SNCF : les sénateurs PS voteront contre le texte
Après un vote interne, les sénateurs PS ont décidé de voter contre la réforme de la SNCF. Mais une minorité préfère l’abstention. Le numéro 1 du PS, Olivier Faure, a fait pression et décroché son téléphone pour défendre un vote contre. Ce que n’a pas apprécié le président du groupe.

SNCF : les sénateurs PS voteront contre le texte

Après un vote interne, les sénateurs PS ont décidé de voter contre la réforme de la SNCF. Mais une minorité préfère l’abstention. Le numéro 1 du PS, Olivier Faure, a fait pression et décroché son téléphone pour défendre un vote contre. Ce que n’a pas apprécié le président du groupe.
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Les socialistes aiment débattre et s’opposer. C’est dans leur culture. Cette fois, c’est la réforme de la SNCF qui est le théâtre des désaccords socialistes. Avant le vote solennel de l’ensemble des sénateurs cet après-midi, le groupe PS de la Haute assemblée a arrêté sa ligne ce matin, en réunion de groupe. Après un vote à main levée, 42 sénateurs ont pris position en faveur du vote contre. 12 ont défendu l’abstention. Le groupe compte 77 membres.

« On a plutôt vu la bouteille à moitié vide »

Le président du groupe, Patrick Kanner, a pourtant défendu l’abstention devant ses collègues. « Le texte était mauvais (en arrivant au Sénat). Il y eu des avancées, des prises de conscience, la prise en charge de la dette à hauteur de 35 milliards d’euros » a fait falloir lundi sur Public Sénat, dans l’Epreuve de vérité, le président de groupe.

A la sortie, Patrick Kanner assure accepter sans problème la décision du groupe. « Les sénateurs socialistes ont estimé qu’il n’y avait pas eu assez d’apports votés au Sénat. On a plutôt vu la bouteille à moitié vide » explique l’ancien ministre de la Ville et des Sports. « Mon rôle est d’animer le groupe et que toutes les positions s’expriment », ajoute un Patrick Kanner bon joueur, « je voterai contre, comme le groupe l’a décidé ».

« Je ne respecterai pas la discipline de groupe »

A la Haute assemblée, la majorité LR-UDI a travaillé main dans la main avec le gouvernement pour adopter plusieurs apports importants : incessibilité de la SNCF, censée empêcher toute privatisation, et tout un volet social renforcé, qui brosse dans le sens du poil la CFDT et l’Unsa. Un amendement sur le droit au retour des cheminots a même été voté à l’unanimité des groupes, y compris communiste. Mais le texte contient toujours la fin du recrutement au statut, prévue au 1er janvier 2020, le passage de l’entreprise en société anonyme et l’ouverture à la concurrence. Ce dernier point illustre assez bien la schizophrénie socialiste. Plusieurs sénateurs y sont opposés, notamment pour le risque sur les petites lignes. Mais le principe de l’ouverture à la concurrence a été adopté en 2016 par la majorité socialiste de François Hollande… « Le texte n’est pas ni blanc ni noir » résumait lundi Patrick Kanner. Et les sénateurs PS ni pour ni contre ?

Après le vote, le sénateur du Gard, Simon Sutour, accompagné de Bernard Lalande, ne s’attardent pas. Ils ont défendu l’abstention. « Je ne respecterai pas la discipline de groupe. Je vais m’abstenir » prévient-il… Au moment du vote dans l’hémicycle, ce sont au final 9 sénateurs PS qui se sont abstenus, selon le détail des votes publié sur le site du Sénat : Michel Boutant, Françoise Cartron, Frédérique Espagnac, Laurence Harribey, Éric Jeansannetas, Bernard Jomier, Bernard Lalande, Jean-Yves Roux et donc Simon Sutour. 68 ont voté contre.

« Si tout doit se décider au PS, ce n’est plus la peine qu’il y ait de groupe »

Pour compliquer la situation, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, s’en est mêlé, aidé de la présidente du groupe à l’Assemblée, Valérie Rabault. Le député défend le vote contre. « Pourquoi ferait-on un chèque en blanc pour une destination inconnue : transfert des petites lignes aux régions, question de la convention collective par décret... » a-t-il encore dit sur France 2, lundi matin. Pour faire pencher la balance, le numéro 1 du PS a même décroché son téléphone pour convaincre certains camarades sénateurs de voter comme les députés, selon plusieurs sénateurs. Ce que n’a pas apprécié Patrick Kanner, qui l’a fait savoir au début de la réunion de groupe. « Le rôle du premier secrétaire est de laisser le groupe travailler. Si tout doit se décider au PS, ce n’est plus la peine qu’il y ait de groupe » s’agace un sénateur socialiste. « Ces coups de fil, cela a été très mal perçu » renchérit un autre. « Les députés avaient voté pour la loi sur la sécurité intérieure. Alors le côté donneur de leçons… »

Mais dans l’entourage du premier secrétaire, on fait savoir qu’« Oliver Faure a juste appelé un seul sénateur, Olivier Jacquin, le responsable du texte au Sénat, pour avoir son ressenti et savoir si les avancées votées par les sénateurs pouvaient justifier une abstention ». Mais aux yeux du député, il reste des points « durs », comme sur la question de la convention collective. L’idée du premier secrétaire est davantage d’« harmoniser, pas de caporaliser », assure-t-on.

Après le vote, un sénateur PS tente d’ailleurs de minimiser le rôle du député de Seine-et-Marne. Si une majorité de sénateurs PS a choisi le vote contre, c’est avant tout en raison du fond du texte et pour des raisons politiques. Reste que l’épisode montre que le PS est encore loin d’avoir dépassé tous ses clivages et ses divisions de fond.

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