Ségur de la santé : une proposition de loi qui « n’est pas à la hauteur », selon la commission des affaires sociales du Sénat
La proposition « de loi visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification », portée par la majorité présidentielle, a déçu la commission des affaires sociales du Sénat. Elle la trouve éloignée des espoirs nés du Ségur de la santé, et des enseignements de la crise sanitaire.

Ségur de la santé : une proposition de loi qui « n’est pas à la hauteur », selon la commission des affaires sociales du Sénat

La proposition « de loi visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification », portée par la majorité présidentielle, a déçu la commission des affaires sociales du Sénat. Elle la trouve éloignée des espoirs nés du Ségur de la santé, et des enseignements de la crise sanitaire.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Le Ségur de la santé, conclu en juillet 2020, après six mois de crise sanitaire et plusieurs années de malaise dans les établissements de santé, s’était matérialisé une première fois dans la loi de financement de la Sécurité sociale, adoptée en novembre. Des revalorisations salariales et des investissements financiers en faveur des établissements financiers y avaient été introduits. Le deuxième volet législatif du « Ségur », centré cette fois sur l’organisation du système hospitalier, approche de sa conclusion. La proposition de loi « visant à améliorer le système de santé par la confiance et la simplification » de la majorité présidentielle, adoptée fin 2020 par les députés, est en cours d’examen au Sénat.

Le débat en séance est prévu pour le 17 février. En commission des affaires sociales, le texte a été accueilli froidement. Regrettant un texte à « l’ambition limitée », elle a considéré qu’il ne répondait pas à ses promesses, ni au « choc de confiance et de simplification » réclamé par les soignants. « Ce texte au contenu disparate, sans ligne directrice forte et dépourvu de vision stratégique, n’est pas à la hauteur des espoirs suscités par le Ségur de la santé et ne semble tirer aucun enseignement de la crise sanitaire », s’est ému le rapporteur LR du texte, Alain Milon. Deux points sont jugés « particulièrement décevants » : le recrutement des praticiens hospitaliers et la gouvernance des hôpitaux.

Les groupements hospitaliers de territoires n’ont pas bonne presse

Sur ces deux aspects, l’ancien président de la commission des affaires sociales relève un problème de méthode, car ils ont aussi fait l’objet d’ordonnances, prévues par la loi du 24 juillet 2019 relative à l’organisation et à la transformation de notre système de santé. Selon la commission sénatoriale, les réponses apportées au déficit d’attractivité des professions hospitalières sont limitées. Quand elles ne sont pas « contre-productives ». Le recours, dans le texte, aux groupements hospitaliers de territoires (GHT) pour les recrutements, a été qualifié d’ « inopportun » et d’ « excessif » par le rapporteur. Il relève par ailleurs un manque de concertation. La proposition de loi leur accorde, selon lui, un rôle « déterminant » dans la recomposition de l’offre territoriale de santé.

Or, les sénateurs estiment que l’on manque de recul sur cette nouvelle forme d’organisation qui suscite la méfiance des élus locaux, avec la disparition de certains types de soins dans les petits établissements, au détriment de l’établissement « support ». Les sénateurs ont réécrit ce point de la proposition de loi en le recentrant sur le projet territorial de santé (PTS). Un instrument plus large dans la structuration de l’offre de soins, qui fait notamment intervenir la médecine de ville.

La « provocation » de l’article 4 ter

Sur le même thème des recrutements, la commission a supprimé l’article 4 ter, vu par Alain Milon comme une « véritable provocation » à l’égard des praticiens. Le dispositif permet à un directeur d’établissement de consulter un fichier de déclarations préalables à l’embauche pour contrôler les activités extérieures des praticiens. Cette disposition aurait présenté « une atteinte disproportionnée à la protection de la vie privée », note le rapport du Sénat.

Autre axe d’amélioration pour résoudre le problème d’attractivité des personnels paramédicaux : leur participation à la direction. Sur ce sujet, la commission des affaires sociales a observé d’importantes « lacunes ». Les sénateurs ont notamment rehaussé le rôle de la commission des soins infirmiers, de rééducation et médico-technique dans la gestion des établissements. La commission a approuvé le principe de clarification du rôle des chefs de service et de meilleure association du personnel médical dans la gouvernance, tout en regrettant un remaniement « à la marge ».

La lutte contre les dérives de l’intérim médical renforcée

Les sénateurs ont également voulu préciser l’article luttant contre le recours abusif à l’intérim médical. La proposition de loi attribue aux comptables publics d’établissement un rôle d’alerte du directeur général de l’ARS lorsque le plafond d’emplois intérimaires autorisé est dépassé. L’ennui, c’est que cette intervention est trop tardive : il faut attendre l’accomplissement de la mission. Le Sénat a préféré introduire un contrôle budgétaire a priori, exercé par le directeur général de l’ARS.

L’examen en commission des affaires sociales s’est aussi achevé avec une décision symbolique : la suppression de l’article 1. Très critiqué par les professionnels de santé, il prévoyait à l’origine la création d’une « profession médicale intermédiaire ». Face à la levée de boucliers, les députés se sont repliés en sollicitant dans un article, un rapport du gouvernement afin de statuer sur une nouvelle profession. Les sénateurs ont préféré enterrer l’article vidé de toute substance législative et demandant surtout un rapport dans un délai très contraint de six mois.

Largement remaniée, la proposition de loi a vu au total 10 articles sur 37 disparaître au cours de l’examen en commission.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Ségur de la santé : une proposition de loi qui « n’est pas à la hauteur », selon la commission des affaires sociales du Sénat
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le