Sénatoriales : la division menace le groupe PS après le scrutin
Le groupe PS va perdre des sièges lors des sénatoriales. La grogne des élus locaux donne de l’optimisme mais la division à gauche risque de compliquer le jeu. Le débat sur la ligne à tenir face à Macron – soutien constructif ou opposition – pourrait aboutir à la scission du groupe après l'élection.

Sénatoriales : la division menace le groupe PS après le scrutin

Le groupe PS va perdre des sièges lors des sénatoriales. La grogne des élus locaux donne de l’optimisme mais la division à gauche risque de compliquer le jeu. Le débat sur la ligne à tenir face à Macron – soutien constructif ou opposition – pourrait aboutir à la scission du groupe après l'élection.
Public Sénat

Temps de lecture :

8 min

Publié le

Mis à jour le

Ce n’est pas un scoop : les sénatoriales s’annoncent sur le papier difficiles pour le PS. C’est la conséquence des municipales de 2014, qui s’étaient traduites pour les socialistes par la perte de nombreuses villes. Il faut avoir en tête que les sénatoriales sont en quelque sorte le troisième tour des municipales. 96% du corps électoral des grands électeurs élisant les sénateurs est composé des conseillers municipaux et de leurs délégués. Sans être un grand expert en carte électoral, le calcul est vite fait : le PS va perdre des plumes le 24 septembre, lors du renouvellement de la moitié des sièges.

Didier Guillaume : « La logique est que la droite gagne les sénatoriales et la gauche perde des sièges »

Didier Guillaume, président du groupe PS de la Haute assemblée, ne cherche pas à cacher cette réalité : « La logique est que la droite gagne les sénatoriales et la gauche perde des sièges » affirme-t-il à publicsenat.fr, confirmant ses propos tenus dans L'Epreuve de vérité, sur Public Sénat, le 7 septembre dernier. Il rappelait alors que le PS « a perdu 20 ou 25 (sièges) lors des dernières élections. Les municipales nous sont défavorables, on va peut-être en perdre le même nombre. Le moins possible ». Regardez :

Sénatoriales : « Gérard Larcher sera président du Sénat le 2 octobre » affirme Didier Guillaume
01:24

Mais difficile de donner un chiffre. « Honnêtement, on est dans le brouillard, comme tout le monde » affirme aujourd’hui Didier Guillaume, « c’est très très compliqué de faire un pronostic. C’est la première fois qu’il y a autant de listes ». Il y a un an, les pertes étaient estimées au sein du groupe entre 10 et 30 sièges (voir notre article). C’était avant la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle et la création du groupe La République En Marche au Sénat. Ses 29 membres sont essentiellement issus des rangs socialistes. Ramené de 109 à 86 sénateurs aujourd’hui, le groupe PS doit faire avec un fort taux de renouvellement de 53%, soit 46 des 86 sièges. Raison de plus d’en perdre.

« Les listes En marche auront énormément de difficultés. Ça devrait profiter à tous, à droite et à gauche »

Certains socialistes voient cependant une éclaircie grâce au fort mécontentement des élus locaux, échaudés par la surpression de postes d’emplois aidés ou les annonces sur les économies qui seront demandées aux collectivités. « J’ai assisté à des assemblées d’élus où j’étais impressionné. Il y a une colère » assure Martial Bourquin, sénateur PS du Doubs, « les listes En marche auront énormément de difficultés. Ça devrait profiter à tous, à droite et à gauche ».

Marie-Noëlle Lienemann, qui espère être réélue à la quatrième place sur la liste PS à Paris, ne croit « pas qu’il y ait une dynamique pour En Marche ». Mais elle tempère l’optimisme du fait des divisions : « Il y a un grand émiettement dans la situation politique. Les choses sont incertaines ». Françoise Cartron, vice-présidente PS du Sénat, est même encore plus prudente : « Je ne suis pas très confiante. J’ai vu la multiplicité des listes divers gauche. Dans le Nord par exemple, il y a le PS, LREM, une liste divers gauche et une écolo » souligne la sénatrice PS, qui se souvient que sa liste n’avait remporté un siège qu’avec trois voix de différences en 2014. Que les socialistes se rassurent sur un point : la droite ne fait pas mieux, et même pire, pour ce qui est de la division aux sénatoriales.

60 à 65 sénateurs PS ?

Certains ont fait leurs comptes. David Assouline, candidat aussi à Paris, « évalue le groupe autour de 65 sénateurs socialistes » au soir du scrutin, alors que d’autres évoquent le chiffre de 60. « L’objectif reste d’être le deuxième groupe du Sénat. Cela aura son importance politique et symbolique : être la principale force d’opposition à la droite sénatoriale et au gouvernement. Dans le contexte politique, ça lui donnera une certaine force et une crédibilité. Ce groupe aura un poids dans la refondation de la gauche et du PS que nous voulons bâtir » lance David Assouline.

