Callet
Crédit : compte X de Franck Allisio.

Sénatoriales : dans les Bouches-du-Rhône, le RN mise sur une ex-LR, Marie-Pierre Callet, pour tenter de remporter « deux sièges »

Membre du RN depuis seulement quelques semaines, Marie-Pierre Callet, ancienne vice-présidente de la LR Martine Vassal au département, sera tête de liste RN aux sénatoriales. Le sortant Stéphane Ravier, ex-RN, va présenter sa liste, faute d’investiture. Renaud Muselier, qui entend mener une liste Renaissance/LR/UDI, ne s’inquiète pas des prises de guerre à droite. « La division à l’extrême droite m’arrange, en fait », réagit le président de la région PACA.
François Vignal

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Pour les sénatoriales de septembre 2026, qui arriveront à sept mois de la présidentielle, le RN n’a pas pris le scrutin à la légère. Il entend se donner toutes les chances, surtout là où la victoire est possible. En Gironde, le parti fait appel à la députée bien implantée Edwige Diaz, comme nous l’évoquions, pour espérer remporter un siège qui n’est pas assuré sur le papier. Dans les Bouches-du-Rhône, autre stratégie : le parti d’extrême droite, qui devrait faire un siège sans trop de mal, s’appuie sur une ancienne LR pour espérer aller chercher un second sénateur.

C’est Marie-Pierre Callet, qui a quitté LR en 2024, qui représentera les couleurs du RN. Ce n’est pas n’importe qui. Elle est la cinquième vice-présidente du département des Bouches-du-Rhône, auprès de la présidente LR, Martine Vassal. Ou plutôt était. Le groupe de la majorité a annoncé qu’« il a été convenu que Marie-Pierre Callet se mettrait en retrait du groupe et qu’elle rendrait l’ensemble de ses délégations ».

« Profil idéal »

C’est aux côtés de Franck Allisio, ancien candidat RN aux municipales à Marseille et à la tête de la fédération RN des Bouches-du-Rhône, que le parti a présenté sa tête de liste lundi, lors d’une conférence de presse. « Plus d’une vingtaine d’élus LR du département nous ont rejoints », s’est félicité Franck Allisio, lui-même ancien de l’UMP. Il y a une semaine, c’est la présidente des Républicains des Bouches-du-Rhône, Laure-Agnès Caradec, elle aussi vice-présidente du conseil départemental, qui avait déclaré rejoindre le parti d’extrême droite UDR d’Éric Ciotti, qui fait liste commune avec le RN pour les sénatoriales.

Pour Franck Allisio, Marie-Pierre Callet a « le profil idéal ». Ancienne aide-soignante devenue éleveuse de bovins à Maussane-les-Alpilles, celle qui a pris sa carte au RN il y a seulement quelques semaines entend « faire reconnaître les Bouches-du-Rhône comme un département agricole ». Au sein de l’exécutif de la collectivité, elle occupait une fonction stratégique. Elle était chargée des routes.

« En étant en charge de la voierie départementale, elle connaît beaucoup d’élus »

« C’est une très bonne candidate, car en étant en charge de la voierie départementale, elle connaît beaucoup d’élus des Bouches-du-Rhône. Donc ça va permettre de rassembler beaucoup d’élus, notamment de petites communes au nord du département », glisse un stratège de la campagne au RN. « La stratégie du mouvement, c’est de présenter les meilleurs candidats possibles, c’est-à-dire des candidats vraiment implantés et qui peuvent faire le meilleur score », ajoute ce responsable.

Alors qu’il faut environ 350/400 voix de grands électeurs pour faire un siège dans les Bouches-du-Rhône, sur le papier, le RN est juste en dessous, à peu près à 250/300 voix. Mais le parti mise sur un vote caché chez les élus locaux. « Entre le nombre de grands électeurs que nous avons et les résultats au moment des sénatoriales, il y a une différence très importante. On a pas mal de grands électeurs non encartés RN, qui sont des électeurs RN », souligne un responsable du parti, qui rappelle la surprise, « lors des sénatoriales de 2023, en Seine-et-Marne », où Aymeric Durox s’est fait élire alors que personne ne s’y attendait. Au RN, on cite encore le cas du Pas-de-Calais, « où on avait 120 grands électeurs et on a fait plus de 500 voix. C’était multiplié par quatre ». De quoi donner quelques espoirs pour « faire deux sièges » dans les Bouches-du-Rhône.

« Stéphane Ravier a fait le choix en 2022 de soutenir Eric Zemmour et il l’a fait en pleine campagne présidentielle, donc pas question de le soutenir »

Reste que la désignation de Marie-Pierre Callet crée quelque remous. Car elle se fait au détriment du sortant Stéphane Ravier. Ancien RN, ex-Reconquête, il avait soutenu Franck Allisio pour les municipales. De quoi peut-être espérer un retour d’ascenseur. Il n’en sera rien, pour celui qui a été condamné dans deux affaires à un an d’inéligibilité sans exécution provisoire pour prise illégale d’intérêts puis favoritisme, décision confirmée en appel pour la première.

