Sénatoriales 2023 : dans le Lot, la succession de Jean-Claude Requier rebat les cartes

Dans le Lot, neuf candidats sont sur la ligne de départ. Dans ce département rural, qui élit deux sénateurs au scrutin majoritaire, la bataille se joue essentiellement entre socialistes et radicaux. A gauche, l’élection de Jean-Marc Vayssouze-Faure semble assurée. Chez les radicaux en revanche, plusieurs candidats se disputent la succession de Jean-Claude Requier, président du groupe au Sénat.
Samia Dechir

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

C’est une terre de gauche, plutôt modérée. Dans le Lot, les deux sièges de sénateurs se partagent historiquement entre les socialistes et les radicaux. Mais cette année, l’équilibre pourrait basculer au profit du PS. A 74 ans, le sortant Jean-Claude Requier a décidé de ne pas se représenter. Cet élu lotois est aussi le président du groupe radical au Sénat. Dans le Lot, la course à sa succession est ouverte, deux candidats sont sur les rangs.

requier
Crédits photo : Jean-Claude Requier, président du groupe RDSE au Sénat

Officiellement, Jean-Claude Requier soutient les deux candidats radicaux. Mais on le dit proche de Raphaël Daubet, maire de Martel, tout comme l’a été avant lui le sénateur sortant. Raphaël Daubet est un valoisien, nom donné à branche macron-compatible des radicaux, plus vieux parti de France désormais divisé en plusieurs tendances.

A 46 ans, il se présente aux élections sénatoriales pour succéder à celui qu’il considère comme « un ami très proche, quelqu’un qui a incarné quelque chose au Sénat avec sa verve, son sens de l’humour, son coup de fourchette, mais aussi une certaine humanité, quelqu’un [qu’il] admire ». Jean-Claude Requier n’a pas pourtant appelé à voter pour lui. « Je ne lui ai pas demandé parce que je crois que ça peut être compliqué pour lui vis-à-vis des autres candidats, mais je n’ai aucun doute sur son soutien ».

Daubet
Crédits photo : Raphaël Daubet, candidat (Parti Radical) aux sénatoriales dans le Lot

Naturellement légitime ?

Face à lui, une autre candidate revendique elle aussi le soutien du sénateur sortant. Geneviève Lasfargues est l’actuelle suppléante de Jean-Claude Requier, et se voit donc naturellement la mieux placée pour lui succéder. « Je suis légitime pour me présenter aux élections sénatoriales, étant donné que je suis remplaçante de Jean-Claude Requier » tranche d’emblée la candidate. Elle représente le Parti Radical de Gauche (PRG), l’autre branche des radicaux.

Avec deux candidats pour une seule place, les radicaux pourraient perdre leur siège dans le Lot. S’il n’a pas fait de choix entre les deux candidats à sa succession, Jean-Claude Requier a tout de même laissé une consigne. En cas de second tour, il demande au moins bien placé des deux prétendants de se retirer au profit de l’autre. Mais rien n’est écrit. « On verra bien le 24 septembre, on verra le second tour » lâche Geneviève Lasfargues, sans exclure totalement d’appeler à voter pour son concurrent. Une situation qui pourrait profiter à la

Geneviève Lasfargues
Crédits photo : Geneviève Lasfargues, candidate (Parti Radical de Gauche) aux sénatoriales dans le Lot

Le favori du Parti Socialiste

Dans le Lot, l’autre siège de sénateur revient historiquement au Parti Socialiste. Pour l’occuper, un candidat fait figure de favori : le maire de Cahors. Ce proche de Carole Delga en est à son troisième mandat à la tête de la première ville du Lot. Le dernier, avait-il prévenu. A 51 ans, il se lance donc dans la course aux sénatoriales, et à en croire ses concurrents, son élection ne ferait aucun doute. « On dit que je serai élu dès le premier tour, moi je n’en sais rien. Je me comporte comme un challenger. J’aurais fait les 313 communes, et plus de 7 000 km, donc on verra ça le 24 septembre » nuance le candidat.

Mais il reconnaît qu’un atout de taille peut faire la différence. Jean-Marc Vayssouze-Faure préside l’association des maires et élus du Lot, un réseau précieux dans cette élection indirecte, où 95 % des grands électeurs sont des élus municipaux. « Forcément que [cela] me donne un avantage par rapport aux autres concurrents » admet le maire de Cahors.

Jean-Marc Vayssouze-Faure
Crédits photo : Jean-Marc Vayssouze-Faure , candidat (Parti Socialiste) aux sénatoriales dans le Lot

Une seule sortante dans la course

Angèle Préville est l’autre candidate investie par le Parti Socialiste. Elle est surtout la seule sortante de ces sénatoriales lotoises. A la fin de son premier mandat, celle qui s’est illustrée au Sénat sur la lutte contre la pollution plastique veut poursuivre son travail à la chambre haute. « J’ai découvert tout ce qu’on pouvait faire au Sénat : inscrire dans la loi de belles avancées, intervenir de manière concrète ». Angèle Préville se dit confiante, mais une autre candidature à gauche pourrait bien lui compliquer la tâche.

Angèle Préville
Crédits photo : Angèle Préville, candidate (Parti Socialiste) aux sénatoriales dans le Lot

Comme sur une piste d’athlétisme

Anne Laporterie a été la collaboratrice parlementaire d’Angèle Préville. Aujourd’hui, elle se présente face à elle. « Personne ne se présente contre personne » élude-t-elle, « on est neuf candidats, comme sur une piste d’athlétisme, on présente chacun notre programme ». Contrairement à son ancienne patronne, Anne Laporterie n’a pas l’investiture du PS. Le parti l’a suspendue après les dernières législatives, où elle s’est présentée comme suppléante face au candidat officiel de la Nupes. « Ce n’est pas ce qui intéresse les grands électeurs, les questions de partis. Ce qui les intéresse, c’est ce que chacun peut apporter. Leurs problèmes sont liés aux ruralités, au financement de leur projet. Ce sont ces questions-là qu’ils me posent » se défend la dissidente, élue municipale à Figeac.

Ses concurrents disent d’elle qu’elle fait une bonne campagne, au rythme de huit ou neuf mairies visitées par jour. Dans le Lot, le scrutin sénatorial se joue moins sur l’appartenance à un parti que sur la personnalité des candidats, et leur capacité à convaincre des élus majoritairement sans étiquette. Cette année, l’élection s’annonce particulièrement ouverte entre radicaux et socialistes.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le

La sélection de la rédaction

IMG_9465 – Copie 3
21min

Politique

Sur la route des sénatoriales dans le Nord, la multiplication des listes crée la confusion

Avec au moins 15 listes, les sénatoriales dans le Nord sont marquées par l’éclatement et la division, avec plusieurs listes de gauche et de centre-droit et un RN en embuscade. De quoi créer parfois la confusion chez les grands électeurs et l’incertitude sur les résultats. Entre les terres du Cambrésis, du Valenciennois et de la métropole de Lille, reportage aux côtés des candidats, dans cette campagne pas comme les autres.

Le