Saint-Denis : Meeting LFI-PCF avec Bally Bagayoko et Jean-Luc Melenchon
Jean-Luc Mélenchon, le 10 mars 2026, lors d’un meeting de soutien à Bally Bagayoko, élu maire LFI de Saint-Denis. Crédits : Chang Martin/SIPA

Sénatoriales : après sa percée aux municipales, LFI espère faire son « entrée au Sénat »

Pour les sénatoriales de septembre 2026, LFI mise principalement sur le Rhône, après plusieurs victoires aux municipales. « On sera incontournables dans un grand nombre de départements », prévient le député Paul Vannier, responsable des élections de LFI, « pas fermé » à des discussions avec Les Ecologistes. Mais les principales chances de faire élire des sénateurs LFI seront lors du scrutin de 2029. Explications.
François Vignal

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Les municipales aujourd’hui passées, les partis politiques peuvent maintenant se tourner vers le prochain scrutin. On ne parle pas de la présidentielle, mais des élections sénatoriales de septembre prochain. Moins médiatique, le scrutin va voir la moitié des sièges de la Haute assemblée remis en jeu, comme tous les trois ans. Avec un corps électoral composé à 95 % de conseillers municipaux, on comprend pourquoi les municipales donnent le la pour les sénatoriales. Elles préfigurent le prochain visage de la Haute assemblée, non seulement pour les sénatoriales de 2026, mais aussi, déjà, pour les suivantes, celle de… septembre 2029. Une éternité en politique.

Dans cette perspective, la percée de La France Insoumise, élément nouveau des municipales, ne sera pas sans effet. La formation de Jean-Luc Mélenchon va-t-elle transformer l’essai et avoir ses premiers sénateurs ? Il faut rappeler que LFI part de loin. Le mouvement n’a aujourd’hui aucun sénateur. Conséquence de sa très faible implantation locale, jusqu’à présent. Mais après les municipales, LFI a commencé à faire ses comptes : les insoumis peuvent arriver au Palais de Marie de Médicis.

« Aux sénatoriales de 2026, puis de 2029, on sera beaucoup plus fort qu’en 2023 »

« C’est un des objectifs qu’on atteint avec les municipales. On aura les moyens d’entrer au Sénat », affirme à publicsenat.fr le député Paul Vannier, responsable des élections à La France Insoumise. « Aux sénatoriales de 2026, puis de 2029, on sera beaucoup plus fort qu’en 2023 », se réjouit le député LFI du Val-d’Oise.

Reste à voir si LFI arrivera à envoyer des insoumis fouler l’épaisse moquette rouge de la Salle des conférences dès septembre ou pour le coup d’après. Car la géographie des 178 sièges de la série 2, celle concernée par le renouvellement de septembre, est moins favorable que la série 1, renouvelée en 2029.

Pour ce coup-ci, LFI jette ses principaux espoirs du côté de l’agglomération lyonnaise. « Il faudra regarder la configuration, mais nous serons candidats à faire élire un ou une sénatrice dans le département du Rhône », soutient Paul Vannier. Avec plusieurs victoires, à Vénissieux, dernier bastion communiste de la banlieue de Lyon, Vaulx-en-Velin, arraché sur le fil à la socialiste anti-LFI Hélène Geoffroy, et Saint-Fons, sans oublier la « quarantaine » de conseillers insoumis à Lyon, grâce à la fusion avec la liste du maire écologiste Grégory Doucet, LFI voit son compteur à grands électeurs grossir.

« Il y a peut-être une possibilité d’une discussion avec les écologistes »

La fusion « technique » avec Les Ecologistes a-t-elle des chances d’être prolongée à l’occasion des sénatoriales ? Pour LFI, ça renforcerait ses chances de faire élire un sénateur. « J’ai noté que Guillaume Gontard (président du groupe écologiste du Sénat, ndlr) avait envisagé une discussion avec nous. Il y a peut-être une possibilité d’une discussion avec les écologistes. Je n’y suis pas fermé par principe », affirme Paul Vannier.

De son côté, Guillaume Gontard explique que « pour l’instant, l’heure est à une analyse fine des résultats des municipales département par département. Ensuite, des discussions vont s’ouvrir et pour les sénatoriales, il s’agit surtout de discussions locales. Les écologistes discutent évidemment avec l’ensemble des forces de gauche », affirme le président du groupe, ne fermant donc pas la porte à LFI.

« Pas d’arrangements boutiquiers »

Et en cas d’élection, les sénateurs LFI seraient-ils même prêts à rejoindre le groupe écologiste de Guillaume Gontard ? Ils y « trouveraient leur place », assure le sénateur de l’Isère, dans Le Monde. Mais auprès de publicsenat.fr, il est plus prudent. « La question n’est pas d’actualité. D’abord, discuter par département, ensuite viendra le temps des regroupements. Le groupe écologiste solidarité et territoires est un groupe de l’écologie locale et beaucoup de futurs sénatrices et sénateurs (pas forcément encartés d’ailleurs) peuvent se retrouver dans notre groupe à la fois pivot et porteur de solutions pour l’adaptation des territoires », avance Guillaume Gontard.

« Il est sous doute inquiet de voir son groupe régresser », réagit de son côté Paul Vannier, pointant « le bilan catastrophique de Marine Tondelier », qui devrait leur faire « perdre plusieurs sénateurs », notamment après la perte de Bordeaux et Strasbourg. « Je comprends qu’il s’agisse de la survie de son groupe ou à défaut, de sa taille. Mais nous, pour l’instant, notre sujet n’est pas celui-là. Nous sommes ouverts aux discussions mais cohérentes, pas aux arrangements boutiquiers », cadre le responsable insoumis.

