Simone Veil, une centriste incommode
Centriste incommode, européenne convaincue et "féministe" sur le tard, Simone Veil, décédée vendredi à l'âge de 89 ans,...

Simone Veil, une centriste incommode

Centriste incommode, européenne convaincue et "féministe" sur le tard, Simone Veil, décédée vendredi à l'âge de 89 ans,...
Public Sénat

Par Claude CASTERAN

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Centriste incommode, européenne convaincue et "féministe" sur le tard, Simone Veil, décédée vendredi à l'âge de 89 ans, appartenait au camp de la droite mais pouvait défendre des idées de gauche, notamment dans le champ sociétal.

"Au fond, tout au long de ma vie, j'ai eu la chance de pouvoir m'investir à ouvrir des brèches dans le conformisme ambiant", notait cette fille d'un père conservateur, épouse d'un grand patron, grande bourgeoise, mère de trois enfants, plusieurs fois ministre dans des gouvernements de droite.

Aussi peu à l'aise avec la droite moraliste qu'avec la gauche sectaire, Simone Veil, qui préférait Pompidou à de Gaulle, Chaban-Delmas à Giscard d'Estaing, Rocard à Mitterrand et Sarkozy à Chirac, méprisait en fait la politique politicienne.

L'ancienne membre du Conseil constitutionnel, connue pour son caractère de fer, n'avait "pas envie de faire des concessions. Même à des électeurs". "La politique me passionne mais, dès qu'elle devient politicienne, elle cesse de m'intéresser", ajoutait-elle.

Si elle était fière "d'avoir fait passer des textes qui l'intéressaient beaucoup et auxquels elle a donné le maximum de sens", elle relevait que son plus grand souvenir en politique fut, "émotionnellement, la chute du mur de Berlin".

- Pour une Europe "avec le plus de pouvoirs possibles" -

La réforme, Simone Veil a voulu aussi la conduire au niveau européen. "J'ai toujours milité pour une Europe avec le plus de pouvoirs possibles car c'est la meilleure façon de vivre ensemble en paix", soulignait celle qui fut en 1979 présidente du Parlement de Strasbourg.

Sur l'échiquier politique national, cette piètre oratrice se situait "sans ambiguïté" au centre. "J'ai toujours été présente dans le rassemblement centriste", expliquait-elle en soulignant son refus total, "à quelque prix que ce soit", d'une alliance avec le Front national.

Mais elle n'hésitait pas à défendre des positions de gauche, notamment sur l'immigration, la natalité ou l'homosexualité. "'Que diriez-vous si votre fils vivait avec un homme?" lui avait-on demandé un jour. "Je l'invite à dîner", avait-elle répondu.

Pourtant, elle avait brièvement salué en janvier 2013 les manifestants anti-mariage pour tous qui défilaient près de son domicile, s'abstenant de tout commentaire sur cette initiative.

Son fait d'armes, en tant que ministre, fut bien sûr l'adoption en 1975 de la loi sur l'Interruption volontaire de grossesse, avec l'aide de Jacques Chirac et de la gauche. A la suite de ce combat passionné, elle devint une icône pour beaucoup de femmes, allant jusqu'à se qualifier plus tard de "féministe".

Elle sera en pointe dans le débat pour une représentation accrue des femmes en politique et tentera toujours d'injecter de la fibre sociale, selon ses fonctions du moment.

En 1993, Simone Veil avait été la première des ministres centristes à prendre publiquement le parti d'Edouard Balladur dans la course à l'Elysée. Entre les deux tours, en 1995, elle avait soutenu Jacques Chirac tout en se situant "légèrement ailleurs".

Elle avait ensuite adhéré à l'UDF pour la quitter deux ans plus tard (1997), poussée dehors par François Bayrou avec lequel elle entretenait des relations exécrables.

Après 1997, elle n'avait plus fréquenté aucune formation politique. "Je ne m'en suis pas plus mal portée, je n'ai jamais eu le désir de faire carrière", a-t-elle écrit dans son autobiographie "Une vie". Ce qui ne l'empêchait pas, quand elle le jugeait nécessaire, d'intervenir dans le débat public.

En 2005, elle avait rendu hommage à M. Chirac d'avoir admis la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d'Hiv.

Et à la présidentielle de 2007, elle avait soutenu Nicolas Sarkozy sans hésiter, encore, à critiquer certaines idées du chef de l'état, comme la création d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale.

Partager cet article

Dans la même thématique

Simone Veil, une centriste incommode
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le

Simone Veil, une centriste incommode
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le