[Série] Le dernier été avant la présidentielle : 2016, un été dans le brouillard

[Série] Le dernier été avant la présidentielle : 2016, un été dans le brouillard

Public Sénat vous raconte l’été 2016, le dernier été qui a précédé l’élection présidentielle de 2017. Moins d’un an avant le scrutin, le flou domine encore sur les participants à l’élection. Les prétendants sont nombreux, les vainqueurs des primaires à droite comme à gauche encore loin d’être identifiés. Emmanuel Macron entame à peine sa campagne.
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La présidentielle 2017 a été marquée par un chamboule-tout inédit dans la Ve République au premier tour. Certains signaux sont perceptibles durant l’été 2016. Un sondage Harris Interractive rélève que plus de huit personnes interrogées sur dix ne veulent pas d’une candidature de Hollande et sept sur dix ne souhaitent pas celle de Sarkozy. Les sondés sont même 84 % à s’opposer à une réédition du second tour de la précédente présidentielle. Voici le cinquième épisode de notre série estivale sur les étés qui ont précédé les élections présidentielles.

Chez les Républicains, Nicolas Sarkozy a soif de revanche et rêve de faire oublier son échec de 2012. Un an et demi après avoir repris la tête de l’ex-UMP, l’ancien président de la République est convaincu d’avoir « remis l’opposition en ordre de marche ». La dernière grand-messe avant les départs en vacances se tient le 2 juillet, à la Maison de la Mutualité. À une très large majorité, le projet présidentiel du parti pour 2017, en gestation depuis un an, est adopté. Le programme, qui servira de base de travail au vainqueur de la primaire de novembre, traduit une vision libérale sur le plan économique, avec une baisse d’impôts, et une ligne autoritaire au niveau sécuritaire et identitaire. Nicolas Sarkozy a beau dire que le projet est collectif, le programme apparaît taillé sur mesure pour sa candidature, qui ne fait plus guère de doutes. Lors du congrès, la plupart des candidats à la primaire sont présents : François Fillon, Jean-François Copé, Alain Juppé et Nathalie Kosciusko-Morizet. Jean-François Copé et François Fillon sont critiques. Ils trouvent que le projet n’a pas suffisamment associé tout le monde. Alain Juppé passe en coup de vent. Bruno Le Maire brille par son absence.

Pas de dynamique après la candidature de Nicolas Sarkozy

À l’époque, les instituts de sondage anticipent un second tour de la primaire à droite entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy (la percée de François Fillon ne se produit qu’en novembre). À la veille de la pause estivale, Alain Juppé est toujours le candidat qui conserve le plus de chances de l’emporter à l’automne, mais l’écart se resserre. Selon l’institut Elabe, le maire de Bordeaux obtiendrait 39 % au premier tour (-2) et l’ex-chef de l’Etat 29 % (+6). Bruno Le Maire et François Fillon se disputent la troisième place. Au second tour, Alain Juppé l’emporterait avec 59 % contre 41 % pour Nicolas Sarkozy. Difficile pour les enquêtes d’opinion de prévoir qui se déplacera à la primaire ouverte de la droite et du centre.

L’ancien président de la République décide de frapper un grand coup le 22 août. Nicolas Sarkozy annonce sa candidature et quitte la présidence de son parti (un impératif pour se lancer). Dans son livre « Tout pour la France », il fait part de son engagement. « La France exige qu’on lui donne tout […] Face à tant de défiance à l’égard de la parole publique, je veux convaincre les Français que le débat de la campagne doit s’intégrer à part entière au mandat présidentiel ». Il dévoile une campagne en cinq axes : la vérité, l’identité, la compétitivité, l’autorité et la liberté. Son entrée en campagne ne se traduit pas par la dynamique qu’il espérait. Selon un sondage Viavoice réalisé pour Libération, fin août, 26 % des personnes interrogées jugent qu’il fera un bon président, une proportion stable par rapport à juillet. Alain Juppé est à 44 %, contre 26 % pour François Fillon et 22 % pour Bruno Le Maire.

