Stations de ski : à l’Elysée, les sénateurs de montagne veulent obtenir un « plan Marshall »
Invitée de la matinale de Public Sénat « Bonjour chez vous », la sénatrice des Alpes-Maritimes, Dominique Estrosi Sassone, a indiqué qu’une délégation de sénateurs « de tous les massifs de montagnes » serait reçue mardi soir à l’Elysée par un conseiller d’Emmanuel Macron pour évoquer le sort des remontées mécaniques toujours fermées.

Stations de ski : à l’Elysée, les sénateurs de montagne veulent obtenir un « plan Marshall »

Invitée de la matinale de Public Sénat « Bonjour chez vous », la sénatrice des Alpes-Maritimes, Dominique Estrosi Sassone, a indiqué qu’une délégation de sénateurs « de tous les massifs de montagnes » serait reçue mardi soir à l’Elysée par un conseiller d’Emmanuel Macron pour évoquer le sort des remontées mécaniques toujours fermées.
Public Sénat

Par Pierre Maurer

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La neige est là, en abondance. Les skieurs, eux, sont cantonnés au ski de fond ou aux descentes improvisées sur la butte de Montmartre. Les remontées mécaniques seront-elles ouvertes pour les vacances de février ? Rien n’est moins sûr. Selon le Monde, l’exécutif est enclin à prolonger l’interdiction en raison de la situation sanitaire. Initialement, le gouvernement avait coché la date du 20 janvier, soit demain mercredi, comme rendez-vous « de point d’étape ».

Ce mardi soir, une délégation de sénateurs de « tous les massifs de montagnes » sera reçue à l’Elysée par un conseiller du chef de l’Etat, Emmanuel Macron. Invitée de la matinale de Public Sénat « Bonjour chez vous », la sénatrice des Alpes-Maritimes Dominique Estrosi Sassone (Les Républicains) en fera partie. « Vivre sans espoir, c’est cesser de vivre. Mais, je suis malheureusement pessimiste pour nos stations de skis », n’a-t-elle pas caché.

Dominique Estrosi-Sassone : " Nous allons être reçus par le conseiller d'Emmanuel Macron"
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Avec ses collègues Cédric Vial (LR) et Loïc Hervé (UC), la sénatrice avait « écrit avant les vacances de Noël au président de la République » pour lui demander un rendez-vous. « Nous avons reçu une réponse nous proposant de rencontrer un conseiller d’Emmanuel Macron. C’est ce que nous allons faire ce soir à l’Elysée avec une délégation de sénateurs », a-t-elle indiqué. Objectif : de nouveau « plaider la cause des stations de sports d’hiver afin qu’elles ne fassent pas une saison blanche ». Mais le contexte ne pousse pas à l’optimisme. « Fort est à penser qu’avec cette troisième vague qui s’annonce et des taux de contamination qui continuent à être élevés, nous n’obtiendrons pas satisfaction », a-t-elle regretté. Les sénateurs discuteront notamment de « la mise en place d’un véritable Plan Marshall pour la montagne », selon le sénateur de Savoie Cédric Vial (LR).

« On veut faire remonter les infos du terrain au président de la République », espère Cyril Pellevat, sénateur de la Haute-Savoie. « Il est important de faire valoir que les syndicats, les professionnels et les élus, ont tous travaillé pour faire des propositions afin de rassurer les pouvoirs publics sur le fait que les remontées mécaniques ne sont pas des lieux de propagation », ajoute-t-il. Mais les chiffres des contaminations le résignent : « Quand on voit que la France est à 20 000 cas par jour alors que le gouvernement en espérait 5000… Mais il y a un volet où on a un peu d’espoir, c’est la façon dont est gérée la situation des stations dans certains pays étrangers ». « J’appréhende énormément une décision négative », confie Martine Berthet, sénatrice LR de la Savoie. Elle ne se fait guère d’illusions. « Avant Noël, les acteurs de la montagne avaient des négociations en cours sur un protocole sanitaire, ils avaient le sentiment qu’il serait accepté. Je trouvais que ce protocole était suffisant quant à la prévention de risques de cluster. Il y avait presque un accord entre les acteurs et le cabinet du Premier ministre. Et puis finalement, c’est le président de République qui a tranché sur la fermeture… », regrette-t-elle. Le centriste Loïc Hervé fustige, lui, une « vision parisienne et autocentrée » des sports d’hiver. « Nous, c’est notre industrie ! Il faut juste changer un peu de paradigmes et bien se rendre compte que chez nous c’est vital. Donc rendez-nous la montagne ! Notre montagne ! », presse-t-il le gouvernement.

