Paris: Questions au gouvernement Senat

Sénatoriales : après les municipales, le groupe LR pourrait « perdre de 3 à 5 sièges », face à la poussée du RN

Les municipales permettent déjà de faire des projections sur les sénatoriales de septembre 2026. Sur le papier, les LR craignent de perdre 3 à 5 sièges, mais le scrutin de 2029 s’annonce meilleur. Au groupe centriste, son président Hervé Marseille mise sur une « forme de stabilité ». Globalement, le sénateur LR Roger Karoutchi assure qu’« il n’y a pas de risque sur la majorité sénatoriale », qui restera « très large ».
François Vignal

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Après les municipales, les partis peuvent se tourner vers le prochain scrutin. Il ne s’agit pas de la présidentielle, mais des élections sénatoriales bien sûr. En septembre 2026, la moitié des sièges de la Haute assemblée est remise en jeu. Précisément, ce sont les 178 sièges de la série 2 (soit un peu plus de la moitié des 348 sénateurs) qui sont concernés par le renouvellement.

Dans un mode de scrutin où le corps électoral des grands électeurs des sénateurs est composé à 95 % de conseillers municipaux, l’élection des maires joue un rôle majeur. Si bien que dès l’issue des municipales, véritable antichambre des sénatoriales, on peut déjà avoir une sérieuse idée de la tendance pour la Haute assemblée, en 2026, mais aussi… pour le renouvellement suivant, en 2029.

« En début d’année, on avait fait une projection avec une réduction du groupe LR de 9 ou 10 sièges »

Du côté de la majorité sénatoriale de Gérard Larcher, composée des LR et du groupe Union centriste, on regarde l’élection de septembre avec une certaine confiance. Pour le groupe LR, les perspectives sont même meilleures après les municipales qu’avant, alors que 45 % du groupe sera renouvelé en septembre, avec « 20 % de nouveaux candidats », précise Roger Karoutchi, sénateur LR des Hauts-de-Seine.

Imaginant Toulon passer au RN, ce qui n’a pas été le cas, les LR étaient assez pessimistes à l’origine. « En début d’année, on avait fait une projection avec une réduction du groupe LR de 9 ou 10 sièges », explique Roger Karoutchi. Mais ça, c’était avant des municipales plutôt réussies pour la droite, notamment dans les villes moyennes. « Si on imaginait perdre 9 à 10 sièges en début d’année, on est plutôt maintenant sur 3 ou 5 sièges perdus », explique le sénateur, également président de la commission nationale d’investiture (CNI) des LR. Des projections théoriques, au regard des résultats des municipales. Car « par définition, tout va dépendre de l’unité des candidats, le fait de ne pas avoir de divisions à l’intérieur de la droite, etc. », précise le cadre des LR. Il est vrai que les listes dissidentes ne sont pas rares aux sénatoriales.

« Le renouvellement de 2026 sera moins bon que le renouvellement de 2029 »

Pour avoir une vision plus globale, il faut penser en termes de renouvellement des deux séries de sièges. « Le renouvellement de 2026 sera moins bon que le renouvellement de 2029, car les départements renouvelables en 2026 sont essentiellement les départements du sud. Il n’y a pas l’Ile-de-France ou d’autres départements où nous avons gagné des sièges », remarque Roger Karoutchi. Si bien que « lors des sénatoriales de 2029, on sera soit totalement stable, soit peut-être même en légère progression ». Le sénateur des Hauts-de-Seine résume :

 Le corps électoral issu des municipales me fait craindre une perte de 3 à 5 sièges pour le groupe LR en 2026 mais une grande stabilité voire quelques prises en 2029. 

Roger Karoutchi, sénateur LR des Hauts-de-Seine.

Si les LR sont confiants pour 2029, c’est notamment grâce à l’Ile-de-France. « Dans les Hauts-de-Seine, on peut gagner un siège, un siège aussi en Essonne, un de plus dans le Val-de-Marne », analyse déjà Roger Karoutchi. A Paris, où les LR comptent 4 sénateurs, il pourrait y avoir « 3 LR et peut-être un centriste ou un Renaissance ou un Horizons », après la défaite de Rachidat Dati et la capitale conservée à gauche par Emmanuel Grégoire.

« RN et UDR vont essayer de nous prendre un ou deux sièges dans les Alpes-Maritimes »

Reste que dans l’immédiat, les LR vont perdre quelques plumes lors du scrutin de 2026. La faute aux avancées du RN et de son allié de l’UDR, avec Eric Ciotti qui a remporté Nice. « Il y aura une progression du RN. Ce n’est pas difficile, ils sont trois. Mais ils progressent dans les Alpes-Maritimes, le Var, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, forcément, ils vont prendre des sièges. Et clairement, ils vont essayer de nous prendre un ou deux sièges dans les Alpes-Maritimes », reconnaît Roger Karoutchi. Y compris par des transfuges. Car le sénateur Henri Leroy, élu sous l’étiquette LR en 2020, vient d’annoncer qu’il quittait les LR pour rejoindre Eric Ciotti. Il compte se présenter sur une liste d’union des droites pour les sénatoriales.

