De la région PACA, au Sénat, il n’y a (presque) qu’un pas. Renaud Muselier, président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a annoncé mercredi dans Le Figaro vouloir lâcher la région, gagnée face au RN en 2021, confirmant les informations de La Provence.
« J’ai le sentiment du devoir accompli. Je suis candidat au Sénat et je quitterai mon fauteuil de président de région si je suis élu, fin septembre, mais je n’abandonnerai pas le conseil régional », explique dans le quotidien de droite Renaud Muselier, qui continuera à s’occuper des JO 2030 comme conseiller régional. S’il est prêt à quitter la région, c’est pour jouer en division nationale. « Je souhaite apporter ma contribution à la mère des batailles, l’élection présidentielle », dit-il, défendant un « candidat unique de la droite et du centre » face aux « extrêmes ».
« Il flippe pour (les régionales) 2028 »
Une décision qui a pu surprendre. Quelques mauvaises langues y voient un moyen de trouver une porte de sortie, face au risque de perdre la région contre le RN, lors des prochaines régionales. « Il flippe pour 2028, parce qu’il sait qu’il est mort », lance un cadre de la droite locale à Marsactu. « C’est toujours la même histoire. On m’annonce toujours que je vais perdre. Et on a gagné et regagné. Je n’ai jamais fui personne, ni aucun combat », rétorque Renaud Muselier au média en ligne Made in Marseille.
Celui qui a rallié Renaissance en 2022 ne se lance pas dans une aventure solitaire. Il compte faire alliance avec son ancienne famille politique, les LR. Interrogé dans Le Figaro pour savoir s’il fera une liste commune avec les LR dans les Bouches-du-Rhône, il répond : « Tout à fait. Dans l’esprit de l’unité contre les extrêmes. Si on y va divisés, on perdra ».
« C’est en pleine négociation »
Lors des sénatoriales 2020, les LR avaient obtenu trois sièges dans les Bouches-du-Rhône. Mais la droite compte aujourd’hui deux sénateurs LR, avec Valérie Boyer et Stéphane Le Rudulier, et une sénatrice UDI, qui siège au groupe Union centriste, avec Brigitte Devésa, qui s’est retrouvée sénatrice après la mort du sénateur LR Patrick Boré, ancien maire de La Ciotat.
Dans l’entourage de Valérie Boyer, on confirme « des discussions pour une liste commune (LR-Renaissance), c’est en pleine négociation ». Mais le principe ne semble pas poser de problème insurmontable. « Il n’y aura pas de débat s’il faut partir derrière Renaud Muselier », glisse-t-on. Après l’annonce de candidature de l’ancien secrétaire d’Etat aux affaires étrangères de Jacques Chirac, Valérie Boyer a d’ailleurs exprimé sa sympathie sur X : « Le choix de Renaud Muselier de quitter la présidence de la Région Sud marque un tournant. Je veux saluer le travail accompli pour ce territoire, au service des habitants de notre région. Une nouvelle étape s’ouvre. Elle sera, je le sais, à la hauteur des attentes des Provençaux ».
Pour faciliter les choses, Valérie Boyer et Renaud Muselier ont fait la campagne des municipales ensemble, aux côtés de Martine Vassal – avec un succès limité. De plus, le président de région a déjà été candidat aux sénatoriales en réalité. En 2020, il était à la fin de liste LR, à la neuvième place, non éligible, suivi de Martine Vassal, à la dixième. De quoi « pousser » la liste. Cette fois, c’est lui qui veut la tirer.
« Si chacun part divisé, on est sûr de perdre »
Reste à voir comment pourrait être perçue une liste, menée certes par le président de région, mais avec l’étiquette macroniste, qui n’a plus le vent en poupe, suivi, si Valérie Boyer occupe bien la deuxième place, d’une LR qui partage la ligne droitière de Bruno Retailleau. « C’est la même stratégie que les municipales » avec LR et Renaissance derrière Martine Vassal, minimise un conseiller de droite, « et au-delà des différences politiques, si chacun part divisés, on est sûr de perdre… » Un bon argument qui plaide pour l’union. D’autant que sur place, il y a en réalité « très peu de maires avec l’étiquette LR. Ce sont surtout des élus divers droite ou divers centre. On est obligé de le prendre en compte ».
Quelles sont les chances d’une telle liste ? Après le faible score de Martine Vassal, avec 12,41 % (et 5,36 % au second tour), les LR ont perdu des grands électeurs à Marseille. « Mais ça se compense avec Istres et Les Pennes-Mirabeau, qui sont passés à droite », se rassure-t-on à droite.
« L’objectif de quatre sièges n’est pas totalement impossible »
Sur le papier, Renaud Muselier peut ainsi tabler sur trois sièges, comme pour la liste des sénatoriales de 2020. « Mais l’objectif de quatre sièges n’est pas totalement impossible », veut-on croire chez les LR. A condition de ne pas avoir de liste dissidente, comme lors du précédent scrutin.
Dans l’immédiat, les appareils nationaux n’ont pas encore réagi, ni donné leur imprimatur à la liste d’union. Mais Renaud Muselier, qui compte se présenter sous sa bannière plurielle « Nos territoires d’abord ! », a au préalable pris soin de prévenir, selon Libération, Emmanuel Macron, le premier ministre, tout comme le président LR du Sénat, Gérard Larcher. Reste à voir où siégera « Muso », entre le groupe RDPI (Renaissance) ou un autre, en cas d’élection fin septembre à la Haute assemblée. « Ce sera pour plus tard », balaye-t-il dans Le Figaro, « je vais d’abord porter ma bannière, qui est la bannière du rassemblement et des territoires. Pour l’instant, je suis le candidat Muselier, qui veut fédérer toutes les forces politiques de la droite et du centre dans ce département pour faire élire près de quatre sénateurs. C’est l’objectif, ce sera ma méthode ».