Les Français ont voté à plus d’un titre les 15 et 22 mars, lors des élections municipales. S’ils ont élu ou réélu leurs maires, ils ont, sûrement sans y penser, indirectement voté pour les sénateurs. Car fin septembre prochain, les sénatoriales 2026 permettront de renouveler la moitié des sièges du Sénat. Dans cette élection au suffrage universel indirect, ce sont les grands électeurs, corps électoral composé à 95 % des conseillers municipaux, qui élisent les sénateurs. D’où l’importance des municipales, qui préfigurent le visage de la Haute assemblée.
47 % du groupe PS renouvelable
Chaque formation peut ainsi, dès à présent, faire marcher la calculette à grands électeurs. Ce sont cette année les 178 sièges de la série 2 qui sont concernés. Si du côté des 130 sénateurs LR, on planche sur une perte plutôt légère de « 3 à 5 sièges » pour le groupe (voir notre article), qu’en est-il du groupe PS du Sénat, après des municipales plus ou moins bonnes pour le parti ? Composé aujourd’hui de 65 membres, le groupe socialiste, écologiste et républicain – son nom entier – compte 31 sénateurs renouvelables, soit 47 % du groupe concerné.
Les socialistes misent, au mieux, sur une forme d’équilibre, et au pire sur un recul contenu. « On a regardé les départements renouvelables. Je parie sur la stabilité », explique Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat. Mais en cas de mauvais résultats, ce que le sénateur du Nord appelle « une très mauvaise série », le groupe PS pourrait être confronté à « une perte sensible au sein du groupe. Une perte sensible, c’est 5 sièges. C’est-à-dire qu’on reviendrait à 60 membres », précise Patrick Kanner, qui espère bien éviter ce scénario : « Tout est possible dans une simulation, mais il faudrait qu’il n’y ait aucun gain et que des pertes. J’espère qu’il y aura un milieu dans tout cela ».
Le groupe Union centriste devant le groupe PS après les sénatoriales ?
Derrière ce risque de perdre des sièges, se joue un enjeu symbolique : voir le groupe Union centriste (59 sénateurs) chiper la place de deuxième groupe du Sénat au PS (65 sénateurs). « Il n’est pas dit que le groupe centriste ne passe pas devant le groupe PS au prochain renouvellement », avance un cadre du groupe LR, qui imagine le PS « perdre 4 ou 5 sièges ».
Il faut rester prudent, car l’arithmétique issue des municipales ne fait pas tout, dans un scrutin où l’équation personnelle joue peut-être encore plus que dans tous les autres. Il faudra aussi attendre de connaître le nombre de listes, ce qui change le quotient permettant d’élire un sénateur, ainsi que leur composition. C’est ici la question des listes d’unions, qui se pose.
Pour le PS, les alliés traditionnels sont bien sûr Les Ecologistes et le Parti communiste. Mais ce sera du cas par cas, département par département. Et si des accords se font avec les écolos, ils devront être gagnant-gagnant. L’union est parfois la meilleure équation pour faire des sièges. Mais selon les configurations locales, il vaut mieux partir sous ses propres couleurs.
« Ma position politique, comme président de groupe, sera de m’opposer à de telles alliances avec LFI », prévient Patrick Kanner
Et quid de LFI ? Renforcé localement par sa percée aux municipales, le parti de Jean-Luc Mélenchon, dont les fusions de second tour avec le PS ont fait polémique, est prêt à « discuter nationalement d’un accord technique qui peut permettre de renforcer les rangs de la gauche au Sénat », expliquait à publicseant.fr le député Paul Vannier, responsable des élections pour LFI. Mais il prévient : en cas de « volonté de (les) exclure », comme lors du scrutin de 2023, il menace de déposer « des listes insoumises dans tous les départements », quitte à faire perdre des plumes au reste de la gauche.
S’il faudra voir l’attitude des Ecologistes, qui ne ferment pas la porte aux insoumis – l’enjeu est pour 2026 dans le Rhône, où Lyon a été conservé par les Ecologistes grâce à la fusion avec LFI – les choses devraient se répéter avec le PS. Sans surprise, Patrick Kanner, fervent opposant aux alliances avec LFI au sein du PS, ne veut pas de liste avec les insoumis pour les sénatoriales. « On ne sera pas le marchepied de LFI, dans une logique de soutenir Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle. Ma position politique, comme président de groupe, sera de m’opposer à de telles alliances avec LFI », annonce Patrick Kanner à publicsenat.fr, avant d’ajouter : « Si le PS en fait, après, il en fera. Mais c’est contre-productif sur le plan électoral et sur le plan idéologique et politique ».
