Selon Alain Weill, c’est « la multiplication » des chaînes infos qui a poussé CNews à « la radicalisation »
« Avec C News, on a vu apparaître une chaîne de débat, d’opinion », constate l’ancien patron d’Altice France, aujourd’hui propriétaire de L’Express. Il assume avoir réduit les effectifs au sein du magazine, « un problème mathématique », pour un journal qui « perdait 12 millions d’euros ». Il a présenté son projet « d’Express TV », qui vise les « CSP + au sens large ».

Selon Alain Weill, c’est « la multiplication » des chaînes infos qui a poussé CNews à « la radicalisation »

« Avec C News, on a vu apparaître une chaîne de débat, d’opinion », constate l’ancien patron d’Altice France, aujourd’hui propriétaire de L’Express. Il assume avoir réduit les effectifs au sein du magazine, « un problème mathématique », pour un journal qui « perdait 12 millions d’euros ». Il a présenté son projet « d’Express TV », qui vise les « CSP + au sens large ».
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Les patrons se succèdent devant la commission d’enquête du Sénat sur la concentration des médias. Après Laurent Solly, directeur général de Facebook France, en début d’après-midi, c’est Alain Weill, le président et propriétaire de L’Express, qui a répondu aux questions des sénateurs. S’il a été entendu par la Haute assemblée, ce n’est pas pour ses débuts à Radio Cocktail, lors de ses « années étudiantes, rue Mouffetard, dans une cave », mais plutôt pour ses fonctions passées, à la tête NextRadio TV, le groupe qu’il a fondé puis revendu, qui compte BFM TV et RMC, puis comme PDG d’Altice France.

Celui qui est aujourd’hui patron de L’Express se souvient de ses années télé. « On s’est un peu moqué de nous au départ. Le budget était de 15 millions d’euros quand celui des concurrents était de 50 millions. Moi, je ne pouvais pas avoir de tour à Boulogne, mais on a commencé avec nos moyens, et avec la conviction que d’ici quelques années, on serait la chaîne avec le plus de budget », se rappelle Alain Weill.

« Peut-être, qu’à côté de C News, il faudrait d’autres chaînes d’opinion »

S’il revend ensuite sa chaîne, c’est à cause de l’arrivée de LCI sur la TNT, alors que TF1 avait dans un premier temps fait l’erreur de louper le coche de la TNT. Sa chaîne avait « une audience de 2,4/2,5 points », il craignait un recul et ses effets économiques. D’après Alain Weill, cette concurrence accrue a eu une autre conséquence : la nouvelle ligne éditoriale de C News, apparue après son rachat par Vincent Bolloré.

« A trois ou quatre chaînes d’info, ce n’était pas possible », dit-il, pointant « le régulateur et le législateur, car il y a eu un amendement voté pour permette à une chaîne payante de demander à passer en gratuit. Ça nous a mis en risque considérablement, tellement, qu’à quatre chaîne, ça ne passe pas. Du coup, ça a poussé à la radicalisation. A quatre, il y en a un qui a craqué et qui a dit je vais faire Fox News, car la première chaîne d’info aux Etats-Unis, c’est Fox News. Après, le débat, c’est "est-ce qu’on veut des chaînes d’opinion en France ou pas ?" », demande le patron de L’Express.

Lire aussi : Devant les sénateurs, Vincent Bolloré esquive et assure qu’« il n’y a aucune idéologie politique » dans ses médias

« Avec C News, on a vu apparaître une chaîne de débat, d’opinion », constate l’ancien patron de BFM TV, qui pense que « peut-être, à côté de C News, il faudrait d’autres chaînes d’opinion ». La convention avec le CSA prévoit pourtant qu’il s’agit d’une chaîne d’information. Relancé par le rapporteur PS, David Assouline, sur ce point, Alain Weill répond que « oui, C News, c’est une chaîne de débats. Ça n’a rien de mal d’être une chaîne de débat ou d’opinion ». Lors de son audition, Vincent Bolloré avait récusé l’idée que sa chaîne soit une chaîne d’opinion, préférant parler de « chaîne de débat ».

Lors des gilets jaunes, « la pression était très forte » sur BFM TV

Durant ses années à la tête de BFM, il assure que Patrick Drahi, patron d’Altice, n’a pas cherché à influencer la ligne. « L’entreprise n’a jamais été déstabilisée sur le plan éditorial », assure-t-il. « Si j’ai eu des pressions en 15 ans, c’est plutôt du côté politique », « au moment de l’affaire Léonarda » et lors « des gilets jaunes. Ça a été très tendu », affirme Alain Weil, qui se souvient d’« une période qui a été très difficile dans la vie de BFM TV, car la pression était très forte ». Autre moment où il y a « beaucoup de tensions », c’est « pendant les campagnes électorales ».