Du côté du Front national, l’été est calme. Marine Le Pen se fait discrète dans les médias. Elle avait prévenu les journalistes dès janvier, au moment de ses vœux : « Vous me verrez peu cette année ». L’été 2016 est pour elle l’occasion de prendre le temps de réfléchir à son programme présidentiel et d’améliorer son image de présidentiable. La grande confusion du paysage politique, à droite comme à gauche, l’incite aussi à cette forme d’attentisme. Donnée qualifiée pour le second tour de façon continue par les enquêtes d’opinion, la candidate attend.

Huées à Bordeaux

L’été a en revanche un parfum de guerre de succession à gauche. Début juillet, les soutiens de François Hollande s’organisent déjà, mais ils ont du mal à fédérer et à faire revenir les déçus du quinquennat. « Hé oh la gauche », le mouvement de soutien à François Hollande fondé par Stéphane Le Foll, le porte-parole du gouvernement, se rassemble à Lille le 4 juillet. Initialement, le rendez-vous était programmé pour le 17 mai, mais il a été annulé à cause des manifestations contre la loi Travail. Officieusement, selon le Canard Enchaîné, il s’agissait d’éviter le fief de Martine Aubry, très critique à l’égard du gouvernement. Laquelle n’avait même pas été conviée. Cette fois, la maire de Lille est bien invitée, mais doit décliner à cause de problèmes de santé. Cependant beaucoup de ses proches brillent aussi par leur absence. Dans l’auditoire, le public est clairsemé, l’ambiance est loin d’être survoltée.

Les manifestations contre la loi travail continuent d’empoisonner le climat à gauche. A Bordeaux, le 29 juillet, le ministre Stéphane Le Foll subit les foudres de plusieurs mécontents du hollandisme, dans une salle « à peine remplie ». Après des insultes, des huées, des cris appelant au retrait de la loi Travail, le service d’ordre est obligé d’intervenir. Ambiance. La loi travail est définitivement adoptée le 21 juillet 2016, en plein milieu de l’été.

La « Belle alliance populaire » se lance sans les écologistes ni les Insoumis

Voilà pour la concorde à l’intérieur du PS. À l’échelle de la gauche, les efforts de rassemblement connaissent aussi quelques ratés. Le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis a lancé la « Belle alliance populaire » (BAP) au printemps, afin de recoller les morceaux d’une gauche fragmentée et de servir de « navire amiral » pour une candidature à la présidentielle. Le collectif compte l’Union des Démocrates et des Écologistes (François de Rugy), Écologistes ! (Emmanuelle Cosse) ou encore le Front Démocrate, Écologique et Social (Jean-Luc Bennahmias). Dès le début, cela tangue. Le Parti radical de gauche (PRG), peu emballé par la perspective d’être satellisé par le PS, décide de suspendre sa participation à la BAP le 29 juin. Le PRG « bombe le torse », pour obtenir un meilleur accord en vue des législatives, veut-on croire au sein de la direction du PS.

Le 2 juillet, « l’assemblée nationale » de la BAP décide à l’unanimité d’organiser une primaire en vue de la présidentielle. L’alliance ne pèse pas lourd. Les partis de gauche refusent. Europe Écologie-Les Verts décide de mettre fin à plus de vingt années d’alliances avec le Parti socialiste, à son congrès de juin. Le parti doit organiser le premier débat de sa propre primaire en septembre. Quant à la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, elle n’y retrouve pas son ADN.

Au cours du mois d’août, les candidats à la primaire de la gauche continuent d’affluer, du côté socialiste : la sénatrice de Paris Marie-Noëlle Lienemann, les ex-ministres Benoît Hamon (le 16 août) et Arnaud Montebourg (le 21 août). Sans compter les autres composantes de la Belle alliance populaire, et plus tard, Manuel Valls qui se lancera en décembre, après le renoncement de François Hollande. Début juillet, Ipsos donne Arnaud Montebourg gagnant dans un second tour face à Manuel Valls ou François Hollande. Benoît Hamon, autour de 15 %, n’est pas en position de se qualifier à ce moment-là.