Le RN sera-t-il pour autant en mesure d’atteindre son objectif, en obtenant un groupe ? Pour cela, il faudrait atteindre le seuil de 10 sénateurs. Roger Karoutchi semble en douter. « Peuvent-ils gagner 7 sièges ? Je ne sais pas. Je les vois gagner 5-6 sièges », affirme le sénateur LR.

Mais LR compte limiter la (petite) casse grâce à… la gauche. « On peut avoir de grandes surprises grâce aux profondes divisions à gauche », avance Roger Karoutchi, avec en tête la poussée de LFI, qui vient bousculer le jeu à la marge (lire notre article sur les chances de LFI d’avoir des sénateurs). « On peut se refaire la cerise sur les divisions de la gauche », lance le sénateur LR, qui « a un petit espoir de reprendre 2 ou 3 sièges à la gauche ». Et selon toutes les situations, le responsable LR s’imagine gagnant. « S’il y a des listes communes PS/LFI, on sait très bien que des électeurs de centre gauche ne voteront pas pour ces listes. Et s’il y a des listes LFI, on sait qu’ils feront un score médiocre mais à la marge, ça pourrait faire perdre des sièges au reste de la gauche, dont le PS », pense Roger Karoutchi.

Pour les centristes, « des gains qui compensent les défaites »

Et quid du groupe Union centriste, l’autre pilier de la majorité sénatoriale ? 30 des 59 sièges du groupe UC, soit près de 51 %, sont renouvelés. A six mois du scrutin, Hervé Marseille, président du groupe centriste, fait preuve d’une prudence toute sénatoriale. « On commence à regarder. Mais on n’est pas encore en mesure de préciser les choses, car on ne sait pas encore qui sera vraiment candidat, quelles seront les combinaisons de listes. On regarde prudemment », avance Hervé Marseille.

Celui qui est aussi président de l’UDI, « pense qu’il y aura globalement une forme de stabilité, car il y a des gains qui compensent les défaites ». Ainsi, « Mulhouse, où c’était un maire LR, est aujourd’hui avec un maire centriste. On a gagné Cholet, Cambrais aussi. Mais on a perdu Abbeville dans la Somme, Aubervilliers en Seine-Saint-Denis ou Fontenay-aux-Roses dans les Hauts-de-Seine », souligne Hervé Marseille, élu lui-même du 92.

« Ratisser plus large »

Comme à chaque fois, des accords devraient être passés avec LR. Mais aux sénatoriales, pas d’accord national, la situation est étudiée dans chaque département. « Il y a des configurations où on a intérêt à avoir des listes séparées et d’autres où on a intérêt à partir ensemble », rappelle le président de l’UDI, « c’est un calcul d’intelligence ». « Là où les listes d’union LR/centristes ont plus de chance de faire le maximum de sièges, on y va. Mais c’est parfois l’intérêt de faire deux listes séparées, pour ratisser plus large », confirme Roger Karoutchi, qui ajoute que « ça se passe toujours en bonne intelligence avec l’UDI. On fait nos calculs, et on regarde ensemble ».

En revanche, le sénateur LR explique avoir « souvent beaucoup de difficultés avec Renaissance, moins avec Horizons, avec qui c’est plus fluide ». On ne devrait donc pas voir de listes estampillées socle commun aux sénatoriales, comme lors des municipales, à Bordeaux par exemple, où l’ex-ministre Renaissance Thomas Cazenave a remporté la ville. « C’était différent, c’était une ville de conquête sur les écologistes », souligne Roger Karoutchi, qui remarque que « pour le moment, Renaissance ne nous a pas demandé la moindre liste commune et nos candidats ne sont pas partants ». D’autant que « si l’anti-macronisme devient dominant dans le pays, c’est sûr que ça ne favorise pas les listes avec Renaissance », ajoute le président de la CNI des LR.

« Les groupes fondamentaux de la majorité sénatoriale conserveront très nettement la majorité »

Au final, sans surprise, la majorité sénatoriale ne bougera pas en septembre. « Entre LR, l’UC et Les Indépendant (à majorité Horizons, qui vote pour Gérard Larcher pour le plateau, ndlr), on est aujourd’hui à 210 sièges. Et franchement, peut-être qu’on sera 206. Mais ces groupes fondamentaux de la majorité sénatoriale conserveront très nettement la majorité », assure Roger Karoutchi, qui ajoute : « Même si on perd Paris, Lyon et Marseille, les résultats des municipales sont très favorables à la droite et au centre. On a pris beaucoup de communes. Il n’y a pas de risque sur la majorité sénatoriale, ni en 2026, ni en 2029. Elle sera très large ». Hervé Marseille partage l’analyse : « Le Sénat ne changera pas de majorité, c’est à peu près certain. Je ne vois pas très bien comment on pourrait perdre la majorité ».

Le Sénat n’avait basculé à gauche qu’en 2011, le temps d’une parenthèse de trois ans, avec la victoire à la présidence du Sénat du socialiste Jean-Pierre Bel. Mais entre des municipales plutôt réussies pour la droite et un mode de scrutin qui favorise, dans leur représentation, les départements ruraux, où la droite est traditionnellement mieux implantée, au détriment des métropoles détenues par la gauche et les écologistes, la droite a encore de beaux jours devant elle à la Haute assemblée. Et Gérard Larcher, président LR du Sénat, de quoi rester solidement installé au plateau.

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