Le premier tour des municipales dimanche 15 mars a donné lieu, comme souvent à chaque élection, à quelques situations insolites. Entre les duels fratricides, les candidats quasi-centenaires et l’irruption de personnalités que l’on n’attendait pas dans la campagne, le scrutin n’a pas manqué de piment dans certaines communes. Petit florilège des informations les plus décalées repérées par Public Sénat :
Un second tour à sept candidats dans l’Hérault
En l’absence de candidats, 68 communes n’ont pas pu voter dimanche. Elles étaient 106 en 2020. Sans maire élu, ces villes devraient être placées sous la tutelle de la préfecture pour la gestion des affaires courantes. Inversement, dans de nombreuses municipalités, la multiplication des candidatures, conséquence de la fracturation politique au niveau national, risque de conduire à des triangulaires, quadrangulaires, quinquangulaires, voire plus.
Ainsi, à Saint-Jean-de-Védas dans l’Hérault, sept candidats ont franchi le seuil des 10 % au premier tour. Si aucune liste ne fusionne ou ne se désiste d’ici ce mardi 18 heures, date limite pour le dépôt des candidatures au second tour, les 13 300 habitants de la commune voteront dans le cadre d’une « septangulaire » dimanche prochain, une configuration totalement inédite.
Les villes de Castres, Mulhouse et Poitiers pourraient quant à elles connaître des sexangulaires. La dernière remonte à 2014, dans la commune de Taiarapu-Est Faaone à Tahiti.
Deux finalistes ex aequo
Dans trois villages au moins, Coulanges-la-Vineuse dans l’Yonne, Saint-Pierre-du-Mont dans le Calvados et Luc-la-Primaube dans l’Aveyron, les deux listes candidates au premier tour affichent une égalité parfaite, 50 %-50 %. Si cette situation vient à se reproduire au second tour, le code électoral prévoit d’accorder la victoire à la liste dont les membres affichent la moyenne d’âge la plus élevée.
À Soulaire-et-Bourg dans le Maine-et-Loire, Séverine Menet, la première adjointe, l’emporte dès le premier tour, à une voix près, face à Dominique Viannay, un ancien agriculteur. Problème : le nombre de bulletins comptabilisés ne correspond pas aux chiffres de la participation, rapporte Ouest-France… à une enveloppe près. Dans cette commune de 1 500 habitants, le recomptage pourrait bien virer au casse-tête.
Une affaire de famille
Ou quand le terrain électoral vire à l’affrontement familial. Lors de ces municipales, plusieurs fratries se sont opposées pour décrocher un fauteuil de maire. À Sainte-Gauburge-Sainte-Colombe, dans l’Orne, l’édile sortant Philippe Bigot, en place depuis 1995, conserve son siège avec 51,64 % des suffrages, malgré la concurrence de son frère aîné, Yves, qui a tout de même réuni 48,36 % des voix dans cette commune d’un millier d’habitants.
À Saint-André, sur l’île de La Réunion, les municipales aussi se sont transformées en affaire familiale. À la tête d’une liste soutenue par le RN, Laurent Virapoullé (21,71 %), et son frère Jean-Marie, qui conduit une liste divers droite (20,80 %), sont tous les deux qualifiés pour le second tour. Ces frères ennemis espèrent renverser le maire sortant divers gauche, Joé Bédier (30,02 %), qui a pris la suite de… leur père, Jean-Paul Virapoullé, en 2020. Pour le second tour, Laurent et Jean-Marie Virapoullé ont finalement réussi à mettre leurs différends de côté, puisqu’ils ont annoncé ce mardi avoir fusionné leurs listes.
Une maire de 21 ans, un autre de 94 ans
Elue au premier tour à seulement 21 ans – avec 85,89 % des suffrages dans le village de Saint-Béat-Lez en Haute-Garonne -, Charlotte Perefarres pourrait bien devenir la plus jeune maire de France. Jusqu’ici ce titre était détenu par Hugo Biolley, élu en 2020 à 18 ans maire de Vinzieux en Ardèche. Public Sénat lui avait consacré un reportage en novembre dernier, dans lequel le jeune homme nous expliquait comment il parvenait à jongler entre son mandat et ses études à Sciences-Po Grenoble » La vidéo est à retrouver ici. Lui aussi a été réélu dès le premier tour dimanche, il était le seul candidat de sa commune.
À l’autre bout du spectre, Guy Delattre, doyen des maires de France du haut de ses 94 printemps, a été réélu à Gorges, un village de 43 habitants dans la Somme. Il n’avait aucune liste face à lui. L’édile, élu pour la première fois en 1971, entame ainsi son dixième mandat ! Autre nonagénaire : Yves Bahu, 93 ans, réélu à Priez dans l’Aisne, sans aucune opposition. Cet ancien agriculteur, en poste depuis 1959, décroche ainsi son douzième mandat, raconte Le Parisien. Soit 67 ans passés à la tête de la commune.
Des personnalités de la chanson, de la télévision et du sport
Chaque élection municipale charrie son lot de candidatures inattendues, des personnalités que l’on ne voyait pas nécessairement entrer dans le sérail politique, chefs d’entreprise, anciens sportifs, figures du monde du spectacle ou du show-business, tentés par un engagement local. À Lyon, par exemple, c’est la candidature de Jean-Michel Aulas, emblématique patron de l’OL, qui a permis de rassembler LR, Renaissance, Horizons, MoDem et UDI.
À Montpellier l’humoriste Rémi Gaillard ne recueille que 8,26 % des voix, et échoue à se qualifier au second tour. Le Youtubeur n’en est pas à son coup d’essai : il avait récolté 9,59 % des suffrages en 2020, après avoir fait campagne autour du slogan « Yes we clown », parodiant le célèbre « Yes we can » de Barack Obama. Dans la même ville, Mohed Altrad, homme d’affaires et propriétaire du Montpellier Hérault Rugby Club, parvient à se maintenir au second tour, avec 11,31 % des suffrages.
La chanteuse Koxie, connue pour son tube « Garçon » sorti en 2007, a refait parler d’elle à l’occasion de ces municipales en prenant la tête de la liste Reconquête ! dans le 14e arrondissement de Paris. Elle finit troisième (7,78 %), loin derrière Carine Petit (42,20 %) et Maud Gatel (21,61 %). L’animateur Stéphane Bern, chantre de la France des châteaux, conserve haut la main son siège de conseiller municipal à Thiron-Gardais en Eure-et-Loir. La liste « Ensemble pour l’avenir » du premier adjoint Amadys Henocq-Castanier, sur laquelle il candidatait, n’avait pas de challengers.
À Antibes, la liste du LR Jean Leonetti est réélue dès le premier tour. Deux sportifs de haut niveau figurent parmi ses colistiers : le nageur olympique Alain Bernard et le gymnaste Samir Aït Saïd. À Biarritz, l’ancien joueur international de rugby à XV Serge Blanco est arrivé en tête du premier tour avec 26,68 % des voix.
Largement médiatisée, la candidature de Louis Sarkozy à Menton, fils de l’ancien président de la République, marquait aussi les débuts en politique du jeune homme. Soutenu par LR et Renaissance, il finit à la troisième place, avec 18,01 % des voix, derrière la candidate RN Alexandra Masson (36,25 %) et la divers droite Sandra Paire (19,74 %). Autre « fils de » à avoir tenté sa chance : Baptiste Wauquiez, 22 ans, fils de Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Il figurait sur la liste de Michel Chapuis, maire sortant du Puy-en-Velay, réélu dès le premier tour dimanche.