Ségur de la santé : « Le quoiqu’il en coûte ça va être terrible »

Ségur de la santé : « Le quoiqu’il en coûte ça va être terrible »

Le « Ségur de la santé » a débuté ce lundi 25 mai entre le gouvernement et les personnels de santé et va durer sept semaines. À l’issue de la concertation, il s’agit pour le gouvernement de mettre en place des mesures pour réformer l’hôpital qui répondent à la fois aux attentes des soignants mais aussi à des contraintes budgétaires. 
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Par Cécile Sixou

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Ils sont applaudis tous les soirs à 20h par les Français. Les personnels soignants qui se sont illustrés avec la crise du covid sont devenus des « héros en blouses blanches » aux yeux des Français. Une reconnaissance qu’ils attendent désormais du gouvernement. Après deux plans pour les hôpitaux qui n’ont pas répondu à leurs espérances, ils savent que la crise du coronavirus a ouvert une fenêtre pour être enfin écoutés. Le gouvernement va les écouter pendant sept semaines lors d’un « Ségur de la santé » qui a débuté ce lundi et promet d’ouvrir de nombreux chantiers pour que « rien ne soit plus comme avant ». Eux veulent y croire, mais attendent les actes. Pour maintenir la pression sur le gouvernement ils ont fait part de leurs propositions dans la presse ce week-end. Dans le journal Libération un collectif de soignants médicaux et paramédicaux « les jours heureux » a écrit une lettre ouverte au président de la République et dans les colonnes du Figaro, vingt et un éminents médecins ont également présenté leurs préconisations.

« Les combattants vont déserter »

Pour les deux collectifs, le premier objectif de ces négociations est d’éviter l’hémorragie des personnels hospitaliers. « Si la réflexion ne s’inspire pas des leçons délivrées par cette crise, l’hôpital public se retrouvera dans un état pire qu’avant la pandémie et continuera de décourager les bonnes volontés » expliquent les médecins « au lieu d’un choc d’attractivité nécessaire, ce serait un choc de répulsivité ». « Nous sommes en guerre » estime quant à lui le collectif de soignants « mais les combattants épuisés vont déserter si le plan massif annoncé n’est pas à la hauteur des enjeux ».

Rendre attractif l’hôpital, c’est également l’un des enjeux de cette concertation pour le sénateur socialiste de Paris Bernard Jomier. « Si des mesures ne sont pas prises, l’hôpital public va se vider de sa substance. Au mois de janvier on a abordé l’épidémie à l’APHP (assistance publique des hôpitaux de paris) avec 500 postes d’infirmières vacants, avec des centaines de chefs de service qui avaient démissionné de leurs fonctions administratives, ce serait une faute lourde de ne pas y répondre dans les meilleurs délais ». Même constat pour le sénateur LR de la Marne René-Paul Savary, « ça fait des années et des années que l’on réduit la vis, donc à un moment à force de serrer le boulon il casse, on est arrivé au point de rupture ».

« Plus de rameurs moins de barreurs »

Pour éviter le point de rupture, les soignants comme les médecins proposent plusieurs mesures. Ils réclament notamment « un choc de simplification administrative ». La crise du covid a cassé les codes au sein des hôpitaux et permis d’expérimenter une nouvelle manière de les gérer. Pour le collectif « les jours heureux », « l’inertie administrative a laissé la place à la rapidité d’adaptation, la routine procédurale a été remplacée par la créativité individuelle et collective ». Une expérience dont il faut s’enrichir, selon le sénateur Bernard Jomier. « La gouvernance de l’hôpital c’est ce qui a fait fuir en nombre les médecins des hôpitaux, il faut revoir leur mode de fonctionnement ». Le sénateur René-Paul Savary propose lui d’augmenter le nombre de soignants et de réduire les personnels administratifs, « il faut plus de rameurs et moins de barreurs, il faut redonner un peu plus d’humanité à nos hôpitaux ». 

Autre proposition sur la table « la revalorisation des bas salaires » pour atteindre en trois ans le niveau moyen des pays de l’OCDE ». Une mesure « essentielle » notamment pour les personnels paramédicaux, estime le sénateur Bernard Jomier. « Ces soignants ont accepté de rester le temps de faire face à la vague épidémique mais il n’y a pas de doute que les départs vont reprendre si on ne fait rien »

« On est passé au quoiqu’il en coûte, ça va être terrible » 

Comment financer ces mesures ? Ce sera l’autre enjeu de cette concertation pour René-Paul Savary. Membre de la commission des finances, il alerte depuis des années les gouvernements successifs sur la nécessité d’augmenter les budgets des hôpitaux. « Si le gouvernement nous avait écoutés peut-être qu’on n’en serait pas arrivé là » déplore-t-il. Le collectif de soignants « les jours heureux » demande que le budget de la santé soit augmenté « autant que nécessaire ». Mais pour le sénateur si le gouvernement ouvre les vannes cela va devenir problématique : « On a prétexté des contraintes financières pendant des années pour ne pas bouger et là on est passé au quoiqu’il en coûte ; ça va être terrible, ça va être compliqué ». Selon lui , pour que le « Ségur de la santé » fonctionne et que les mesures soient tenues « il faudra remettre les pieds sur terre et proposer des mesures pour tout le monde financièrement supportables ». 

Le sénateur Bernard Jomier propose lui de remettre à plat tous les budgets liés à la santé et en exclure certaines dépenses. « Il faut sortir ce qui concerne le bâtiment hospitalier du budget de la santé, comme on le fait pour l’éducation nationale, et le confier aux collectivités territoriales pour qu’il se concentre sur le soin, le matériel médical et dans les personnels ».

Le gouvernement joue sa crédibilité

Une équation difficile attend en tout cas le gouvernement. Il devra répondre aux attentes très fortes des soignants tout en respectant des contraintes budgétaires aggravées par la crise liée au covid. C’est sa crédibilité qui est en jeu, estime le sénateur socialiste Bernard Jomier. « Si Olivier Véran n’est pas le ministre d’un nouveau cap, un cap où l’hôpital public sait ce que l’on attend de lui, quelles sont ses missions et comment il doit travailler avec les acteurs de santé, on court à la catastrophe ». Pour le sénateur René-Paul Savary, le gouvernement joue gros « ces grandes commissions, on les met sur pied quand on ne sait pas où l’on va, il faut voir les conclusions qui en seront tirées ». Mais selon, lui le gouvernement ne choisit pas le bon moment pour réformer l’hôpital, « On ne produit jamais de bonnes lois en période de crise ». 
 

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