« On est en train de perdre tout ce qui a été fait sur les 50 dernières années ! »

« Sur le plan de l’économie de la montagne, ce serait vraiment catastrophique de rester fermés. Tous les acteurs de la montagne s’accrochent à cet espoir de l’ouverture en février qui est la plus grosse période économique », poursuit Martine Berthet. La Savoyarde redoute également des conséquences « terribles » au niveau « psychologique ». Cyril Pellevat abonde : « Le chiffre d’affaires, c’est entre 20 et 30 % à Noël et 30 à 40 % en février. Si on ferme en février, il ne sert à rien d’ouvrir les remontées mécaniques plus tard. Si on ne fait que le mois de mars et quinze jours en avril, ça ne marche pas. À ce moment-là, il vaut mieux que le gouvernement annonce une saison blanche. » Le sénateur note bien que certaines stations arrivent à tirer leur épingle du jeu « avec les domaines de ski nordique » et les autres activités mais « les stations de villages sont à moins 30 ou 40 % en fréquentation, pour d’autres c’est même moins 65 % ».

Devant l’ampleur des enjeux, les appels à la réouverture se sont multipliés ces derniers jours. Dimanche, Henri Giscard d'Estaing, le PDG du Club Med, appelait dans le Journal du Dimanche à « sauver la montagne ». Lundi, le nouveau Collectif des entreprises de montagne, qui dit représenter 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 200 000 emplois directs, a demandé à rouvrir les remontées pour le 30 janvier et à augmenter les aides « pour assurer la survie de l’écosystème montagne » et « limiter l’impact social ». La non-réouverture aurait des conséquences de long terme, préviennent les professionnels : arrêt des investissements, départ de grands hébergeurs, chute du revenu des collectivités, casse des fournisseurs… et disparition de nombreux emplois. « Cela va coûter aux commerçants indépendants, aux collectivités, et tous les efforts mis en œuvre sur ces dix dernières années pour qu’on ait le moins possible de lits froids, vont être totalement anéantis », prévient Martine Berthet.

À l’avenir, les sénateurs redoutent particulièrement que la clientèle étrangère implantée en France depuis de longues années s’évanouisse dans les pays européens. « Tous ceux qui vont découvrir la Suisse, l’Autriche auront envie d’y retourner », s’inquiète Martine Berthet. Elle s’alarme : « On est en train de perdre tout ce qui a été fait sur les 50 dernières années ! »

Des manques dans le dispositif d’aides gouvernementales

Pour soutenir les professionnels du secteur, le gouvernement a renforcé les aides financières versées, notamment via un fonds d’aides et grâce au dispositif de chômage partiel. Mais il reste des trous dans la raquette selon les élus. « Certains indépendants n’ont toujours pas suffisamment pour survivre. Les charges fixes sont très importantes, pour certains les 10 000 euros du fonds de solidarité ne sont pas suffisants », souligne Martine Berthet. Elle plaide pour une « prise en charge de 70 % des charges fixes pour l’année » et souhaiterait revenir « sur la charge fiscale des bailleurs ».

« On a justement une rencontre avec Bercy la semaine prochaine en ce qui concerne les résidences de vacances et autres qui ne sont pas fermées mais qui ne bénéficient pas des aides », annonce Cyril Pellevat. Il ajoute : « On a le cas de certaines pharmacies aussi qui ne font pas de chiffre d’affaires, des grossistes. Il y a encore un certain nombre d’acteurs qui ne sont pas dans ce dispositif ».

Quand le groupe d’études « Développement économique de la montagne » sera réinstallé au Sénat, Cyril Pellevat souhaite « mener une série d’auditions afin d’identifier les carences du dispositif ». Sur le volet du gel des assurances, le sénateur regrette que « certaines compagnies ne gèlent pas leurs cotisations et pratiquent des hausses de 20 à 30 % de leurs tarifs ». « J’attends des compagnies d’assurances qu’elles jouent le jeu », réclame-t-il.

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