Que vont faire les deux François ? Les sénatoriales en Côte-d’Or, en septembre prochain, sont pour l’heure marquées par une double interrogation : François Patriat, sénateur Renaissance du département et président du groupe RDPI du Sénat, va-t-il se représenter ? Et que fera l’autre François du département, François Rebsamen, ancien maire de Dijon et ex-ministre de François Hollande puis d’Emmanuel Macron ?
« Questions éthiques »
Le siège du sortant François Patriat est renouvelable et pour l’heure, son choix n’est pas fait. « J’y pense chaque jour. J’y pense même chaque nuit. J’aimerais vous dire que ma décision n’est pas formellement prise aujourd’hui » a-t-il répondu au micro de Public Sénat, le 6 mai dernier, ajoutant : « Si j’avais 10 ans de moins, vous ne me poserez pas la question aujourd’hui ». Sous-entendu, l’âge de ce fidèle parmi les fidèles d’Emmanuel Macron, 83 printemps, peut être l’un des critères, mais pas le seul. D’autant que cet amateur de chasse et de vélo, qui avale les kilomètres, se dit lui-même « en forme ». Alors pourquoi pas se représenter pour un quatrième mandat de suite.
Mais avec 51 années de vie politique au compteur, dont 37 de parlementaire, le patron des sénateurs Renaissance se pose des « questions éthiques » sur le principe de se représenter, glisse son entourage, alors qu’il est aujourd’hui vice-doyen du Sénat. Mais « l’envie » est là, à n’en pas douter. L’enjeu est aussi pour son parti, Renaissance, qui est sûr de perdre un siège s’il ne se représente pas, comme pour son groupe, qui compte aujourd’hui 19 sénateurs, dont 9 renouvelables. Donné perdant lors du scrutin de 2020, François Patriat fait alors mentir les pronostics, grâce à une campagne où il s’enorgueillit de voir tous les maires de Côte-d’Or. « J’ai été élu sur mon nom », se félicite-t-il alors, aidé aussi à l’époque par une candidate socialiste qui pèse peu en face.
Pour affiner sa réflexion, le sénateur attend certainement de connaître le nom des grands électeurs, qui seront désignés le 5 juin. « Ça change tout », souligne un sénateur, qui connaît l’importance de cette désignation, par les conseillers municipaux. Ce qui peut donner une indication sérieuse sur les voix à prendre, au-delà des maires déjà connues avec leurs couleurs politiques propres.
« Jamais Rebsamen ira contre Patriat, ils ont des liens d’amitié beaucoup trop anciens »
L’autre François, François Rebsamen, se pose aussi des questions. Car l’ancien sénateur, à l’époque PS, de la Côte-d’Or, se verrait bien retourner au Palais du Luxembourg, où il avait dirigé le groupe socialiste. Selon plusieurs proches de l’ancien maire de Dijon, François Rebsamen réfléchit sérieusement à se présenter en septembre.
C’est une « hypothèse » tout à fait plausible. Mais pour éviter ce qu’un sénateur socialiste appelle « une guerre fratricide », les deux François devraient éviter de se présenter l’une contre l’autre. « Jamais Rebsamen ira contre Patriat, ils ont des liens d’amitié beaucoup trop anciens », glisse-t-on. D’autant que sur le papier, ils ne peuvent pas gagner tous les deux. « Ils n’iront pas l’un contre l’autre », confirme-t-on du côté du président du groupe RDPI. « Rebsamen envisage d’y aller, mais à condition qu’il ne se retrouve pas à affronter Patriat », confirme un élu d’expérience.
« Ça fait 40 ans qu’ils cohabitent tous les deux »
Les deux se voient, déjeunent régulièrement. « Ils en parlent ensemble », glisse-t-on. « Il y a un dialogue constructif, ils doivent réussir à trouver une solution commune », espère l’un des proches.
Entre François Rebsamen et François Patriat, pas besoin de faire connaissance. Ces deux-là se connaissent trop bien. Leur relation est faite de haut et de bas, de brouilles et de proximité. Parfois meilleurs ennemis, puis meilleurs alliés, ils ont cheminé dans le même univers. « C’est je t’aime, moi non plus », résume un socialiste. « Ça fait 40 ans qu’ils cohabitent tous les deux », décrit un observateur local.
« Si François Patriat décide d’y retourner, François Rebsamen va être obligé de l’affronter »
François Rebsamen, qui appelle affectueusement l’ancien ministre de l’Agriculture « Fanfan », confie à ses interlocuteurs « avoir beaucoup de respect pour François Patriat, on a cheminé ensemble depuis les années 80 ». « On est copain », assure l’autre à qui veut l’entendre. Les deux se sont mutuellement rendu service au cours de leurs parcours politique. L’ancien ministre du Travail de François Hollande a aidé François Patriat à être élu président de la région Bourgogne, quand ce dernier a donné un coup de main à « Rebs » pour devenir maire de Dijon.
