Sénatoriales 2023 à Paris : la gauche part unie et raille Rachida Dati qui « saccage son camp »

La gauche parisienne a présenté sa liste d’union pour les sénatoriales, avec le PS, EELV et le PCF, mais sans LFI. Une union fidèle à la majorité municipale. La maire de Paris « Anne Hidalgo s’est beaucoup investie pour que ce rassemblement se fasse », souligne le sénateur PS Rémi Féraud, qui mène la liste, avec à son bord l’écologiste Yannick Jadot et le communiste Ian Brossat. La liste espère gagner 7, voire 8 sièges en profitant de la division de la droite.
François Vignal

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Pendant que la droite multiplie les listes pour les sénatoriales à Paris – elles seraient aux dernières nouvelles au nombre de trois – la gauche part unie. C’est sur une péniche, amarrée aux quais de Seine, au cœur de Paris, que la liste a été présentée. Sur les côtés, des photos de jazzmen. Comme dans toute bonne formation, il faut savoir jouer ensemble, écouter l’autre, comprendre son jeu, suivre les changements de tonalité. Et chacun a droit à son petit solo, histoire de montrer son style. Le tout en évitant, si possible, les fausses notes, bien sûr.

Pour la présentation de cette liste qui rassemble PS, EELV, PCF, Paris en Commun et Générations, autrement dit toutes les couleurs de la majorité municipale, c’est le sénateur PS sortant, Rémi Féraud, qui ouvre le bal. Ce proche d’Anne Hidalgo, qui préside le groupe Paris en commun au Conseil de Paris, mène la liste. Elle a été officiellement déposée le matin même à la préfecture.

« Conquérir un siège de plus en étant ensemble »

Alors que la gauche comptait quatre listes en 2017, Rémi Féraud espère, grâce à l’union, « conquérir un siège de plus en étant ensemble, et faire progresser la gauche au Sénat. […] L’autre enjeu est politique : montrer que cette union de la gauche et des écologistes est possible, qu’elle se fait pour défendre Paris. […] Ceux qui ont soutenu la candidature d’Anne Hidalgo aux dernières municipales peuvent se mettre ensemble pour représenter Paris. Et face à la politique du gouvernement, la poussée de l’extrême droite, une droite qui s’en rapproche, une droite sénatoriale très majoritaire, il y a eu une volonté d’union », explique le sénateur PS au micro de Public Sénat (voir la vidéo de Jérôme Rabier et Adrien Pain). Seule exception à l’union : LFI est absente de la liste, comme c’est le cas partout ailleurs, où le parti de Jean-Luc Mélenchon pèse peu.

Cette liste, c’est en effet l’extrapolation de la majorité municipale. « Anne Hidalgo s’est beaucoup investie pour que ce rassemblement se fasse », confie Rémi Féraud, « ça crée une dynamique ». En plus de la tête de liste, les socialistes ont la quatrième place, avec la sortante Marie-Pierre de la Gontrie, la sixième, avec l’adjoint à la propreté, Colombe Brossel, sans oublier le sortant Bernard Jomier, qui représente Paris en commun, mais siège au groupe PS. Présents dans la salle, Maxime des Gayets et Fatima Yadani, deux socialistes membres de la direction du PS, avec qui les tensions avaient été fortes au moment de la constitution de la liste, écoutent la présentation. La raison, ou plutôt la volonté d’arrêter de se diviser, chez les socialistes, l’a emporté. Ils occupent les neuvième et dixième place, a priori non éligible.

« J’ai envie de participer pleinement à la politique nationale », explique Yannick Jadot

Pour permettre l’union avec Europe Ecologie-Les Verts (EELV), il a fallu leur faire de la place. C’est donc l’écologiste Antoinette Guhl, qui occupe la seconde place, et un certain Yannick Jadot, qui est à la cinquième. L’ancien candidat à la présidentielle va par conséquent quitter le Parlement européen, en cas d’élection, théoriquement certaine. La première entend porter « l’urgence écologique » au Sénat, comme « la justice sociale » ou être présente lors des débats « sur la loi immigration » ou énergie. Si Rémi Féraud ne veut pas se risquer aux pronostics, Antoinette Guhl ne cache pas l’ambition des écologistes, et donc de la liste : « Nous espérons que cette élection nous permettra d’avoir au total 8 sénateurs à Paris », soit de faire élire une troisième sénatrice écolo, avec Anne Souyris, qui est « huitième de liste, en position charnière ». Autrement dit, la gauche unie peut espérer faire au moins 7 sièges dans la capitale, soit le nombre actuel. Au total, Paris compte 12 sièges répartis selon un mode de scrutin à la proportionnelle.