Au passage, le patron du groupe PS du Sénat s’étonne des propos de Paul Vannier, qui soutient qu’« en 2023, le refus de faire un accord associant LFI avait coûté à la gauche 10 sièges de sénateurs ». « C’est faux. Il n’y a aucune preuve de ce calcul. Si on avait fait un accord avec LFI, on aurait perdu des grands électeurs, des sièges. Je suis convaincu que dans les zones rurales notamment, cela ferait fuir des grands électeurs », rétorque le sénateur PS du Nord.
Gains possibles dans le Bas-Rhin, la Seine-Maritime ou l’Hérault
Avant d’en arriver aux éventuels accords, ou absence d’accord, les résultats des municipales permettent déjà de tirer quelques enseignements sur les sénatoriales. Côté gains possibles, les socialistes regarderont la Seine-Maritime de très près, tout comme l’Hérault, où le PS, qui dispose d’un siège avec Hussein Bourgi, pourrait espérer en reprendre un autre. Dans le Bas-Rhin, la victoire à Strasbourg de la socialiste Catherine Trautmann, qui n’a pas été exclue du PS malgré son alliance avec Horizons face à la sortante écolo, Jeanne Barseghian, donne évidemment des espoirs au PS. Dans ce département, le seul siège de gauche est détenu par l’écologiste Jacques Fernique, qui avait profité de la victoire de son parti il y a 6 ans dans la capitale alsacienne.
Le PS pourrait aussi miser sur les sénateurs représentants les Français établis hors de France. Les socialistes ont aujourd’hui deux sièges, avec Yan Chantrel et Hélène Conway-Mouret. Ils en avaient trois auparavant. Il faudra attendre le résultat des élections consulaires, en mai. Ce sont les délégués consulaires qui élisent les sénateurs des Français de l’étranger.
Du côté des Outre-Mer, les socialistes auront un œil sur la Guyane, région de gauche. Aujourd’hui, les deux sénateurs guyanais siègent au groupe RDPI (Renaissance), mais Georges Patient pourrait ne pas se représenter. Cet ancien du groupe PS est toujours rattaché politiquement au PS, ce qui flèche le financement public des partis.
Côté pertes possibles, le Vaucluse, l’Aude ou le Finistère seront à surveiller
Pour les pertes, le Parti socialiste regardera du côté du sud, notamment dans le Vaucluse, où la gauche a perdu la ville d’Avignon, au profit du candidat divers droite et ancien journaliste, Olivier Galzi. De quoi perdre peut-être l’unique siège PS du département. L’Aude préoccupe aussi le PS, qui détient actuellement les deux sièges du département. Inquiétude aussi du côté du Finistère, où la perte de la mairie socialiste de Brest devrait rendre la réélection de Jean-Luc Fichet plus difficile. En Gironde, les socialistes étaient alliés au maire écologiste Pierre Hurmic, qui a perdu la ville. Ce seront donc des grands électeurs en moins pour le PS, pour qui garder ses deux sièges pourrait être difficile.
La Creuse, où le PS détient aussi les deux sièges, sera peut-être à surveiller. En Dordogne, où le PS détient un siège, la gauche perd Périgueux mais a gagné Bergerac, ce qui compense. Les deux villes ont un nombre de grands électeurs similaire. Situation comparable en Saône-et-Loire, avec un siège pour le PS, dans ce département où la gauche a perdu Le Creusot mais a gagné Montceau-les-Mines.
Quid des sénatoriales de 2029 ?
Et pour le scrutin de 2029, qui renouvelle notamment toute l’Ile-de-France ? Car les municipales déterminent le sort des deux prochaines sénatoriales, la Haute assemblée étant renouvelée par moitié, avec un décalage de trois ans. D’ici là, il peut se passer beaucoup de choses, entre la présidentielle bien sûr, mais aussi les régionales et les départementales. De quoi changer les dynamiques dans le pays. Mais on peut déjà dire que sur le papier, dans le Nord, terre d’élection de Patrick Kanner, le PS a théoriquement de quoi conserver ses deux sièges. Les socialistes ont pu conserver Lille grâce à un accord avec Les Ecologistes. Dans le Puy-de-Dôme, la perte de taille de Clermont-Ferrand rendra la tâche plus difficile pour la sortante PS, Marion Canalès.
A Paris, les choses ne devraient pas bouger pour la gauche dans la capitale, qui a conservé la ville et détient huit sièges de sénateurs (dont 4 pour le groupe PS). En Ile-de-France, il faudra surveiller la Seine-Saint-Denis, département où LFI aura le plus de chance d’avoir un sénateur, grâce à la prise de Saint-Denis. Au détriment du PS ? A suivre. Mais une chose est sûre : à l’issue des sénatoriales 2026, le PS restera sans difficulté la première force de gauche à la Haute assemblée. Reste à voir, avec des risques de pertes pour le PS mais aussi les écologistes, si le total des sénateurs de gauche atteint le seuil symbolique des 100 membres. Ils sont aujourd’hui 99.