Sénatoriales : une partie du groupe centriste fait monter la pression sur Macron
Le groupe Union centriste espère sortir « renforcé » des sénatoriales. Mais des tensions apparaissent : certains demandent plus d’écoute de la part d’Emmanuel Macron, les Modem veulent être respectés en interne et les Radicaux pourraient quitter le groupe...

Sénatoriales : une partie du groupe centriste fait monter la pression sur Macron

Le groupe Union centriste espère sortir « renforcé » des sénatoriales. Mais des tensions apparaissent : certains demandent plus d’écoute de la part d’Emmanuel Macron, les Modem veulent être respectés en interne et les Radicaux pourraient quitter le groupe...
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Les sénatoriales de 2014 s’étaient traduites par une bonne opération pour le groupe centriste du Sénat. Il était passé de 30 à 40 membres, se plaçant en partenaire incontournable des Républicains pour la constitution de la majorité sénatoriale de Gérard Larcher. Le groupe Union centriste peut-il répéter la bonne opération ? 19 de ses 42 sièges actuels (soit 45%) sont renouvelables pour le scrutin du 24 septembre prochain, où la moitié du Sénat est en jeu.

Le vice-président du groupe, le sénateur-maire UDI du Bourget, Vincent Capo-Canellas, est confiant. « Le groupe sortira renforcé de ces élections » affirme-t-il à publicsenat.fr, sans se risquer à donner de pronostic. Dans ce scrutin au suffrage universel indirect, les bons résultats de la droite et du centre lors des municipales de 2014 expliquent cet optimisme. Comme la grogne des élus locaux contre le pouvoir. « Entre les annonces sur les emplois aidés, les 13 milliards d’euros d’économies sur les collectivités, la réduction du nombre d’élus, c’était un peu le concours Lépine de la gaffe en direction des élus locaux » pointe Vincent Capo-Canellas.

« Il y a eu une espèce de vent de panique après la présidentielle »

Avant l’été, le groupe s’est pourtant majoritairement affirmé en soutien d’Emmanuel Macron, lors d’un vote interne. Une position qui n’est plus la meilleure en vue des sénatoriales. « Il y a eu une espèce de vent de panique après la présidentielle et l’impression que l’investiture LREM serait la clef pour les sénatoriales » décrypte la sénatrice UDI Nathalie Goulet, elle-même candidate dans l’Orne, qui ne veut pas donner de « blanc-seing » au chef de l’Etat. « Reste un paysage extrêmement brouillé. Chez nous, c’est un Modem qui a l’investiture En Marche. Et le candidat divers gauche était suppléant du candidat En Marche aux législatives. Ça ressemble au "Quadrille" de Sacha Guitry ! » lâche l’élue.

Le vice-président de l’Union centriste semble aujourd’hui quelque peu échaudé. « La position du groupe est toujours de soutenir les réformes et la volonté que le pays s’adapte à la mondialisation, mais il faut aussi la prise en compte des territoires » souligne Vincent Capo-Canellas, qui souhaite aussi plus d’écoute à l’égard des centristes. « Le groupe a envoyé un signal en juillet, on a tendu la main. Le retour, ce sont des candidats LREM partout, dans tous les départements aux sénatoriales, à la différence des législatives où LREM n’avait pas présenté de candidat face à certains élus centristes compatibles… » regrette le sénateur de Seine-Saint-Denis. Il ajoute :

« Il n’y a pas de changement de ligne mais un sentiment partagé et des interrogations. Est-ce que le projet de LREM est de réduire les centristes ? Jusqu’ici, la démarche est de tenter de le faire. Les centristes sont disposés à réformer, mais encore faut-il qu’on veuille bien ouvrir le dialogue avec nous. Ce n’est pas le cas aujourd’hui » prévient Vincent Capo-Canellas.

La majorité des 3/5 n’est « pas qu’un sujet arithmétique »

Un message dont Emmanuel Macron devra tenir compte pour espérer réunir la majorité des 3/5 des suffrages exprimés au Congrès, s’il veut modifier la Constitution. La réduction du nombre de parlementaires, promesse de campagne, le nécessite. La majorité des 3/5 n’est « pas qu’un sujet arithmétique », insiste le sénateur, mais aussi une question de fond. Une délégation du groupe UC a été reçue fin août par le premier ministre. Edouard Philippe les a renvoyés pour le moment au discours de Versailles d’Emmanuel Macron, sans donner plus de détails.

Si Emmanuel Macron commence à irriter certains centristes, Gérard Larcher devrait pouvoir compter encore sur eux pour l’élection du président du Sénat, le 2 octobre. « Le groupe est très clairement aux côtés de Gérard Larcher qui est un excellent président du Sénat » assure Vincent Capo-Canellas. Il souligne que « demain, le Sénat sera sans doute la seule institution non alignée ». De quoi le renforcer.