Mais si les relations sont au beau fixe, les désaccords, qui ont donc déjà existé, peuvent-ils revenir ? Si des deux côtés, on assure vouloir trouver une issue en bonne entente et sans drame, un élu, qui connaît bien les deux hommes, pense que « si François Patriat décide d’y retourner, François Rebsamen va être obligé de l’affronter. Il n’hésitera pas, même s’il n’aimerait mieux pas ». D’autant que celui qui préside la métropole de Dijon est en « bonne situation » pour faire son siège, selon un élu local, grâce aux voix de Dijon métropole. Même avec les amis, la politique a ses raisons qui poussent parfois à trancher.
Débaucher des sénateurs PS ou RDSE pour créer un nouveau groupe ?
Car si François Rebsamen pense revenir à la Haute assemblée, ce n’est pas simplement pour le plaisir d’occuper un poste, mais pour travailler. Sur le fond, comme sur le plan politique. Et d’aucuns prêtent à François Rebsamen un dessein qui dépasse son seul retour au Sénat. Plusieurs sénateurs confient que l’ancien président du groupe PS du Sénat aurait pour éventuel second objectif de créer… un nouveau groupe politique, en allant débaucher quelques sénateurs RDSE ou PS. Pour celui qui a rejoint, avec son mouvement Fédération progressiste, La Convention de Bernard Cazeneuve, l’idée serait alors de structurer la gauche sociale-démocrate au Sénat, alors que la présidentielle se profile et que l’ancien premier ministre est « prêt à être candidat en 2027 »…
Il pourrait chercher à rassembler largement, comme il l’a déjà fait à Dijon, où il avait le Modem dans sa majorité, quand il était encore au PS. « C’est un social-démocrate, mais loin d’être sectaire », dit de lui un élu qui le connaît bien et qui le verrait bien rassembler des « soc-dem jusqu’à une frange d’une droite républicaine macroniste ».
« L’opération Rebs, qui viendrait et reprendrait le RDSE, ou ce qu’il en reste »
Un socialiste dit avoir entendu parler « de l’opération Rebs, qui viendrait et reprendrait le RDSE, ou ce qu’il en reste. A moins que ce ne soit un RDSE recomposé ». « Dans le cadre de la macronie finissante, rassembler La Convention, les Radicaux de gauche, les deux membres de Place Publique, ça fait un ensemble », reconnaît ce sénateur, qui pense que seuls « deux ou trois sénateurs PS » pourraient être concernés, alors que La Convention a quelque membres ou sympathisants, autant au groupe PS que RDSE. Mais le même n’y croit pas. « C’est pour le moment très flou ». « Trouver 9 candidats pour aller créer un groupe avec lui… Je n’en vois pas l’intérêt. Quelle serait la sensibilité ? Je ne vois pas l’espace politique », ajoute un autre sénateur socialiste, qui pense que « ceux qui en feraient les frais, ce serait le RDSE et le RDPI ».
Interrogé, un proche de François Rebsamen dément de son côté toute tentative d’aller chercher des sénateurs. « On lui prête cette volonté, il ne le fait pas. Il n’a pas pris contact avec personne », assure-t-on. Reste qu’un autre de ses amis reconnaît que sur le papier, créer un nouveau groupe de centre gauche « peut avoir du sens », pensant même qu’il « n’écarte rien »… Tout dépend en réalité d’une équation dont les inconnues, dont la recomposition politique qui se poursuit, sont encore trop nombreuses. Step by step.
« Pas impossible non plus » que François Rebsamen aille au groupe PS
Si créer un groupe de toutes pièces est encore très hypothétique, dans quel groupe pourrait alors siéger François Rebsamen s’il était candidat puis élu ? RDPI ? RDSE, qui est à majorité de gauche ? PS ? Certains le verraient bien retourner au sein de sa famille politique d’origine, les socialistes. D’autant que son ralliement à Bernard Cazeneuve, certes parti du PS, le rapproche des sphères de gauche. « Ce n’est pas impossible non plus », pense un élu. « S’il est soutenu par des grands électeurs PS, la logique serait qu’il vienne au groupe socialiste. Le reste, ce sont des constructions plus ou moins baroques », pense un membre du parti à la rose. « Quand il a été ministre des Collectivités, sous Macron, il a bien traité les socialistes », relève encore une socialiste. De quoi faciliter son éventuel atterrissage.
Mais on ne lui dressera peut-être pas le tapis rouge. « Je ne suis pas sûr que Patrick Kanner, le président du groupe PS, soit chaud pour l’accueillir », glisse un sénateur. Si les adhérents du PS ont automatiquement leur place au groupe, son retour n’aurait donc rien d’automatique. « Un débat pourrait se poser au sein du groupe. C’est une demande d’adhésion et le groupe reste souverain, avec une procédure au sein du bureau, sur proposition du président », remarque un socialiste. Pour François Rebsamen, le retour au Sénat est pavé de quelques obstacles, mais ils ne devraient pas être insurmontables.