EELV ayant progressé aux dernières municipales, le parti pouvait espérer théoriquement, en raison de son nombre de conseillers de Paris, faire deux sièges. Mais l’union pourrait lui en donner un de plus. Alors partir unis, c’est « du pragmatisme », comme dit Yannick Jadot. Qu’importent les divergences qui peuvent s’exprimer au sein du Conseil de Paris parfois. « On a des différences incontestables, sinon on serait dans le même parti politique », balaie Yannick Jadot.

Certains voient sa candidature comme une volonté d’atterrir dans la capitale, en vue d’éventuels futurs scrutins locaux… Lui explique simplement qu’il se présente à « Paris, car (il) y habite depuis 40 ans ». Il est surtout « extrêmement inquiet de la situation politique de notre pays » et du « risque Le Pen ». A Bruxelles, il a aussi vu la France ne pas appliquer les décisions environnementales. « Il est temps que la France mette en œuvre les directives sur l’environnent », lance-t-il. Il compte porter ces sujets au Parlement français, en l’occurrence la Haute assemblée. « J’ai envie de participer pleinement à la politique nationale », soutient Yannick Jadot à notre micro. « Je veux contribuer à l’émergence d’une alternative de gauche et écologiste, […] qui ait la capacité de gagner l’élection présidentielle », ajoute l’ancien candidat. Regardez :

Avant même de fusionner avec EELV, les socialistes avaient déjà fait le rapprochement avec les communistes. C’est un visage connu, avec Ian Brossat, adjoint d’Anne Hidalgo au logement et porte-parole du Parti communiste français, qui hérite de la troisième place. Défendant le bilan de la municipalité, « avec un taux de logements sociaux multiplié par deux en 20 ans », il vante une « liste cohérente » et des « pratiques communes ». Entendant « porter une autre voix que celle qui consiste à tout libéraliser », Ian Brossat ajoute :

 Il y a besoin d’avoir au Sénat plus de gens de gauche. 

Ian Brossat, candidat PCF aux sénatoriales à Paris

« La seule option possible, c’est de se rassembler », résume de son côté Bernard Jomier, qui pointe au passage « les autres listes, où c’est la confusion ». Celui qui s’est fait remarquer lors de la commission d’enquête sur le covid-19 note que le président LR du Sénat, « Gérard Larcher, dit qu’Edouard Philippe fait partie de sa famille politique… Nous, on est dans la clarté ».

Surtout, la gauche peut espérer profiter de la division de la droite, qui part une nouvelle fois désunie, avec trois listes : la liste LR officielle menée par Catherine Dumas et soutenue par Rachida Dati, leader de l’opposition au Conseil de Paris, celle du sortant Pierre Charon, qui n’a pas reçu l’investiture des LR, sans oublier celle d’Agnès Evren, députée européenne. La sortante Céline Boulay-Espéronnier jette finalement l’éponge.

« La droite parisienne est profondément désunie, et même déchirée »

De quoi arranger la gauche. « La droite parisienne est profondément désunie, et même déchirée, avec une division créée par la cheffe de file, Rachida Dati », pointe et semble même s’étonner Rémi Féraud. Agnès Evren, dont le nom était d’abord cité pour occuper la troisième place de la liste LR, a été évincée par Rachida Dati, la poussant à lancer sa liste dissidente. Rémi Féraud rappelle qu’« on a toujours tort de négliger les sénatoriales ». La tête de liste ajoute :

 Pour quelqu’un qui veut rassembler, être maire de Paris, saccager son camp, comme Rachida Dati le fait, ce n’est pas porteur d’avenir. 

Rémi Féraud, sénateur PS de Paris.

Si le scrutin sénatorial permet une certaine prévisibilité – les conseillers de Paris désignent des délégués supplémentaires qui sont soigneusement choisis – cela ne reste pas moins une élection à bulletin secret. Alors d’ici le scrutin du 24 septembre, il faut battre le rappel. « Chaque formation fait campagne auprès de ses grands électeurs désignés, il y a des appels téléphoniques », explique Rémi Féraud, avant un événement commun, le 21 septembre. Histoire de continuer à jouer ensemble.

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