SNCF Réseau : Le régulateur s’inquiète d’un contrat de performance sans ambition
Interrogé par les membres de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, l’autorité de régulation des transports à travers la voix de son président, Bernard Roman a délivré un avis critique sur le futur contrat de performance qui liera SNCF Réseau et l’Etat jusqu’en 2030. Il parle d’une « occasion manquée ».

SNCF Réseau : Le régulateur s’inquiète d’un contrat de performance sans ambition

Interrogé par les membres de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, l’autorité de régulation des transports à travers la voix de son président, Bernard Roman a délivré un avis critique sur le futur contrat de performance qui liera SNCF Réseau et l’Etat jusqu’en 2030. Il parle d’une « occasion manquée ».
Public Sénat

Par Louis Dubar

Temps de lecture :

4 min

Publié le

La reprise d’une partie de la dette de SNCF Réseau par l’Etat de 35 milliards d’euros, a permis au gestionnaire de l’infrastructure du rail d’alléger la charge de ses intérêts financiers, passant d’un milliard d’euros par an avant la reprise en main du gouvernement à 450 millions en 2022. Cet assainissement était « l’occasion rêvée » pour le président de l’Autorité de régulation des transports (ART), Bernard Roman pour une nouvelle trajectoire pour le rail avec un contrat performance portant « une vraie ambition industrielle de modernisation » du réseau national qui aurait permis de répondre « aux enjeux environnementaux et de transport modal. »

 

Un contrat de performance obéissant à une logique financière

Devant les membres de la commission de l’aménagement du territoire, Bernard Roman a commenté les orientations et les mesures du contrat de performance entre SNCF Réseau et l’Etat, un texte soumis à la consultation depuis bientôt trois mois, un contrat qui ressemble « à une feuille de route préparée par SNCF Réseau sous le contrôle de l’Etat. » Le président de l’ART critique un texte qui se cantonne à suivre une logique d’équilibre budgétaire. « On demande à l’entreprise d’atteindre un cash-flow positif en 2024, pourquoi pas, mais derrière ça il n’y a pas d’ambition industrielle volontariste », se désole-t-il.

Des moyens limités pour l’entretien et la régénération du réseau

Bernard Roman a également réagi aux objectifs affichés de la SNCF par son président Jean-Pierre Farandou de doubler la fréquentation des voyageurs. « C’est un superbe objectif mais rien dans les décisions qui sont prises sur la régénération, l’amélioration, la modernisation du réseau ne permet d’atteindre ce but. »

L’ART s’inquiète également d’un sous-investissement et d’une stagnation des moyens concernant l’entretien et la régénération du réseau ferroviaire. Pour entretenir ses 28 000 kilomètres de voies ferrées, SNCF Réseau « consacrera 200 000 euros par kilomètre », le futur contrat de performance prévoit de « rester au même niveau que lors des cinq dernières années. » A titre de comparaison, l’Allemagne qui dispose du plus grand réseau européen avec 40 000 kilomètres, accorde 270 000 euros d’entretien par kilomètre de ligne et prévoit une augmentation de 50 % de ses moyens. Un audit chiffrait en 2016 à 3,4 mds d’euros la somme nécessaire « pour l’entretien et l’amélioration » du réseau. Le contrat de performance présenté consacrera 2,8 mds d’euros, uniquement « pour le réseau structurant, rien n’est prévu pour le reste. » L’entretien des lignes « structurantes régionales et de dessertes fines » est laissé aux régions et à l’Etat.

L’ancien député s’inquiète du manque d’investissement dans la modernisation de certaines infrastructures. « La France compte 2 200 postes d’aiguillage. Certains ont un siècle d’existence », explique-t-il. Avec le développement des postes informatiques, « on pourrait transformer ces 2 200 postes en seize postes d’aiguillages. » D’après l’ancien député, les moyens accordés dans le contrat de performance permettront d’atteindre cet objectif « pas avant 2040 ».

SNCF Réseau prévoit de tirer ses recettes à travers une augmentation des tarifs des péages ferroviaires. SNCF Réseau prévoit un accroissement des prix de « 50 % sur la durée du contrat, une partie en volume et une autre en augmentation nominale des péages ». Le régulateur est « sceptique » quant à la soutenabilité de ce modèle pour les compagnies ferroviaires et rappelle sa prérogative sur le sujet, « c’est l’ART qui validera les péages et s’ils ne sont pas soutenables, nous ne les validerons pas ». Avec des tarifs élevés, « on finira par décourager les entreprises ferroviaires », et qualifie un système français entretenant un « malthusianisme ferroviaire qui consiste à remplir des trains à ras bord pour payer moins. »

 

 

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Capture
5min

Politique

Accord du Mercosur : aubaine ou menace ?

Le 18 décembre, lors du Conseil européen à Bruxelles, les 27 devraient donner leur feu vert à l’accord commercial avec les pays du Mercosur. Prise en étau entre les droits de douanes américains et la Chine, l’Union européenne cherche de nouveaux débouchés pour son industrie et son agriculture. Mais certains pays, comme la France, craignent un dumping sur les prix et les normes environnementales. Alors l’accord avec le Mercosur est-il un bon deal pour l’UE ? « Ici l’Europe » ouvre le débat, avec les eurodéputés Saskia Bricmont (Les Verts/ALE, Belgique) et Charles Goerens (Renew, Luxembourg).

Le

SNCF Réseau : Le régulateur s’inquiète d’un contrat de performance sans ambition
4min

Politique

« Il faut qu’autour des écoles, on n’ait pas de MacDo et de kebabs », déclare la sénatrice des Bouches-du-Rhône Brigitte Devésa

Le surpoids semble être la nouvelle épidémie du XXIè siècle. En France, près de la moitié de la population est concernée, constituant un véritable enjeu de santé publique. De quoi alerter le législateur qui entend renforcer les mesures de prévention et d’accompagnement sur le sujet. Axel De Tarlé reçoit la sénatrice Brigitte Devésa et le nutritionniste créateur du nutri-score Serge Hercberg pour en débattre dans l’émission Et la santé ça va ?.

Le

SNCF Réseau : Le régulateur s’inquiète d’un contrat de performance sans ambition
5min

Politique

Budget de l’agriculture : le Sénat adopte des crédits en baisse, la gauche dénonce les coupes dans la transition écologique

Dans la nuit de vendredi à samedi, le Sénat a adopté les crédits de la mission agriculture du budget 2026. En prenant en compte les crédits européens, les dépenses fiscales et sociales, l’enveloppe allouée à l’agriculture s’élève à 25 milliards. Toutefois les crédits sont en baisse par rapport au dernier exercice effectivement exécuté en 2024. A gauche, les sénateurs ont dénoncé les fortes coupes dans la transition écologique.

Le

SNCF Réseau : Le régulateur s’inquiète d’un contrat de performance sans ambition
2min

Politique

Dermatose des bovins : « Nous ne laisserons aucun éleveur seul », promet Annie Genevard

Alors que le Sénat examine les crédits de la mission agriculture du budget 2026, la ministre, Annie Genevard a assuré que l’Etat serait aux côtés des éleveurs de bovins touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et a réaffirmé la politique d’abattage de toutes les bêtes des foyers affectés et d’une vaccination élargie.

Le