Sidérurgie : les sénateurs plaident pour la création d’un ministère de l’Industrie
La mission d’information sur la sidérurgie, lancée par le groupe centriste du Sénat, a présenté son rapport ce mercredi. Ils plaident pour la création d’un ministère de l’Industrie fort et pour un soutien financier et politique accru de la part de la France et de l’UE.

Sidérurgie : les sénateurs plaident pour la création d’un ministère de l’Industrie

La mission d’information sur la sidérurgie, lancée par le groupe centriste du Sénat, a présenté son rapport ce mercredi. Ils plaident pour la création d’un ministère de l’Industrie fort et pour un soutien financier et politique accru de la part de la France et de l’UE.
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Par Héléna Berkaoui

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La fermeture des hauts-fourneaux de Florange avait hanté le quinquennat de François Hollande. Ce n’est évidemment pas le seul président à avoir fait face aux fermetures de sites dans ce secteur. L’emploi salarié dans la sidérurgie a chuté de 21% entre 2008 et 2017, selon l’Insee. Les cris d’alarme sur le déclin de la sidérurgie remontent à plusieurs décennies (lire notre article).

« La France a des sites sidérurgiques modernes et performants »

Il n’est pas question de se résigner à cet état fait pour les sénateurs qui ont présenté leur rapport sur la sidérurgie, ce mercredi au Sénat. La mission d’information « Enjeux de la filière sidérurgie dans la France du XXIsiècle : opportunité de croissance et de développement » pilotée par les sénateurs Franck Menonville (Les indépendants) et Valérie Létard (UC) promet de beaux jours à la sidérurgie si tant est que l’on veuille s’en donner les moyens. Parmi leurs trente propositions, ils préconisent la création d’un ministère de l’Industrie de plein exercice et l’appui renforcé de la France et de l’Union européenne.

« La France a de nombreux atouts, elle a des sites sidérurgiques absolument modernes, performants, elle a aussi des sites de recherches et de développement, mais aujourd’hui il y a des freins à cette dynamique », déplore Franck Menonville. Dans leur rapport, les sénateurs rappellent que le secteur fait face à une concurrence féroce, « la Chine produit désormais plus de la moitié de l’acier mondial, contre 15 % en 2020 ». Et les tentatives de régulation du marché sont bien souvent contournées. Si « l’Union européenne a imposé 25 nouvelles mesures antidumping contre les importations d’acier entre 2014 et 2019 », ce rapport nous informe que « les pays visés par ces mesures n’hésitent pas à ouvrir des usines subventionnées dans des pays tiers, comme l’Indonésie, pour échapper au paiement des droits de douane ».

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Capture rapport Sénat

« La clef de voûte du rapport est la nécessité de créer un ministère de l’Industrie »

« On a besoin d’une production en Europe, on a besoin d’une production en France, d’acier compétitif, de qualité, et pour cela il va falloir mobiliser l’État français pour accompagner nos industriels, pour défendre un certain nombre de points de vue auprès de l’Union européenne », plaide la rapporteure de la mission d’information, Valérie Létard. « Filière industrielle stratégique pour notre pays », la sidérurgie pourrait même être un atout dans la transition écologique. Les sénateurs préconisent de « concilier la compétitivité de la sidérurgie européenne et la réduction des émissions de gaz à effet de serre, grâce à la mise en place d’une « taxe carbone » aux frontières de l’Union européenne ». La mission d’information propose en outre de conserver le mode de calcul actuel de la compensation carbone qui pourrait être modifié par la Commission européenne en 2021. En 2017, 25 millions d’euros de « compensation carbone » ont été versés aux entreprises sidérurgiques.

« Aucun pays au monde ne peut être une puissance, politiquement, si nous n’avons pas un pouvoir économique et productif important en matière d’industrie »

Pour Franck Menonville, « la clef de voûte du rapport est la nécessité de créer un ministère de l’Industrie de plein exercice, une administration puissante qui pourrait lui être dédiée et qui puisse s’inscrire dans le temps ». Cela permettrait à l’État de sortir de sa position de « pompier » face aux situations de crises industrielles. « Aucun pays au monde ne peut être une puissance, politiquement, si nous n’avons pas un pouvoir économique et productif important en matière d’industrie », insiste le sénateur.    

 « Nous sommes à la croisée des chemins », prévient Valérie Létard qui regrette, elle aussi, que l’État n’intervienne que lorsque « les dégâts industriels sont là ». Les deux sénateurs en sont convaincus, la création d’un ministre de l’Industrie permettrait à l’État de s’inscrire dans une stratégie de long terme au service du tissu industriel français. Aujourd’hui, les sites de sidérurgie emploient 38 000 personnes, 5 600 personnes devraient être recrutées d’ici 2025, et pourtant l’État ne consacre que 600 000 euros pour la formation dans ce domaine.  

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