Sécurité versus libertés: Paris vote une loi antiterroriste controversée
Les députés français voteront mardi le projet de loi antiterroriste, deux jours après une nouvelle attaque à Marseille, un texte...

Sécurité versus libertés: Paris vote une loi antiterroriste controversée

Les députés français voteront mardi le projet de loi antiterroriste, deux jours après une nouvelle attaque à Marseille, un texte...
Public Sénat

Par Loïc VENNIN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Les députés français voteront mardi le projet de loi antiterroriste, deux jours après une nouvelle attaque à Marseille, un texte défendu par le gouvernement comme "une réponse durable à une menace durable", mais critiqué à gauche comme une "atteinte aux libertés".

Il fera l'objet d'un vote solennel à l'Assemblée nationale après une semaine de débats houleux, et deux jours après le meurtre à l'arme blanche de deux jeunes femmes, dimanche à la gare de Marseille, revendiqué par le groupe Etat islamique (EI). Le tueur présumé a été abattu par des militaires.

Cette attaque porte à 241 le nombre de personnes tuées dans des attentats en France depuis 2015.

Le dispositif législatif présenté mardi vise à transposer dans le droit commun certaines mesures de l'état d'urgence instauré par l'ancien gouvernement socialiste après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris (130 morts).

L'état d'urgence, qui confère aux autorités des pouvoirs exceptionnels, devait être temporaire mais il a en fait été prorogé à six reprises, au gré des attentats ou des menaces.

Parmi les dispositions les plus sujettes à polémique, le texte prévoit des assignations à résidence sans contrôle a priori d'un juge mais oblige en revanche un aval judiciaire pour effectuer des "visites domiciliaires", qui remplacent officiellement les "perquisitions administratives" très contestées.

Les possibilités de contrôles d'identité sont de plus élargies: ces derniers sont autorisés "aux abords des gares" (et non plus à l'intérieur seulement), ainsi que "dans un rayon maximal de vingt kilomètres autour des ports et aéroports" internationaux les plus sensibles.

- 'Dictamolle' -

Pour ses détracteurs, le texte porte atteinte à la présomption d'innocence et au respect de la vie privée.

La future loi a notamment suscité une levée de boucliers au sein de la gauche radicale, qui réfute la perennisation d'un régime d'exception privatif de droits fondamentaux.

C'est une "remise en cause des libertés publiques", critique le député de gauche radicale Alexis Corbière, dénonçant une "dictamolle". "C'est le fait que progressivement nos libertés publiques, dans une banalisation générale, soient remises en cause", dénonce-t-il, disant en particulier craindre une augmentation des contrôles d'identité au faciès.

Les organisations des droits de l'Homme sont elles aussi descendues dans l'arène. "Ce qui justifie notre colère, c'est un état d'urgence qui deviendrait permanent et ferait régresser nos libertés", juge la présidente de la Commission nationale consultative des droits de l'Homme, Christine Lazerges.

"Les personnes mises en cause ne pourront faire valoir leur droit qu'a posteriori", regrette Dominique Curis d'Amnesty International.

A l'inverse, droite et extrême droite critiquent une loi trop "molle", selon le mot de Marine Le Pen, présidente du Front national (extrême droite).

"Cette loi est une double supercherie, elle ne porte pas sur la sécurité intérieure, ce n'est pas la grande loi d'éradication du terrorisme islamiste", a-t-elle accusé.

Les Républicains (droite) regrettent eux que l'état d'urgence ne soit pas "renforcé", selon Guillaume Larrivé, député LR. "Ce projet de loi diminue le niveau de protection des Français", a-t-il estimé. La droite considère en particulier que l'intervention du juge pour effectuer des perquisitions va "compliquer la procédure".

A ces critiques, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a défendu "une réponse durable à une menace devenue durable".

Le ministre a vanté un compromis entre le besoin de "sortir d'un état d'urgence par nature privatif d'un certain nombre de libertés" et la nécessité de ne pas "revenir à la situation d'avant l'état d'urgence".

Le texte "vise à garantir la plénitude de nos libertés individuelles et collectives mais propose que toutes les dispositions soient prises pour garantir la sécurité des Français", a-t-il assuré.

Le président Emmanuel Macron a promis que la nouvelle loi ferait "l'objet d'une évaluation en 2020", certaines mesures pouvant être le cas échéant "supprimées" et d'autres ajoutées.

burs-lv/dab/cr

Partager cet article

Dans la même thématique

Assemblee Nationale – Questions au Gouvernement
4min

Politique

Sénatoriales 2026 : La France insoumise lance ses troupes à l’assaut d’un Sénat qui lui échappe encore

À deux mois des élections sénatoriales du 27 septembre, La France insoumise dévoile ses 90 têtes de liste dans les départements concernés par le renouvellement de la moitié de la Haute Assemblée. Sans aucun sénateur à ce jour, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon espère transformer sa percée aux municipales en premiers sièges au Palais du Luxembourg.

Le

L Assemblee adopte l’interdiction des reseaux sociaux aux moins de 15 ans
5min

Politique

Réseaux sociaux : députés et sénateurs s’accordent sur une interdiction totale aux moins de 15 ans

Réunis en commission mixte paritaire ce lundi, les sept députés et sept sénateurs se sont mis d’accord sur l’interdiction de tous les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Elle s’applique à toutes les plateformes, sans opérer de distinction comme le souhaitait initialement le Sénat. Emmanuel Macron veut appliquer le texte dès la rentrée, mais sa portée pourrait être limitée puisque la Commission européenne cherche à reprendre la main sur le sujet.

Le

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le