Séparatisme islamiste : les annonces du chef de l’État peinent à convaincre
À gauche comme à droite, les annonces d’Emmanuel Macron destinées « à lutter contre le séparatisme islamiste » déçoivent. Pire, selon l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, l’une des mesures annoncées date du quinquennat de François Hollande.

Séparatisme islamiste : les annonces du chef de l’État peinent à convaincre

À gauche comme à droite, les annonces d’Emmanuel Macron destinées « à lutter contre le séparatisme islamiste » déçoivent. Pire, selon l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, l’une des mesures annoncées date du quinquennat de François Hollande.
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« Y a-t-il un seul islamiste qui ce soir est inquiet des annonces d’Emmanuel Macron ? La réponse est non. ». Par ce tweet, le président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau a résumé son sentiment aux premières annonces du chef de l’État visant à mettre fin « au séparatisme islamiste » (voir notre article).

Mardi à Mulhouse, à l’issue d’une longue visite sur le terrain, Emmanuel Macron a égrainé les premières mesures destinées à mettre fin « aux ingérences » extérieures et aux « déstabilisations ».

Fin des imams détachés : « Enfin, une mesure qui rejoint les préconisations de notre rapport » 

La France va progressivement mettre fin à « l’islam consulaire » en cessant d'accueillir des « imams détachés » envoyés par d'autres pays, en augmentant parallèlement le nombre d'imams formés en France. « Enfin, une mesure qui rejoint les préconisations de notre rapport » note Nathalie Goulet, sénatrice centriste, et rapporteure de la mission d’information du Sénat « sur l’organisation, la place et le financement de l’islam en France et de ses lieux de culte ».

Afin d'éviter des prêches non conformes aux lois de la République, Emmanuel Macron a indiqué vouloir mettre fin aux accords passés avec trois pays, le Maroc, la Turquie et l'Algérie concernant l’envoi des « imams détachés ». « J’ai indiqué aux pays étrangers (…) que l'échéance c'est 2024 » a précisé Christophe Castaner, ce matin sur France Inter. « C’est trop tard. Il faut commencer tout de suite » estime, pour sa part, Nathalie Goulet évoquant l’approche du Ramadan (le 23 avril), durant lequel 300 « psalmodieurs », « sur qui nous n’avons aucun contrôle » sont reçus chaque année. « Ce chiffre sera baissé » a simplement précisé le ministre de l’Intérieur.

« En Algérie, vous avez des imams qui n’ont jamais vu un juif et qui ne connaissent pas la Shoah »

Avec le président de la mission d’information, André Reichardt et la co-rapporteure, Corinne Féret, Nathalie Goulet s’était rendue dans les écoles de formation d’Alger et Rabat. « Tout le problème c’est de remettre le texte dans le contexte. Tout ce qui concerne l’instruction civique est insuffisant pour construire la formation. En Algérie, vous avez des imams qui n’ont jamais vu un juif et qui ne connaissent pas la Shoah. Quand ils arrivent en France, c’est un vrai problème » explique la sénatrice centriste.

Pour Bruno Retailleau, le CFCM est « une excroissance de l’islam consulaire »

Emmanuel Macron a demandé au CFCM (conseil du culte musulman) « de formuler des propositions rapides et claires (d’ici fin mars) pour assurer l’exercice en France d’un islam dont toutes les pratiques doivent se conformer aux lois de la République ». Une proposition que rejette fermement le président du groupe LR du Sénat. Hier matin, quelques heures avant les annonces du chef de l’État, Bruno Retailleau rejetait « l’institutionnalisation de l’islam de France ». « Qui peut dire que le CFCM est une grande réussite ? » (…) Dans l’affaire Mila, on a bien vu le délégué général dire qu’elle l’avait bien cherché (…) C’est une excroissance de l’islam consulaire. Deux ans de présidence pour une fédération proche du Maroc, ensuite deux ans de présidence pour une fédération proche de l’Algérie puis enfin deux ans de présidence pour une fédération proche de la Turquie » a-t-il souligné.

« C’est le seul organe officiel considéré comme représentatif. Nous avons travaillé avec son ancien président Anouar Kbibech qui était très réceptif à nos propositions. Il faut revoir les fondamentaux du CFCM mais c’est aux musulmans de s’organiser. Et à partir du moment où on accepte une organisation comme le CRIF (conseil représentatif des institutions juives de France), je ne vois pas pourquoi nous ne ferions pas de même avec le CFCM » note Nathalie Goulet.

Éducation : Najat Vallaud-Belkacem dénonce « le mensonge » d’Emmanuel Macron

En ce qui concerne le volet Éducatif, mardi, le chef de l’État a indiqué la fin, d’ici la rentrée 2020, du dispositif ELCO (Enseignements langues et cultures d'origine) datant de 1977. Ce dispositif permet la dispense de cours facultatif en langue étrangère à partir du CM1 par des enseignants désignés par les gouvernements de 9 pays partenaires parmi lesquels l'Espagne, l'Italie, le Maroc, le Portugal, ou encore la Turquie. Le problème, c’est que nous avons de plus en plus d’enseignants qui ne parlent pas le français (…) Je vous le dis en responsabilité, je ne suis pas à l’aise avec le fait d’avoir dans l’école de la République, des femmes et des hommes qui peuvent enseigner sans que l’Éducation nationale ne puisse exercer le moindre contrôle » a-t-il reconnu. Afin de pouvoir assurer le contrôle de ces enseignements en langues étrangères, le dispositif ELCO sera remplacé par le système des enseignements internationaux en langues étrangères (EILE).

Sur Twitter, l’ancienne ministre socialiste de l’Éducation nationale, Najat Vallaud- Belkacem dénonce un « mensonge » du chef de l’État, et explique que cette réforme date de quatre ans. « La réforme lancée à partir de la rentrée 2016 (transformation des ELCO en EILE) avait vocation précisément à couvrir en 3 ans (2016-2017-2018) les 9 pays concernés. En commençant en 2016 par le Portugal et le Maroc puis en poursuivant avec les autres ».

Au sujet de la Turquie, qui refuse à ce stade la transformation des ELCO en EILE, l’ancienne ministre remarque que selon la réforme de 2016, la convention avec la Turquie devait tomber dès cette année. « Pourquoi le ministre actuel n’a-t-il pas réalisé cela ? » interroge-t-elle.

« Des solutions light »

Invité de Public Sénat, ce matin, le président du groupe PS du Sénat, Patrick Kanner a dénoncé « des solutions light » d’Emmanuel Macron. « Depuis longtemps on dit qu'il faut former les imams en France, pour qu'il y ait un islam de France. Depuis longtemps on dit qu'il ne faut pas être dépendant de l'étranger pour enseigner les langues d'origine maternelle pour les enfants qui ont cette filiation » (…) « La politique de la ville, elle est quoi, elle est où, elle est portée par qui ? » a-t-il interpellé, rappelant les conséquences de la fin des contrats aidés pour des associations, qui ont « fragilisé le tissu social ».

Enfin, en ce qui concerne le financement des lieux de culte, le chef de l’État a annoncé une prochaine loi pour mieux contrôler les financements étrangers des lieux de culte, pour garantir leur pleine transparence sur les origines et leur finalité ». « On ne part pas d’un no man’s land en la matière. Nous avons le Tracfin, les directives anti-blanchiment… Je n’ai rien contre les financements étrangers mais ce qui compte, c’est leur finalité et l’égalité devant la loi. Ce qui sera appliqué aux musulmans devra l’être aux autres religions » plaide Nathalie Goulet en faisant référence à l’influence russe dans la construction de la cathédrale de la Sainte-Trinité de Paris.

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