SNCF: Edouard Philippe « a été élevé au lait paternel de Juppé » pour Bernard Thibault
Les mouvements de grèves passent, les revendications restent. Entre le mouvement de contestation générale qui secoue la France en novembre 1995 et la grève des cheminots contre les projets de réforme de la SNCF en avril 2018, plus de vingt années se sont écoulées. Pour autant certaines analogies ou différences sont à remarquer. Alors y a-t-il une continuation des luttes dans le temps ou au contraire des phases de rupture ?

SNCF: Edouard Philippe « a été élevé au lait paternel de Juppé » pour Bernard Thibault

Les mouvements de grèves passent, les revendications restent. Entre le mouvement de contestation générale qui secoue la France en novembre 1995 et la grève des cheminots contre les projets de réforme de la SNCF en avril 2018, plus de vingt années se sont écoulées. Pour autant certaines analogies ou différences sont à remarquer. Alors y a-t-il une continuation des luttes dans le temps ou au contraire des phases de rupture ?
Public Sénat

Par Adrien BAGET

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Alors que les cheminots poursuivent un vaste mouvement de grèves pour protester contre la réforme de la SNCF voulue par le président Emmanuel Macron, les évènements de novembre 1995 sont dans toutes les mémoires. Ce grand mouvement de contestation nationale des cheminots envers le plan du gouvernement Juppé sur la réforme des retraites et de la sécurité sociale, est-il comparable à la lutte que mènent les cheminots à l’heure actuelle ? Lorsque le président Emmanuel Macron dit qu’il ira jusqu’au bout de sa réforme, faut-il y voir une similitude avec les propos tenus par le premier ministre Alain Juppé. Pour Bernard Thibault, syndicaliste et ancien secrétaire général à la CGT de 1999 à 2013 et qui a participé aux négociations en 1995 avec gouvernement Juppé, il y a en effet des similitudes à relever sur les réactions du pouvoir,  « Est-ce parce que le premier ministre a été élevé au "lait paternel" de Mr Juppé ? Mais on retrouve des similitudes dans la posture - NDDL : Entre Edouard Philippe, et Alain Juppé- : nous avons décidé, je suis droit dans mes bottes et nous irons jusqu'au bout (...) ». En revanche dans sa forme la grève perlée de 2018 est une forme nouvelle de mobilisation pour Danielle Tartakowsky, professeure d’histoire contemporaine à Paris 8, « on parle à tort de grèves perlées car cela renvoie à quelque chose de totalement différents (…) on est dans des préavis de grève sur une durée limitée, sous cette forme c’est une première ».

greve_juppe_2_1995.jpg

Ne pas chercher à reproduire, ni décembre 1995, ni Mai 1968

Dès mai 1968 la grève générale touche tous les secteurs de la société française avec 7 millions de grévistes. Le mouvement ouvrier entré tard dans le mouvement a pris le pas sur la révolte étudiante et la France est vite paralysée. Alors peut-on parler de continuité entre les évènements actuels et l’héritage porté par les luttes de mai 68 ? Pour Bernard Thibault, « il faut se garder de chercher à reproduire quelques évènements que ce soit (...) mais plutôt savoir tirer les enseignements des luttes syndicales sur la manière de conduire et gérer les luttes, sur ce qui a marché ou pas (…) chaque situation sociale et politique s’examine dans son contexte donné ». Pour autant ces luttes sociales n’arrivent pas ex nihilo et la convergence des luttes se réalise dans ce contexte, ce qui n’est pas forcément le cas aujourd’hui. Toujours selon Bernard Thibault « mai 68 n’est pas un horizon pour les syndicats, il faut avoir conscience que mai 68 ne déboule pas dans un ciel serein car la dizaine de millions de grévistes vient d’un long processus et de nombreuses luttes d’entreprises sur le pouvoir d’achat et les conditions de travail ou comment le pouvoir maîtrise les médias (…) cela donne lieu à un cocktail détonnant qu’on appelle mai 68 ».

