Sécurité, stationnement payant, logement : les principaux points du débat entre les candidats à la mairie de Lille

Les six principaux candidats à l’élection municipale, à Lille, ont débattu sur Public Sénat et BFM Grand Lille. Entre passe d’armes et propositions sur la police municipale, le logement, les espaces verts et les projets pour le logement, les échanges ont été nourris.
François Vignal

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À trois semaines des élections municipales, BFM Grand Lille et Public Sénat s’associent pour confronter les six principaux candidats à la mairie de Lille. Rassemblés dans les locaux de la Chambre de commerce et d’industrie des Hauts-de-France, Lahouaria Addouche (LFI), Stéphane Baly (EELV), Louis Delemer (LR), le maire sortant Arnaud Deslandes (PS), Violette Spillebout (Renaissance) et Matthieu Valet (RN) ont abordé pendant une heure trois grands thèmes : la sécurité, l’attractivité et le logement.

Premier chapitre, la sécurité (à voir dans la vidéo), avec un enjeu qui concerne beaucoup de villes : faut-il armer la police municipale ? Pour le maire PS sortant, Arnaud Deslandes, qui a pris la succession de Martine Aubry, qui ne se représente pas après quatre mandats, « c’est non ». « Il ne faut pas amener de confusion dans le rôle des uns et des autres », dit-il, craignant « une police à deux vitesses », avec « une police des villes riches, qui sera armée ».

« Je suis un vert qui veut du bleu, c’est-à-dire de l’humain »

Même refus pour Stéphane Baly, représentant des Ecologistes et candidat malheureux lors du précédent scrutin. Il avait alors manqué l’élection à « 227 voix », a-t-il rappelé. Mais il veut renforcer la police municipale, avec 238 agents au total, soit une soixantaine de plus. Défendant aussi la présence de « médiateur de vie », d’éducateur, il ajoute : « Je suis un vert qui veut du bleu, c’est-à-dire de l’humain ».

Pour Lahouaria Addouche, candidate LFI, « la réponse ne peut être purement répressive ». Cette ouvrière, qui a grandi dans les quartiers populaires de la ville, pointe les « caméras de vidéosurveillance. En plus d’être liberticides, elles sont démagogiques et très coûteuses ». Elle préfère « augmenter les moyens de la police municipale, et des équipes de médiateurs, qui travaillent en lien avec les clubs de prévention ».

Les autres candidats défendent l’armement de la police municipale. Violette Spillebout, candidate d’Ensemble (Renaissance, Horizons, Modem), souligne que « ça fait 6 ans » qu’elle « porte une motion pour que nos policiers municipaux puissent être, comme dans la grande majorité des grandes villes, avec une arme létale, et formés pour les utiliser le moins possible ». Elle souligne au passage que « Lille a été classée récemment la troisième ville la plus dangereuse de France ».

Mathieu Valet (RN) veut armer la police municipale « face aux dealers et aux refus d’obtempérer »

Louis Delemer, candidat LR et benjamin du scrutin, à 32 ans, y est aussi favorable. Les policiers « ont besoin de se défendre face à la montée de la violence et face aux voyous. […] On le voit dans les quartiers sud de la ville, en proie au trafic de drogue et aux violences ».

Mathieu Valet, candidat RN et par ailleurs porte-parole du parti d’extrême droite, veut lui aussi armer la police municipale et la renforcer de 70 agents. « Je veux les armer, car face aux dealers, aux refus d’obtempérer, […] il faut que nos policiers municipaux soient en première ligne », soutient le candidat RN, dont la prise de parole a été l’occasion d’un échange tendu avec la candidate LFI, le premier accusant l’autre d’être « dans la politique de caniveau », Lahouaria Addouche reprochant au candidat RN « d’être toujours dans un climat anxiogène ». Mathieu Valet, qui est lui-même ancien gardien de la paix, veut aussi « filmer tout sur la voie publique ».

« Taxe sur la vacance commerciale »

L’attractivité de la ville, deuxième grand thème, a été abordée sous l’angle de la piétonnisation récente de la Grand Place et de la question classique du stationnement payant. Pour l’écologiste Stéphane Baly, il faut aller plus loin. La question, c’est « comment animer » ce lieu, symbole de Lille. « Par exemple, avoir le retour du marché aux fleurs » ou l’été, des activités culturelles extérieurs, avec « le théâtre du nord ».

Pour aider les commerçants, il veut encadrer les loyers de locaux commerciaux, créer une « taxe sur la vacance commerciale » ainsi qu’une « foncière commerciale », qui était une promesse non tenue de Martine Aubry. Mais après avoir planché sur le sujet avec « la Banque des territoires et la Caisse des dépôts et consignations, on en a tiré le bilan que la ville seule ne peut pas le porter, si on veut un véritable impact en cœur de ville », justifie le maire Arnaud Deslandes.

Quant au stationnement payant, qui a été mis en place, le successeur de Martine Aubry « assume ». Mais « après quatre ans de mise en œuvre, il faut ajuster certaines choses, avec la gratuité pour ceux aux minimas sociaux et baisser les prix pour les deux premières heures de stationnement », pour davantage inciter à se garer, propose le candidat PS.

