[Série] Présidentielle 2022 : Et si c’était… Anne Hidalgo ?
Cette semaine publicsenat.fr vous propose un peu de politique-fiction, en imaginant un scénario qui amènerait un candidat déclaré ou non à l’Elysée au printemps prochain. L’ancien patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, nous décrit l’ascension vers l’Elysée d’Anne Hidalgo. « La candidate que personne n’attaque car personne n’y croit »

[Série] Présidentielle 2022 : Et si c’était… Anne Hidalgo ?

Cette semaine publicsenat.fr vous propose un peu de politique-fiction, en imaginant un scénario qui amènerait un candidat déclaré ou non à l’Elysée au printemps prochain. L’ancien patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, nous décrit l’ascension vers l’Elysée d’Anne Hidalgo. « La candidate que personne n’attaque car personne n’y croit »
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« Ce n’est pas un scénario que vous voulez, c’est une analyse politique ». Attablé au café de l’Esplanade dans le 7ème arrondissement de Paris, où il a ses habitudes, Jean-Christophe Cambadélis ne rechigne évidemment pas à imaginer le retour des socialistes au pouvoir. Il juge même cette hypothèse crédible.

D’autant que, d’après lui, les rapports de force ont changé entre les écologistes et les socialistes. Le PS sort renforcé après les régionales, et son Premier secrétaire, Olivier Faure, n’envisage plus une candidature commune avec les écologistes. « Donc il faudra bien désigner un candidat socialiste ». Déjà poussée par de nombreux élus socialistes, Anne Hidalgo fait un pas de plus vers la candidature à la mi-septembre, à l’occasion de la sortie de son livre « Une femme française » « et prend définitivement sa décision en octobre, voir mi-novembre », projette Jean-Christophe Cambadélis. Déterminée à se lancer dans la course à la Présidentielle, aucun adversaire n’ose lui disputer l’investiture, tuant dans l’œuf l’hypothèse d’une primaire. Le PS tient sa candidate naturelle.

Et les écologistes dans tout ça ? Ils se divisent. « Après un affrontement très sévère à la primaire », les perdants Yannick Jadot, Éric Piolle et Delphine Batho ne veulent pas respecter la victoire de Sandrine Rousseau, « écologiste authentique mais radicale ».

« Tout un coup, la presse titre : Et pourquoi pas elle ? »

Arrive alors très tôt dans la pré-campagne présidentielle, une amorce d’union de « la gauche responsable et réaliste » sous la forme « d’un déjeuner fortement médiatisé qui fera la une de Paris Match ». Imaginez la scène, Yannick Jadot et Anne Hidalgo attablés à la terrasse de l’Esplanade en couverture des magazines.

Et pourtant, la maire de Paris démarre mollement dans les sondages, mais pas de quoi inquiéter l’ancien député. « L’histoire amusante est celle-là. C’est celle de Macron qui commence à 7 % fin 2016. 5 ans plus tard, le paysage politique est toujours bouché par la multiplicité des candidatures. L’électorat de gauche cherchera l’efficacité et l’utilité pour ne pas disparaître. On commence à 7 %. En décembre, on franchit la barre des 10 %. En janvier, on s’approche des 13 ou 14 % et tout un coup la presse titre : Et pourquoi pas elle ? ». Arnaud Montebourg qui ne cache pas ses ambitions pour 2022 pourrait apporter à Anne Hidalgo « la dimension souverainiste ». « Mécaniquement, si elle y va, elle rassemblera la gauche réaliste ».

L’enthousiasme de Jean-Christophe Cambadélis va croissant car, professe-t-il, Emmanuel Macron sera concurrencé sur sa droite par une multitude de candidatures : Éric Zemmour, Marine Le Pen, Xavier Bertrand, et même une candidature dissidente de Bruno Retailleau. De l’autre côté de l’échiquier, il voit à gauche « apparaître une candidature crédible ». Et quant à Jean-Luc Mélenchon, « il reste scotché à 7 % parce qu’il n’apparaît plus comme celui qui peut rassembler la gauche. Il est contesté à la fois par le Parti communiste, qui lui prend 2 %, et à la fois par l’extrême gauche qui lui reproche son parlementarisme ».

Axe de campagne : big bang écolo numérique

La candidate Hidalgo peut-elle échapper à un positionnement clair sur les thématiques régaliennes, à l’instar d’Emmanuel Macron en 2017 ? « Si une partie des Français a un problème avec l’immigration, voire l’islam, ils sont aussi percutés par la question sociale. La croissance va être inégale. La pression des Français sur la question des salaires va être de plus en plus forte », analyse l’ex-patron du PS.

On tique un peu. En matière sociale, le dernier quinquennat socialiste, celui de François Hollande n’a-t-il pas été celui de la loi travail ? Jean-Christophe Cambadélis amorce un début de mea culpa. « Nous avons changé d’époque. Entre-temps, il y a eu une crise économique majeure. Il est facile maintenant de dire que les recettes du libéralisme ne fonctionnent pas. Peut-être avons-nous eu tort de céder aux sirènes de la politique de l’offre. Mais il fallait bien recapitaliser la France après ce que nous avait laissé Nicolas Sarkozy ». Vendable auprès des électeurs ? Jean-Christophe Cambadélis en est convaincu.

D’autant plus qu’Anne Hidalgo aura un avantage. Pour filer encore une fois la comparaison avec Emmanuel Macron en 2017, l’ex-député souligne : « Au départ personne ne l’attaquera car personne n’y croira. Donc comme on n’y croit pas, ça ne coûte rien de soutenir. Exactement comme Xavier Bertrand en ce moment et exactement comme Hollande en 2012 » observe-t-il.

Anne Hidalgo reviendra évidemment sur la suppression de l’impôt sur la fortune, étendra le RSA en dessous du seuil de 25 ans et se démarquera avec des propositions en matière de protection de l’enfance. Plus délicat, les propositions en matière de préservation de l’environnement devront trouver un difficile chemin entre d’un côté la décroissance et de l’autre le ripolinage de mesures existantes. Le nucléaire ? « Je ne sais pas ce qu’elle dira mais moi je sais ce que je dirais. Il faut maintenir le nucléaire et trouver un mix énergétique car il n’y a pas une seule énergie propre. Il faut un big bang écolo numérique qui ne soit ni la décroissance, ni la financiarisation de la France », avance celui qui vient de publier un projet présidentiel à destination du futur ou de la future candidate PS, intitulé « une gauche responsable pour une République impartiale ».

On cherche un slogan pour Anne Hidalgo. « On ne va pas mettre la République verte parce qu’on va dire que c’est l’islam, ce qui est dingue quand on y pense. Ça peut être la France en commun », finit-il par trouver.

Retour du clivage gauche/droite au second tour

Dans ce scénario idéal, « les deux champions » que sont, Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont éliminés dès le premier tour. Les Français retrouvent le goût de l’ancien monde. Entre les deux tours, le candidat de la droite, « disons Xavier Bertrand, se droitise pour récupérer les voix de Marine Le Pen, mais comme il doit aussi récupérer les voix du Président sortant, il est dans une contradiction qui permet à la candidate socialiste de l’emporter contre toute attente ».

Au soir du second tour, Anne Hidalgo fête sa victoire sur l’esplanade de Notre-Dame. « Devant cette cathédrale, qu’à l’image de la France, nous allons reconstruire », se prend à rêver Jean-Christophe Cambadélis.

Mais on ne sait plus très bien de qui il parle, car, lors de cet entretien, il nous prévient à plusieurs reprises. « Si elle n’y va pas, j’y vais ! ». A la primaire, bien sûr.

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