« Que tout le monde se respecte, si on veut pouvoir cohabiter ensemble »

Son collègue du Modem, Jean-Marie Vanlerenberghe, qui a obtenu l’investiture LREM pour mener la liste dans le Pas-de-Calais, est moins catégorique sur le sujet. « C’est une autre question. Je ne réponds pas pour le moment, on verra le moment venu et après les résultats du 24 septembre », dit le sénateur, tout en ajoutant que « Gérard Larcher est un bon président du Sénat. On est prêt à négocier. Il faut regarder ».

C’est surtout la vie interne au groupe qui interroge Jean-Marie Vanlerenberghe. « On est bien au sein du groupe » dit le sénateur, tout en demandant que la ligne pro Macron « soit bien respectée. Plus de la moitié est en soutien à la majorité. On l’a voté, on a fait une lettre, signée par 22 sénateurs du groupe sur 42 ». Moins magnanime, il ajoute : « Ça ne peut pas continuer comme ça. Que tout le monde se respecte, si on veut pouvoir cohabiter ensemble »… L’absence du Modem dans la délégation venue rencontrer Edouard Philippe est notamment mal passée.

Les radicaux de droite et de gauche essaient de former un groupe commun

La victoire d’Emmanuel Macron modifie en réalité l’équilibre du groupe Union centriste. Il pourrait même se diviser, annulant les possibles gains de siège. Le rapprochement en cours entre le Parti radical valoisien, membre de l’UDI, et les Radicaux de gauche, qui soutiennent aussi Emmanuel Macron, pourrait entraîner un départ du groupe, comme nous l’écrivions au début de l’été.

Le sénateur du groupe UC, Jean-Marc Gabouty, est à la manœuvre. « Rien n’est conclu », reconnaît-il, « mais il y a une logique politique avec la réunification du Parti radical et du PRG. Il serait souhaitable que les parlementaires travaillent ensemble dans le même groupe. D’où l’idée d’un groupe des radicaux ». Précision importante : il se ferait « autour du groupe RDSE (à majorité PRG, ndlr), car c’est le groupe historique du radicalisme, et avec des personnalités diverses, centriste ou LR qui veulent se rapprocher de la majorité présidentielle ». L’université d’été commune du PRG et du Parti radical, le week-end prochain à Montpellier, sera « un premier test grandeur nature ». Sur la quinzaine de candidats Parti radical valoisien aux sénatoriales, il espère en voir 5 élus. « Et la plupart sont prêts à suivre » pour le nouveau groupe. « Sur nos 11 élus, un seul est renouvelable, c’est Christian Namy», précise Jean-Marc Gabouty. Il a obtenu l’investiture LREM mais est prêt à rejoindre le groupe radical.

Quant au groupe des Constructifs, que cherche à monter la sénatrice LR Fabienne Keller, « ce n’est pas du tout concurrent », assure-t-il, tout en se disant prêt, en cas d’échec, à accueillir les sénateurs LR tentés par l’aventure.

« Les stratèges d’Emmanuel Macron l’ont compris : on arrive plus facilement à constituer une majorité en ayant plusieurs groupes »

Aux yeux du centriste, « l’idéal aurait été d’avoir un groupe de tous ceux plutôt favorables à la majorité, mais qui ne veulent pas adhérer au groupe LREM. Là, on pouvait constituer un groupe à 80 ou 90 sénateurs. J’avais fait cette proposition. Mais certains préfèrent des petits chez soi qu’un grand chez les autres » sourit le sénateur de la Haute-Vienne, « mais peut-être pour la suite. Les choses ne sont pas mûres ».

Pour l’heure, « les stratèges d’Emmanuel Macron l’ont compris : on arrive plus facilement à constituer une majorité, non pas par éparpillement, mais en ayant plusieurs groupes plutôt qu’un seul groupe LREM qui n’a aucune chance d’être majoritaire » explique Jean-Marc Gabouty.

La tectonique des plaques sénatoriales actuellement à l’œuvre va changer la physionomie de la Haute assemblée. Mais sans en bouleverser l’ordre. Un sénateur centriste imagine deux hypothèses : « L’une où le groupe UC et LR conservent une courte majorité et Gérard Larcher n’est absolument pas menacée. Une autre où personne n’aurait de majorité absolue. Dans ces conditions, Gérard Larcher pourra quand même compter sur des voix allant au-delà de sa majorité actuelle s’il a une personnalité un peu différente. Il faudra alors être un président consensuel ». Un certain tact sénatorial dont le sénateur des Yvelines sait faire preuve.

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