Faute d’accord, LFI prête à déposer « des listes dans tous les départements »

LFI ne mise pas uniquement sur le Rhône pour septembre. « Il y a d’autres endroits qu’on va regarder, comme la Haute-Garonne (à Toulouse, LFI est arrivé en tête de la gauche, avant de fusionner avec le PS, ndlr). On sera incontournables dans un grand nombre de départements », avance le Monsieur élections de LFI, qui souligne qu’« en 2023, le refus de faire un accord nous associant avait coûté à la gauche 10 sièges de sénateurs ». Il rappelle que « quelques voix avaient parfois manqué pour faire élire un sénateur PCF, écolo ou PS, et nos listes avaient souvent une centaine de voix ». Quand on sait qu’un siège de sénateur se joue parfois à moins de 10 voix, il est vrai que chaque voix compte. Le député ajoute :

 On a la capacité de peser sur tous les résultats, dans un nombre de départements bien plus important. 

Paul Vannier, député LFI du Val-d'Oise.

Malgré les polémiques autour des fusions de listes PS/LFI, qui ont tiraillé les socialistes au point d’engendrer une nouvelle crise interne pour Olivier Faure, Paul Vannier ouvre la porte aux discussions. « Ou bien il y a la position de discuter nationalement d’un accord technique qui peut permettre de renforcer les rangs de la gauche au Sénat. Ou bien il y a un refus clair, comme en 2023, une volonté de nous exclure, de diviser. Et dans ce cas, il y aura des listes insoumises dans tous les départements pour les sénatoriales 2026 », prévient Paul Vannier.

Mais avec à la tête du groupe PS du Sénat, Patrick Kanner, l’un des socialistes les plus opposés à LFI, ce n’est pas gagné… « Patrick Kanner sera un obstacle, diviseur qu’il est. Il avait appelé à former un front anti-LFI à Roubaix. On a vu le résultat dimanche dernier », pointe le député du Val-d’Oise.

« En Seine-Saint-Denis, nous aurons moyens de faire élire un sénateur, quelle que soit la configuration »

Dans le Nord, justement, LFI caresse quelques sérieux espoirs. Car les principales chances de victoires aux sénatoriales se présentent davantage dans trois ans, lors du scrutin de 2029, qui verra toute l’Ile-de-France renouvelée, ainsi que le département qui a vu David Guiraud l’emporter à Roubaix. « En 2029, dans le Nord bien sûr, et en Seine-Saint-Denis, nous aurons moyens de faire élire un sénateur, quelle que soit la configuration », se félicite Paul Vannier, qui précise qu’« en Seine-Saint-Denis, c’est certain. Dans le Nord, il faut consolider nos calculs ».

Pour le cas de la ville de Saint-Denis, remporté par Bally Bagayoko, c’est aussi grâce à l’appui des communistes locaux. De quoi imaginer une liste commune avec le PCF ? « On est très heureux de l’accord passé pour les municipales avec le PCF, gagnant pour nos deux formations, et construit sur une base politique forte. Ce dialogue constitué avec Stéphane Peu et Fabien Gay a vocation à se poursuivre, pour les sénatoriales 2029, et avant pour la présidentielle et les législatives », glisse Paul Vannier.

« A Paris, on a un gros morceau de sénateur »

Quid de Paris, où la liste LFI de Sophia Chikirou sera représentée au Conseil de Paris ? « A Paris, on a un gros morceau de sénateur. Ça dépend des configurations, mais avec 9 élus au Conseil de Paris, on est très proches de faire élire un sénateur » en 2029, avance le responsable des élections de LFI. Sur le papier, il faut 13 conseillers de Paris, pour avoir un siège de sénateur dans la capitale. Mais selon le nombre de listes, le quotient peut varier. Ailleurs en l’Ile-de-France, le député souligne que « dans le Val-d’Oise, on a fait élire beaucoup plus de conseillers municipaux. On est en soutien au maire de Sarcelles ».

Si LFI peut donc avoir quelques visées sur le Palais du Luxembourg, la formation sait que le scrutin reste complexe, avec ses spécificités. « Sur les sénatoriales, je suis très prudent. J’ai vu comment les combinaisons d’appareils l’ont emporté dans le passé », insiste Paul Vannier, « chat échaudé craint l’eau froide ».

« On veut supprimer le Sénat »

Petit détail au passage, qui ne manque pas de sel : conformément au programme de Jean-Luc Mélenchon, LFI a toujours pour objectif, si elle arrive au pouvoir… de supprimer la Haute assemblée. « On veut supprimer le Sénat, oui. On défend un projet de VIe République, via l’élection d’une constituante », rappelle Paul Vannier, « et dans notre conception, elle serait débarrassée du Sénat dans sa forme actuelle. Il faudrait une chambre plus démocratique, plus représentative du peuple français. Il y a une anomalie dans ce pays, avec une droite qui fait moins de 5 % à la présidentielle et qui a la capacité de blocage, de reporter certains textes, au Sénat », dénonce Paul Vannier. Il ajoute : « Nous qui sommes pour refonder nos institutions, nous pensons que cette forme de bicamérisme doit être rediscutée ».

N’est-ce pas un peu baroque de vouloir faire élire des sénateurs, pour à terme supprimer leur assemblée ? « Non. On veut supprimer la Ve République et pourtant, on est candidat à chaque élection présidentielle », rappelle le responsable des élections de LFI. Et pour ça, il y a un certain Jean-Luc Mélenchon. Un leader insoumis qui connaît bien le Sénat, pour avoir été lui-même sénateur de l’Essonne pendant de nombreuses années. Il était alors socialiste. Une autre époque.

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