A la tête de L’Express, Il assume avoir réduit les effectifs. « C’est juste un problème mathématique », dit-il… « Quand vous prenez une entreprise qui perd énormément d’argent, car il y a eu des erreurs de faites par les précédentes directions, vous êtes obligé de prendre des mesures », soutient Alain Weill, qui souligne que « les gens partent avec un ou deux ans de salaire, sans parler de l’assurance chômage. […] Ce n’est jamais une période agréable ».

L’Express compte « 65 cartes de presse salariées » et espère être à l’équilibre en 2022

Aujourd’hui, le quotidien, qu’il a voulu transformer en un The Economist à la française, compte « 65 cartes de presse salariées » et « plusieurs dizaines de pigistes ». Un niveau « compatible avec la pérennité et l’ambition du journal ». Lors de l’annonce d’un nouveau plan social, en octobre 2019, la SDJ de L’Express avait elle accusé Alain Weill de « sacrifier » le journal et ses salariés, réduisant alors la rédaction de 81 à 46 postes.

« Quand j’ai repris le journal, L’Express perdait 12 millions d’euros. En 2020, nous avons perdu 6 millions. Finalement, en 2021 nous aurons 2 millions de pertes et nous serons positifs cette année » se défend Alain Weill. L’entreprise compte maintenant en tout « 108 collaborateurs » dont « 35 personnes qui ont 30 ans, qui travaille dans le digital ». Si la publicité sur le numérique ne rapporte pas assez, le magazine vise, comme les autres titres, d’augmenter son nombre d’abonnés, de « 100.000 » à « 200.000 ». Précision utile : il se dit « très attaché à l’indépendance des rédactions ».

« Une chaîne plutôt culturelle, avec du talk show, du documentaire, des fictions »

Il entend maintenant développer sa marque, sans oublier le cœur de métier. « On y croit au papier pour un hebdomadaire », lance Alain Weill, avec à côté « le journal digital, les podcasts et le projet de chaîne TV ». Il ajoute :

Les groupes doivent être aujourd’hui plurimédias, convergents.

Ce projet de chaîne télé serait rendu possible grâce au projet de fusion entre TF1 et M6, qui entraînerait nécessairement la cession de chaînes. Le patron de L’Express se verrait bien en récupérer une. Cette nouvelle chaîne aurait « la même cible » que le mag : « CSP + au sens large », « plutôt 25/49 ans ». Une « chaîne plutôt culturelle, avec du talk show, du documentaire, des fictions, des programmes sur la culture, le cinéma, la mode ». Un peu Paris Première en somme. Mais Alain Weill le reconnaît : « Ce projet d’Express TV, ce n’est qu’un projet sur le papier. On n’a pas encore convaincu les actionnaires vendeurs de nous retenir. J’espère qu’on y arrivera ». C’est son rêve pour les 70 ans de L’Express, l’année prochaine.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
6min

Politique

Référendum sur l’immigration, primauté du droit national : le projet de Bruno Retailleau est-il faisable ?

En annonçant sa candidature à la présidentielle, le patron des Républicains a promis de « renverser la table » en redonnant la parole aux Français par des référendums sur l’immigration et la justice ou encore en redonnant la primauté du droit national sur les normes internationales. Un programme qui nécessite de réviser la Constitution. Il y a quelques années, le sénateur de Vendée avait déposé une proposition de loi constitutionnelle en ce sens, avant de la retirer faute d'avoir pu réunir une majorité au Sénat.

Le

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite
7min

Politique

Présidentielle 2027 : chez LR, la tentation d’une primaire « plutôt ouverte » pour départager les candidats de la droite

La déclaration de candidature de Bruno Retailleau est loin de solder le problème complexe de la stratégie à adopter pour l’élection de 2027. Le groupe de travail sur le départage doit remettre ses travaux début mars. Plusieurs membres recommandent de ne pas se limiter à un processus de sélection trop resserré au seul parti LR.

Le

Selon Alain Weill, c’est « la multiplication » des chaînes infos qui a poussé CNews à « la radicalisation »
3min

Politique

Bruno Retailleau candidat à l'Elysée : « Il a été le ministre de l’immigration et de l’insécurité, maintenant il fait le beau et il parade », raille Laurent Jacobelli (RN)

Sur un positionnement très conservateur, la candidature de Bruno Retailleau à l’Elysée pourrait ramener dans le giron des LR les électeurs tentés par l’extrême droite. Le RN Laurent Jacobelli, invité de la matinale de Public Sénat, veut rappeler que le Vendéen a fait alliance avec les macronistes. Il épingle également son bilan sécuritaire et migratoire en tant que ministre de l’Intérieur.

Le

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le