Le 17 août, sort le livre Conversations privées avec le Président, corédigé par deux journalistes politiques. François Hollande entretient toujours le flou sur son éventuelle candidature à la présidentielle. Il glisse cependant cette petite confidence : « Je pense que s’il ne lui arrive rien, c’est Nicolas Sarkozy que j’affronterai ». Au JDD, Jean-Christophe Cambadélis y voit un signe. « Je crois qu’il se prépare à toutes les éventualités mais que la balance penche vers sa candidature. Il doit penser qu’on l’a enterré un peu trop vite. » Dans le même ouvrage, François Hollande fait également l’aveu qu’il a échoué à inverser la courbe du chômage, promesse qu’il avait formulée dès 2012. « J’ai eu tort ! Je n’ai pas eu de bol ! » Le rejet dans l’opinion est massif. Selon un sondage Ifop pour Atlantico, François Hollande est la personnalité que les Français souhaitent le moins voir élue en 2017 (73 %).

Le 12 juillet, Emmanuel Macron, encore ministre, veut porter En Marche « jusqu’à la victoire »

Un autre ministre avance aussi de plus en plus vers une candidature à l’élection présidentielle : Emmanuel Macron. Trois mois après le lancement de son mouvement « En Marche ! », censé préparer une offre politique nouvelle, le ministre de l’Economie passe à la vitesse supérieure le 12 juillet, lors d’un meeting remarqué à La Mutualité, avec une scénographie digne d’une campagne présidentielle. Il n’a même pas besoin d’attendre le Conseil des ministres du lendemain pour se faire remonter les bretelles. « Il est temps que tout cela s’arrête », s’agace le Premier ministre Manuel Valls, interrogé à la volée juste avant les Questions au gouvernement du Sénat. Face à 3 000 partisans ou curieux, Emmanuel Macron ménage François Hollande, mais n’épargne pas ses critiques vis-à-vis du bilan du gouvernement, et singulièrement de Manuel Valls, lorsqu’il évoque le recours au 49.3 sur deux projets de loi ou encore les positions de l’ancien maire d’Evry sur la laïcité. Le discours-fleuve s’étend sur 80 minutes, ponctuées de « Macron président ». Son mouvement « ni de droite ni de gauche » revendique 50 000 adhérents. « Ce mouvement, personne ne l’arrêtera. Nous le porterons ensemble jusqu’en 2017 et jusqu’à la victoire », veut croire Emmanuel Macron. Lors de la traditionnelle interview du 14 juillet, François Hollande n’a pas d’autre choix que de recadrer son ministre de l’Economie. « L’esprit d’équipe, c’est de défendre le bilan, c’est une règle qu’il doit respecter. Et dans un gouvernement, il n’y a pas de démarche personnelle ».

Le 30 août, Emmanuel Macron finit par quitter le gouvernement, pour se consacrer à son mouvement En Marche, accentuant un peu plus les indices d’une ambition présidentielle. « Je souhaite entamer une nouvelle étape de mon combat et construire un projet qui serve uniquement l’intérêt général », explique le ministre démissionnaire, dans son discours à Bercy. Après deux ans d’action, au service de François Hollande, il estime avoir « touché du doigt les limites de notre système politique ». S’il claque la porte pour une aventure personnelle, l’énarque de 39 ans n’annonce pas pour autant sa candidature (il attendra le 16 novembre). Tout juste y fait-il une petite allusion, qui ne laisse personne dupe. « Dans notre Ve République, le seul moment où les débats nécessaires pour décider de ces transformations, ce sont les campagnes présidentielles. » Mi-septembre, l’ancien ministre évolue autour de 15 % d’intentions de votes dans les sondages, trop bas pour être au second tour.

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