Séparatisme : les sénateurs seront vigilants sur le respect des libertés fondamentales
Alors que le contenu du projet de loi contre le séparatisme a été dévoilé, ce mercredi, les sénateurs, prudents, assurent qu’ils seront présents pour renforcer l’arsenal de lutte contre l’islamisme radical, en étant particulièrement vigilants quant au respect des libertés fondamentales.

Séparatisme : les sénateurs seront vigilants sur le respect des libertés fondamentales

Alors que le contenu du projet de loi contre le séparatisme a été dévoilé, ce mercredi, les sénateurs, prudents, assurent qu’ils seront présents pour renforcer l’arsenal de lutte contre l’islamisme radical, en étant particulièrement vigilants quant au respect des libertés fondamentales.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Après de longues semaines de débats, le gouvernement a finalement dévoilé, ce mercredi, son projet de loi pour lutter contre le séparatisme. Un texte composé de 57 articles, destiné à promouvoir l’ordre de la République contre les séparatismes pointés du doigt depuis des mois par Emmanuel Macron. Dans un entretien accordé au Figaro, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti affirment leur volonté, à travers ce texte, de « lutter contre ceux qui veulent rompre avec la République ». Le projet de loi, qui doit être présenté au mois de décembre, contient différents volets destinés à « renforcer les principes républicains » et a laissé de côté, dans son intitulé, le terme « séparatisme » jusqu’alors en usage.

Un revirement sémantique symbolique, alors que le débat sur le texte fracture les assemblées depuis le discours d’Emmanuel Macron aux Mureaux, le 2 octobre. Sur Franceinfo, ce mardi, le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, affirmait : « La vision que l’on présente de la France est une vision de repentance. On présente notre pays comme un anti-modèle. Comment combattre le séparatisme avec une telle vision des choses ? ». Les sénateurs socialistes, en revanche, voient d’un bon œil l’abandon du terme. « Le fait que le nom initial de ce texte ait été abandonné est plutôt une bonne chose », assure le porte-parole du groupe David Assouline. « Car notre principale crainte vis-à-vis de ce texte est qu’il soit instrumentalisé à d’autres fins, pour pointer du doigt une catégorie de la population. »

Une remise en cause de la loi de 1881 qui inquiète les sénateurs

Le projet, porté par les ministres de l’Intérieur et de la Justice, contient donc plusieurs mesures pour renforcer l’arsenal républicain. La possibilité, d’abord, de lutter de façon plus efficace contre les auteurs de violence et de harcèlement en ligne, qui divulgueraient de informations privées, en créant le délit de mise en danger de la vie d’autrui par la diffusion d’informations relatives à la vie privée, et permettant l’envoi de ces auteurs en comparution immédiate. « Après le fiasco de la loi Avia, j’attends de voir quel mécanisme nous proposera le gouvernement, d’autant plus que le texte n’évoque pas un sujet central sur la question : l’anonymat en ligne », commente, sceptique, le chef de file des sénateurs écologistes Guillaume Gontard. « C’est une bonne chose que le juge intervienne rapidement », soutient le sénateur centriste Loïc Hervé. « Cela va permettre de trouver un bon équilibre entre le respect des libertés fondamentales et la nécessité d’endiguer ces comportements de plus en plus fréquents. »

« Nous débattrons de ces dispositions de droit pénal, dont je voudrais m’assurer qu’elles sont réellement utiles pour combler des angles morts de notre dispositif répressif », complète le sénateur Les Républicains Philippe Bas « S’agissant de ce délit spécifique, il faut s’assurer qu’on ne pourra pas s’en servir contre la liberté de la presse. » Par ailleurs, Eric Dupond-Moretti l’a confirmé devant les sénateurs : un travail a bel et bien été engagé sur la révision de la loi de 1881 . Le but étant « de réguler […] les immixtions de ceux » qui diffusent « la haine en ligne », « qui ne sont pas journalistes et qui ne méritent pas d’être protégés par cette loi ». Une démarche qui inquiète les sénateurs. « Ce n’est pas le premier qui a cette intention, et nous ne le laisserons pas faire en douce, car la loi de 1881 sur la liberté et les responsabilités de la presse est justement en France un pilier de la liberté d’expression en général, de toutes et tous » soutient, sur son compte Twitter, David Assouline.

Vigilance sur les libertés

La liberté d’expression n’est d’ailleurs pas le seul principe fondamental que comptent défendre les sénateurs. Un certain nombre de mesures du projet de loi portent sur les associations, et visent à faciliter la dissolution, ou la suspension d’activités associatives qui ne respecteraient pas « le pacte républicain ». « Le texte prévoit d’autoriser les préfets à interdire des subventions associatives, c’est très problématique » réagit Guillaume Gontard. « Il ne faut pas que la lutte contre l’islamisme justifie une régression générale de la liberté associative. Nous serons très vigilants sur le sujet », avertit Philippe Bas. Car la nécessité de protéger les libertés fondamentales fait consensus au sein de la Haute chambre. « Nous aurons au Sénat une volonté de renforcer les moyens de la lutte contre le communautarisme et l’islamisme radical, mais nous veillerons à la faire dans la tradition sénatoriale du respect des libertés fondamentales », assure Philippe Bas. « Nous sommes cependant présents pour combattre l’islamisme politique », complète David Assouline. « Et le principal rempart reste la laïcité et l’égalité de traitement pour tous les citoyens. »

 

  

Partager cet article

Dans la même thématique

Séparatisme : les sénateurs seront vigilants sur le respect des libertés fondamentales
5min

Politique

Elections provinciales en Nouvelle-Calédonie : Naïma Moutchou propose l’entrée de 1 500 à 1800 personnes dans le corps électoral en tant que conjoints de natifs 

Alors que se tiendra le 28 juin, les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement s’appuie sur une proposition de loi du Sénat pour parvenir à un consensus sur l’élargissement du corps électoral aux natifs de l’Archipel. Mais l’exécutif compte aller plus loin en y intégrant également leurs conjoints. Auditionnée mercredi par la commission des lois du Sénat, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou s’est vu opposer une fin de recevoir par les élus. 

Le

Paris: Examens projets de loi Senat
8min

Politique

Gérald Darmanin recule sur le plaider-coupable : « Un mauvais service rendu aux victimes », dénonce la rapporteure du texte au Sénat

Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin a, largement, revu à la baisse la portée du dispositif de plaider-coupable, la réforme phare et controversée de son projet de loi sur la justice criminelle, adopté au Sénat le mois dernier. Face à la pression des avocats, le ministre propose désormais d’exclure du dispositif tous les crimes sexuels et l’ensemble des crimes passibles de la cour d’assises. « Certains se servent des victimes contre l’intérêt », dénonce Dominique Vérien, présidente de la délégation aux droits des femmes du Sénat et co-rapporteure du texte.

Le

Hearing of French billionaire and majority shareholder of the Canal+ media group Vincent Bollore at National Assembly
7min

Politique

L’offensive de Vincent Bolloré sur le septième art

À la veille de l’ouverture du Festival de Cannes, une tribune signée par près de 600 professionnels du cinéma dénonce l’extension de l’influence de Vincent Bolloré dans le septième art. L’entrée de Canal+ au capital d’UGC ravive les craintes autour de la concentration des médias et d’une possible emprise idéologique sur la création culturelle française.

Le