« Gestion hasardeuse des finances de la ville »

« Sous couvert de pseudo conscience écologique, on a créé cette taxe déguisée », dénonce le candidat LR Louis Delemer, « et Martine Aubry et Arnaud Deslandes portent cette responsabilité d’avoir pris 20 millions d’euros par an. […] C’était bien pour venir compenser une gestion hasardeuse des finances de la ville. Aujourd’hui, on a un rétropédalage, à visée électoraliste ». Le candidat de droite l’assure : « Nous reviendrons dessus, le stationnement sera gratuit pour tous les Lillois ».

En macroniste, Violette Spillebout fait du en même temps, voulant « garder ce qui est bon et modifier ce qui n’est pas bon ». Ainsi, « la piétonnisation est une bonne chose, elle était très attendue ». Mais « on a une problématique pour les commerces. Notre cœur de ville est très peu accessible ». La députée Renaissance propose « un tarif de 10 euros par mois pour l’ensemble des Lillois, partout dans la ville » et sans conditions de ressources. Et pour répondre à la baisse de fréquentation dans les restaurants, elle défend « la gratuité entre 12 et 14 heures ».

Le stationnement payant est « une taxe ajoutée sur les pauvres », dénonce Lahouaria Addouche (LFI)

Pour Lahouaria Addouche, le stationnement payant est « une taxe ajoutée sur les pauvres » et « pour les commerçants, c’est un coût énorme et une perte de chiffre d’affaires ». « Il y a une explosion de vacances commerciales, nos petits commerçants sont étranglés par les loyers et les charges », dit la candidate LFI, dont les propos sur les charges ne correspondent pas au discours habituel du parti de Jean-Luc Mélenchon. Lahouaria Addouche propose « le stationnement gratuit pour les commerçants et leurs personnels » et « un guichet unique pour faciliter les démarches administratives ». La candidate LFI « rejoint Stéphane Baly sur la foncière commerciale, pour mettre en place des loyers abordables et lutter contre la spéculation immobilière ».

Matthieu Valet était pour sa part opposé à la piétonnisation de la Grand Place. « Martine Aubry n’y était pas favorable », souligne au passage le candidat RN, qui défend aussi « une foncière » pour « accompagner des projets », car « le commerce est en crise, en souffrance ». Il entend « mettre en place des parkings relais » et « faire en sorte que les métros fonctionnent ».

« Saint Sauveur doit être le second poumon vert de Lille » pour Violette Spillebout (Renaissance)

Dernier thème, le logement, avec la question de l’encadrement des loyers et celle, ancienne, de la gare Saint Sauveur. Matthieu Valet veut y construire « une piscine olympique, promise depuis longtemps » et « des logements à taille humaine ». Il propose la construction de « 1500 logements par an, avec 4000 logements universitaires ». Côté espaces verts, le candidat RN veut « refaire le parc Matisse et le jardin Vauban » et faire de la Citadelle « un Central parc à la lilloise ».

Pour Violette Spillebout, « Saint Sauveur doit être le second poumon vert de Lille ». Elle veut « obtenir l’abandon des mégas projets de Martine Aubry/Arnaud Deslandes ». Quant aux bureaux vides, « il faut les transformer en logements » pour « les salariés et du logement d’urgence, car il y a beaucoup de personnes en mendicité ».

Louis Delemer, candidat LR, veut « bâtir à terme entre 12.000 et 16.000 logements nouveaux »

Louis Delemer entend être « le maire qui, demain, créera du logement », avec « 3000 logements » sur le site de Saint Sauveur. Le candidat LR veut « couvrir le périphérique au niveau sud de Lille » et « bâtir à terme entre 12.000 et 16.000 logements nouveaux ». Coût pour la ville : « Entre 80 et 180 millions d’euros ».

Lahouaria Addouche veut quant à elle « faire de Saint Sauveur un grand parc nature » car « les quartiers populaires n’ont pas d’espace nature » à proximité. Face aux 80.000 m2 de bureaux vides et aux 8.000 logements vacants, « on va faire la réquisition des bureaux publics vides et des bureaux inoccupés pour les transformer en logements abordables ». La candidate LFI veut aussi revoir le plan local d’urbanisme pour prévoir « 40 % de logements très sociaux, dans les opérations neuves ».

Echange tendu entre Stéphane Baly (Les Ecologistes) et Arnaud Deslandes (PS) sur le logement

Pour l’écologiste Stéphane Baly, « la première mesure » sur Saint Sauveur, « c’est d’arrêter le projet » prévu par la mairie sortante. Il propose à la place « un parc de 11 hectares ». « Saint Sauveur, c’est le paravent de l’échec de la politique du logement de la majorité municipale. On nous a promis 8.000 logements dans ce mandat, au final, ce sont 3.500 permis de construire accordés. Le compte n’y est pas », attaque le candidat des Ecologistes, qui vise lui « 2.000 logements à moins de 300 euros ».

S’en suit une passe d’armes avec le candidat socialiste, qui soutient que « 6.100 logements » sont sortis de terre. « Non, vous mettez », le coupe Stéphane Baly. « Vos chiffres ne sont pas les bons. Allez voir les agents de la ville », lui lance Arnaud Deslandes.

Face à 25.000 demandes de logements non satisfaites, le candidat PS défend le projet prévu à Saint-Sauveur, avec « des typologies de logements variées », « pour les familles » et du « logement social et abordable, au deux tiers ». Pour le maire sortant, « il faut travailler sur les friches, qui sont déjà artificialisées », « plutôt qu’artificialiser des zones lointaines qui sont dans les zones agricoles ». Une chose est sûre : Stéphane Baly entend jouer le match retour lors du scrutin des 15 et 22 mars.

Voir le débat en intégralité :

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