greve_juppe_1995.jpg

1995, le gouvernement droit dans ses bottes

De 1995 Bernard Thibault se souvient de l’attitude distante du pouvoir:  «  La première semaine, le gouvernement martelait sa réforme et avait complètement minoré toutes les initiatives syndicales du mois précédent (…) il n’y a eu aucun contact pendant 9 jours et le premier contact a été établi à partir du premier sondage d’opinion où 60% des Français étaient favorables à la grève (…) c’est la deuxième semaine de grève où l’on a rencontré les conseillers et non les responsables politiques ». Une erreur qu’Emmanuel Macron semble ne pas vouloir réitérer, en appelant au dialogue constant avec les syndicats, même au plus fort de la mobilisation. En 1995 le gouvernement d'Alain Juppé, mène plusieurs réformes en même temps : les retraites, et le financement de la sécurité sociale. Deux réformes qui vont additionner les mécontents d'autant comme le précise Bernard Thibault « Jacques Chirac élu sur le thème de la fracture sociale met sur la table un projet qui s’attaque à la sécurité sociale, un des outils pour mettre fin à cette fracture ».

"Moi je vais vous dire que la grève est malade du trop peu de grèves"

Le droit de grève dans le monde
00:40

Un combat qui n'est pas mené est déjà perdu

Mais la grève est-elle encore le bon moyen de faire plier le pouvoir ? Pour Bernard Thibault, « Il n'y a que 90 pays dans le monde qui reconnaissent le droit de grève dans leur loi (...) on fait partie d'une exception. Moi je vais vous dire que la grève est malade du trop peu de grèves. On a 40 millions de personnes victimes d'esclavage, dans les processus de production internationaux, ce sont des gens privés de la moindre liberté d'expression et a fortiori de grève évidemment ». Pour l'ancien secrétaire général de la CGT, aujourd'hui la grève est devenue un moyen de défense plus que de conquêtes, mais reste au fondement de plus grandes lois sociales de notre République.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: French Government Weekly Cabinet Meeting
3min

Politique

1er mai : boulangeries et fleuristes « indépendants » pourront faire travailler leurs salariés dès cette année, annonce Sébastien Lecornu

Le Premier ministre a mis sur la table, vendredi, un nouveau projet de loi d’élargissement du travail le 1er mai, uniquement ouvert aux boulangeries et fleuristes « indépendants et artisanaux ». En attendant son adoption formelle, il a assuré que des consignes seront données pour qu’aucun contrôle ne vienne entraver le travail de leurs salariés cette année.

Le

Festival Du Livre 2025
2min

Politique

Crise chez Grasset : au Festival du livre, Emmanuel Macron affiche sa volonté de défendre le « pluralisme éditorial »

En visite ce vendredi au Festival du livre, bousculé par la crise ouverte chez l’éditeur Grasset, Emmanuel Macron a voulu afficher sa défense du « pluralisme éditorial » et de « la liberté des auteurs ». Concernant la création d’une clause de conscience pour les auteurs, le Président a estimé que cela « doit se réfléchir ».

Le

FRA – BOOK – CONSENTEMENT
2min

Politique

Crise chez Grasset : la sénatrice Sylvie Robert (PS) propose de créer une clause de conscience pour les auteurs

Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.

Le

FRA – ELECTIONS MUNICIPALES – LR RETAILLEAU
10min

Politique

« Il faut qu’il abatte son jeu et rentre sur le terrain » : Bruno Retailleau pourrait être candidat officiel des LR pour 2027 dès dimanche

Les militants LR sont appelés à choisir le mode de désignation de leur candidat ce week-end. Mais entre primaire fermée, primaire semi-ouverte et président du parti propulsé candidat, c’est la troisième option qui tient la corde. De quoi permettre au président des LR de lancer le second étage de la fusée et dévoiler son programme « de rupture ». Un meeting est en préparation avant l’été. Il pourrait se faire au Parc floral de Paris, le 20 juin.

Le