Sénatoriales : le FN affiche des ambitions modestes

Sénatoriales : le FN affiche des ambitions modestes

Alors que Marine Le Pen a fait sa rentrée politique ce week-end, le FN mise sur les élus ruraux et se place en défenseur de la commune pour progresser lors des sénatoriales du 24 septembre. Avec actuellement deux sénateurs seulement, les ambitions du parti restent modestes. Il pourrait doubler ce chiffre.
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Malgré un record de voix, la présidentielle est restée une déception pour le FN. Les élections sénatoriales du 24 septembre prochain permettront-elles au parti de Marine Le Pen de se rattraper ? Pas vraiment. Le FN affiche des ambitions mesurées pour ce scrutin particulier où les grands électeurs, composés à 96% des conseillers municipaux, élisent les sénateurs. La moitié des sièges, couvrant la moitié des départements, seront renouvelés (voir notre carte).

« Ce n’est pas une élection considérablement porteuse pour le FN »

La poussée électorale des municipales de mars 2014 s’était déjà traduite par l’arrivée de deux sénateurs frontistes, lors des sénatoriales de septembre 2014. Une première. Stéphane Ravier (Bouches-du-Rhône) et David Rachline (Var) avaient fait leur entrée au Palais du Luxembourg. Pour cause de non-cumul des mandats, le premier devrait abandonner sa mairie du 7e secteur de Marseille. David Rachline a lui déjà annoncé en juillet sur Public Sénat son intention de garder sa mairie de Fréjus. Lors des régionales de 2015, le parti d’extrême droite a ensuite connu des scores très élevés. Mais pas de quoi bouleverser les rapports de force dans le corps électoral. « Le gain reste faible en ce qui concerne les  grands électeurs », reconnaît David Rachline, « bien que nous ayons gagné dans les régions Hauts-de-France et PACA un nombre de conseillers régionaux considérable ».

Au total, le FN dispose aujourd’hui de « près de 3.000 élus municipaux, 357 conseillers régionaux, plus de 60 conseillers départementaux, près de 35 parlementaires et 12 maires ainsi que des dizaines de maires proches de nous en communes rurales » souligne Jean-Lin Lacapelle, secrétaire national aux fédérations et à l’implantation du FN et proche de Marine Le Pen. Une implantation locale, notamment en PACA ou les Hauts-de-France, qui se renforce d’élection en élection. Mais qui reste insuffisante pour faire élire de nombreux sénateurs. « C’est vrai que ce n’est pas une élection considérablement porteuse pour le FN » reconnaît Michel Guiniot, directeur de campagne pour les sénatoriales et membre du bureau politique du FN.

Deux ou trois sénateurs de plus ?

Si les ambitions du FN sont mesurées, c’est aussi en raison des départements renouvelables : ceux allant de l’Indre-et-Loire aux Pyrénées-Orientales ainsi que ceux d’Île-de-France pour la métropole. « Cette fois-ci, la série de département n’est pas forcément la plus porteuse. Pour nous, la meilleure série est la précédente » explique Michel Guiniot.

Le parti n’en présente pas moins des listes partout et espère bien envoyer de nouveaux sénateurs au Palais du Luxembourg – que Marine Le Pen souhaitait auparavant supprimer avant de changer d’avis lors de la présidentielle. Le FN entend jouer la carte de la ruralité et se placer en défenseur de la commune pour trouver des voix. Si les élus des grandes villes sont beaucoup plus politisés, avec des rapports de force déjà fixes, « les zones rurales sont un peu notre cœur de cible » explique Michel Guiniot.

Les responsables du Front national ne souhaitent pas trop s’aventurer à donner un objectif. « C’est assez difficile à quantifier » dit Michel Guiniot, « on espère engranger plusieurs sénateurs, avoir un résultat en très forte progression ». Deux ou trois sénateurs de plus ? « Ce serait bien » admet le directeur de campagne du FN. Soit doubler le nombre d’élus. Il est vrai qu’avec deux sénateurs, le FN part de bas.

Elargissement du socle électoral

Le Front national mise également sur « un désenchantement extrêmement rapide » avec les premiers déçus d’Emmanuel Macron, à commencer par certains maires, pour gonfler son socle. David Rachline :

« Nous espérons renforcer notre présence lors de cette élection. Ça dépend moins des dernières municipales, que du contexte et de la casse organisée des communes qu’entreprend le gouvernement. Il y a beaucoup d’élus qui ne veulent pas de la disparition de la taxe d’habitation, de ces regroupements de communes et des transferts de compétences aux agglomérations »

Il ajoute : « Ce contexte doit permettre de faire des voix supplémentaires dans les territoires ruraux, même s’ils ne sont pas de notre bord politique ». David Rachline le sait bien. Il a profité pleinement de l’élargissement de son socle électoral pour se faire élire en 2014. « Lors de mon élection, j’avais à peu près 150 élus de ma famille politique et j’avais fait environ 350 voix » se rappelle le sénateur-maire de Fréjus.

Autre facteur : « Nos espoirs dépendent aussi des divisions dans le camp d’en face » ajoute Michel Guiniot. Dans son département de l’Oise, la droite devrait par exemple présenter trois listes. Une dispersion des voix qui peut faire la différence en faveur du FN. Il faudra attendre la fin de la semaine prochaine pour savoir le nombre de listes déposées.

« Nous défendrons les communes contre l’invasion de migrants »

Pour Jean-Lin Lacapelle, « l’objectif est de créer une véritable opposition au système Macron ». Lui aussi mise sur la commune : « Nos sénateurs, demain, seront les seuls représentants des maires et défendront la commune, appelée à disparaître, et son identité ».

Le parti frontiste n’oublie pas son fonds de commerce anti-immigrés pour ce scrutin et continue d’agiter les peurs. « Nous défendrons les communes contre l’invasion de migrants, qui touche les habitants des communes et les maires » explique Jean-Lin Lacapelle. Invasion ? « Pour nous, c’est une invasion migratoire. Après le démantèlement de Calais, les migrants ont été répartis dans les différentes communes. Des centres d’accueil ont été créés partout » ajoute ce proche de Marine Le Pen.

Espoirs dans le Pas-de-Calais

Les meilleurs espoirs du FN se situent justement dans le département du Pas-de-Calais, qui est renouvelable. Le FN y a remporté quatre sièges de députés en juin, à commencer par celui de Marine Le Pen. Christopher Szczurek, adjoint de Steeve Briois à Hénin Beaumont, mènera la liste. Selon Michel Guiniot, ce département est « certainement » la chance la plus forte de remporter un siège pour le FN. Il compte sur « le principe de la tache d’huile. Il y a les communes, les cantons, les circonscriptions de députés. Si bien qu’aujourd’hui, il y a des élus non marqués politiquement qui travaillent avec des élus FN. Des élus n’ont pas d’attitude hostile envers le FN ». « C’est dans le Pas-de-Calais que nous avons le plus d’élus. On pourrait envisager des choses là-bas », confirme David Rachline, « mais pas que là ».

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