Face aux 32 députés du groupe Nouvelle gauche (PS) de l’Assemblée, le groupe PS du Sénat pourrait en effet peser et assurer des financements à la rue de Solférino, qui en a bien besoin. Reste que pour peser, il vaut mieux rester uni. Or deux lignes distinctes apparaissent dans le groupe. Didier Guillaume souhaite la réussite d’Emmanuel Macron, tout en restant libre. D’autres, comme David Assouline ou Marie-Noëlle Lienemann, sont très critiques. Si bien qu’aujourd’hui, la question d’une nouvelle scission, après le départ des marcheurs, est ouvertement évoquée par certains.

« Le groupe pourrait se couper en deux entre Constructifs et ceux plus proches de la ligne du parti »

« Il y a beaucoup de choses qui se disent sur le fait que le groupe se coupe en deux entre Constructifs et ceux plus proches de la ligne du parti » affirme Jean-Yves Leconte, sénateur PS des Français établis hors de France, à nouveau candidat. Mais pour le sénateur, « on serait bien inspiré de rester unis. Etre deuxième groupe et donc premier groupe d’opposition représentera des avantages au sein du Sénat pour les commissions d’enquête, les missions d’information ou la commission des finances ». Sa présidence est en effet réservée au premier groupe d’opposition.

David Assouline n’entend pas faire l’impasse sur une discussion entre camarades après les sénatoriales. « Nous aurons des débats et je défendrai la position d’être clairement dans une opposition à ce gouvernement et à la majorité sénatoriale » explique le sénateur PS. « Il y aura une position claire. Pas d’ambiguïté. C’est à ce prix que nous pourrons continuer ensemble » prévient David Assouline, tout en soulignant qu’« il y a toujours eu des nuances dans ce groupe ».

« Ce n’est pas le moment de se quereller avant l’élection » note Martial Bourquin, « mais il faudra choisir une orientation et un président pour l’incarner ». Espérer la réussite d’Emmanuel Macron, « je ne suis pas sûr que ce soit la position du groupe, c’est celle de Didier Guillaume » selon Martial Bourquin, pour qui le PS doit « être à la fois une force d’opposition et à ce gouvernement néolibéral et une force de proposition ».

Françoise Cartron, qui se retrouve sur la ligne de Didier Guillaume, n’écarte pas non plus une séparation après les sénatoriales :

« Je ne sais pas quelle est l’intention des purs et durs. Est-ce qu’ils feront un groupe s’ils sont plus de 10 ? Remarquez, à un moment, il faut clarifier. (…) Si des gens pensent qu’on ne peut pas rester ensemble et faire des compromis, peut-être faudra-t-il se séparer, ce n’est pas exclu. Il faut rester uni, mais pas dans la cacophonie, sinon on n’est pas audible. C’est comme dans la vie, il faut savoir ce qu’on partage encore et savoir se séparer ».

Didier Guillaume : « Le débat qui traverse le groupe est le même que celui qui traverse le parti »

Interrogé sur ce risque de division, Didier Guillaume « espère que le groupe PS restera ensemble. Après, la question à se poser est celle du positionnement du groupe. Pour l’instant, on est dans les sénatoriales, on verra. Il y aura un débat sur la position du groupe. Et un vote » assure le sénateur de la Drôme, qui ne veut pas encore dire s’il se représentera à la tête du groupe sans en écarter l’idée. Le vote interne un juin dernier sur la confiance au gouvernement donne déjà une indication : 7 sénateurs PS ont voté contre, 5 pour et 53 ont choisi l’abstention. Mais certains, comme Martial Bourquin, s’étaient abstenus et souhaitent aujourd’hui se positionner dans l’opposition. Et de nouveaux élus pourraient rejoindre cette ligne en cas d’élection, comme le frondeur Laurent Baumel, tête de liste en Indre-et-Loire.

Pour Didier Guillaume, « le débat qui traverse le groupe est le même que celui qui traverse le parti. Le choix stratégique des socialistes, c’est de savoir si on court après Mélenchon, ou si on est positif et si on travaille à la réussite du quinquennat tout en se positionnant en fonction des textes ». Un débat qui « n’est pas un drame » selon le président de groupe. Manière d’anticiper une possible division, tout en la minimisant. Les sénateurs ne font en réalité qu’anticiper les débats qui auront lieu en 2018, lors d’un congrès de refondation du PS.

Partager cet article

Dans la même thématique

Sénatoriales : la division menace le groupe PS après le scrutin
4min

Politique

« On surmonte nos rancœurs » : Agnès Evren (LR) défend un mariage de raison entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel pour battre la gauche à Paris

À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.

Le

Sénatoriales : la division menace le groupe PS après le scrutin
5min

Politique

Municipales à Montpellier : sécurité, gestion des déchets, transports… Que retenir du débat d’entre deux tours ?

A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.  

Le

FRA – LR RETAILLEAU – ELECTION MUNICIPALES 2026
8min

Politique

Municipales : en lâchant Christian Estrosi à Nice, Bruno Retailleau enflamme toute la droite, avec 2027 en ligne de mire

À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.

Le

Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
6min

Politique

Municipales : le retrait calculé de Sarah Knafo recompose le jeu à Paris

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.

Le