secret des affaires : « une atteinte massive aux libertés fondamentales », estime Dominique Pradalié

Pour Dominique Pradalié, porte parole du syndicat national des journalistes, la proposition de loi sur le secret des affaires aurait des conséquences désastreuses sur la liberté d’expression en France.
Public Sénat

Par Maud Larivière

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

La proposition de loi protégeant le secret des affaires est examinée par le Sénat en séance publique ce mardi. Transposant une directive européenne de juin 2016, la France a jusqu'au mois de juin pour la traduire en droit national, sous peine de sanctions. Plusieurs élus dénoncent le fait que le texte soit examiné dans le cadre d'une procédure accélérée, avec une seule lecture par chambre. Portée par le député (LREM) Raphaël Gauvain, cette proposition de loi soulève des inquiétudes chez les journalistes et les lanceurs d’alerte. Pour Dominique Pradalié, porte parole du syndicat national des journalistes,  elle est synonyme « d’atteinte massive » à la liberté d’expression.

Une lettre ouverte au Président Macron a été signée par un ensemble de journalistes, associations et lanceurs d’alerte, pour défendre le droit à l’information. Pourquoi cette loi inquiète autant ?

Dominique Pradalié : Cette loi inquiète parce qu’elle est une atteinte massive aux libertés fondamentales et à la liberté d’expression. C’est une inversion complète des principes de la République. Cela veut dire que du jour au lendemain, les journalistes, chercheurs, syndicats, ONG, auront une épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes, et ne pourront plus faire correctement leur travail. Si la loi passe, ce sera une véritable chape de plomb qui s’abattra sur la France. Par ailleurs, l’utilisation de la procédure accélérée est un véritable scandale et résulte d’une stratégie de la part du gouvernement pour éviter une mobilisation de l’opinion.

Quelles seraient les conséquences de l’adoption de cette loi ?

N’importe qui pourra être traîné devant un tribunal de commerce. Et les journalistes refusent d’être traduits par des tribunaux de commerce, d’être jugés par le droit du commerce ! On pourrait également redouter une explosion du nombre de plaintes de la part des entreprises, tellement la notion de « secret d’affaire » est floue dans le texte. Et puis, quel journaliste, quel chercheur indépendant, quel lanceur d’alerte, peut se permettre de payer le montant des dommages et intérêts? L’autocensure est à craindre.

Quelles sont vos revendications ?

Si le gouvernement est de bonne foi, il doit adopter notre premier amendement, et restreindre le champ d'application du secret des affaires aux seuls acteurs économiques concurrentiels, pour que chaque journaliste, chercheur et lanceur d’alerte puisse faire son travail.

Qu’attendez-vous de cette lecture au Sénat ?

Malheureusement, nous avons rencontré à plusieurs reprises les députés et les sénateurs pour leur parler du danger de cette loi, mais ils nous ont répondu que nous exagérions. Je ne le pense pas. Seuls divers groupes de gauche nous ont soutenus. Nous n’attendons pas de résultats spectaculaires de cette lecture au Sénat. Nous avons fait le travail. Maintenant, tout dépend de l’opinion publique

Secret des affaires : « une atteinte massive aux libertés fondamentales », estime Dominique Pradalié
01:03

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Secret des affaires : « une atteinte massive aux libertés fondamentales », estime Dominique Pradalié
4min

Politique

« Ce soir, je suis candidate à l’élection présidentielle » : malgré sa condamnation, Marine Le Pen se lance et se pourvoit en cassation

En dépit de sa condamnation pour détournement de fonds publics, la leader du RN annonce sa candidature à la présidentielle. Elle a décidé de se pourvoir en cassation, ce qui rend suspensif la décision de la Cour d’appel, lui permettant de faire campagne sans bracelet électronique. Assurant former un « couple politique » avec Jordan Bardella, ils mèneront campagne « en binôme ».

Le

Marine Le Pen Convicted in National Rally Appeal Trial
7min

Politique

Condamnation de Marine Le Pen : une éventuelle candidature à la présidentielle attaquée sous l'angle de l'éthique, à gauche comme à droite

Le délibéré de la Cour d'appel dans l'affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN laisse le personnel politique dans l'expectative. Condamnée mais éligible, Marine Le Pen peut, en théorie, être candidate à l'élection présidentielle. À droite comme à gauche, on met en avant la dimension éthique et morale d'une potentielle candidature de Marine Le Pen à la présidentielle.

Le

Marine Le Pen Convicted in National Rally Appeal Trial
4min

Politique

Marine Le Pen peut-elle vraiment faire campagne sous bracelet électronique si elle décide d'être candidate ?

Dans l'affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la cour d'appel de Paris a pris en compte « la liberté des candidatures » et « la liberté de choix de l'électeur » en condamnant Marine Le Pen à quinze mois ferme d'inéligibilité. Les juges ont aussi condamné la députée RN à un an de prison aménageable sous bracelet électronique. Une peine qui pourrait être suspendue si Marine Le Pen décidait de se lancer dans la course à la présidentielle.

Le

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques
6min

Politique

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques

Le sénateur (LR) Jean-François Husson ressort mécontent d’une réunion sur les perspectives des finances publiques, à laquelle a participé le gouvernement, des parlementaires, des représentants des collectivités locales ou encore de la Sécurité sociale. « Beaucoup de communication et très peu d’action », déplore le sénateur. Bercy annonce des mesures supplémentaires de freinage de la dépense, à hauteur de 3 milliards d’euros.

Le