Son profil, entre ses ennuis judiciaires et ses prises de parole au Sénat, qui ne font pas toujours dans la dentelle, ne correspondait peut-être pas au nouveau visage que veut présenter le RN. Surtout s’il s’agit d’élargir sa base électorale. Au RN, on répond qu’« il a quitté le mouvement. On ne va pas soutenir quelqu’un qui a quitté le parti. Il a fait le choix en 2022 de soutenir Eric Zemmour et il l’a fait en pleine campagne présidentielle, donc pas question de le soutenir », confie un responsable, surtout après avoir « trahi ».

Stéphane Ravier n’entend visiblement pas en rester là. Juste après l’annonce de candidature de Marie-Pierre Callet, l’élu d’extrême droite postait sur X une photo d’un fameux sommet provençal, rendu célèbre par Paul Cézanne, texte à l’appui : « Atteindre le sommet de la Sainte-Victoire n’est pas chose facile, car l’on ne peut compter que sur soi. Mais avec de la volonté, aucune victoire n’est impossible ! ». Le message est clair. Selon Le Monde, il sera bien candidat. Contacté, Stéphane Ravier n’a pas répondu.

« Ils ne prendront pas le deuxième siège, c’est mort »

Avec la candidature de Marie-Pierre Callet, cette prise de guerre à droite pourrait bien sûr compliquer le jeu pour Les Républicains et la liste que compte mener le président de la région PACA, Renaud Muselier, encarté chez Renaissance. Mais cet ancien LR assure que la situation joue au contraire en sa faveur, par la division de l’extrême droite. « Ça pose un problème très clair au RN et aux anciens RN, car elle n’a jamais été RN. Donc ils lui filent un poste de sénateur, alors qu’elle n’a jamais été au parti. C’est bizarre », réagit auprès de publicsenat.fr Renaud Muselier. « Et ça veut dire qu’ils ne respectent pas leur parole. Car parole a été donnée à Stéphane Ravier pour qu’il ne se présente pas aux municipales face à Franck Allisio, et en échange, il devait avoir le soutien aux sénatoriales », soutient Renaud Muselier.

Même si le RN met une ex-vice-présidente de Martine Vassal en face de lui, il ne craint pas de perdre des voix. « C’est un calcul dangereux car ils risquent de perdre plus qu’ils ne gagnent », soutient le président de région, « donc ils ne prendront pas le deuxième siège, c’est mort », lance l’ancien secrétaire d’Etat de Jacques Chirac. Lui vise toujours « trois sièges. Mais en fonction des divisions, ça peut être quatre. C’est pour ça que la division à l’extrême droite m’arrange, en fait », glisse le numéro 1 de la région.

« Ils s’entendront au niveau national, entre Gérard Larcher et Hervé Marseille, pour arriver à trouver une solution » pour la liste, affirme Renaud Muselier

Reste que Renaud Muselier n’est pas à l’abri lui-même des divisions. Il doit faire l’union de son côté et ce n’est pas gagné non plus, avec la ministre Sabrina Roubache, proche du couple Macron, qui entend se présenter aux sénatoriales. « J’invite le premier ministre et le Président à s’occuper de cette affaire », avait réagi sur publicsenat.fr Renaud Muselier. « Ça m’étonnerait qu’ils laissent faire quelqu’un du gouvernement, issu de la majorité, se présenter contre moi », ajoute-t-il aujourd’hui.

Le président de région devra aussi trouver un accord avec les LR, notamment pour le cas de la sortante Valérie Boyer, qui est candidate, et l’UDI pour l’autre sortante, Brigitte Devésa. « Ça avance doucement », assure-t-il, renvoyant vers les instances nationales, pour trancher. « Je serai tête de liste, en second ce sera une femme et il y a deux sénatrices sortantes. Ils s’entendront au niveau national, entre Gérard Larcher (président LR du Sénat, ndlr) et Hervé Marseille (président de l’UDI et du groupe Union centriste du Sénat, ndlr), pour arriver à trouver une solution, trouver l’équilibre entre la place 2 et 4 », soutient Renaud Muselier. Chez les LR, on suit en effet le sujet de près. « Il est difficilement envisageable que ce département ne compte pas au moins un sénateur LR », confie-t-on à droite, où on jugerait même « problématique de n’en conserver qu’un seul ». Et quid du maire d’Arles, ancien PDG de France Télévisions, Patrick de Carolis ? Selon La Provence, ce membre d’Horizons, le parti d’Edouard Philippe, pourrait occuper la troisième place sur sa liste, donc être en position éligible. Pas de commentaire. Il entend faire sa liste « tranquillement ». La photographie finale de la liste n’est pas encore fixée.

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