Sommet européen : L’Europe, combien de divisions ?
Un sommet européen à haut risque s’est ouvert ce jeudi soir à Bruxelles. Au menu : le défi migratoire. Alors que l’espace européen a réussi à juguler les flux de migrants, la crise politique, inédite, met en scène les fractures de l’Union européenne, entre nationalisme et déni de solidarité.  

Sommet européen : L’Europe, combien de divisions ?

Un sommet européen à haut risque s’est ouvert ce jeudi soir à Bruxelles. Au menu : le défi migratoire. Alors que l’espace européen a réussi à juguler les flux de migrants, la crise politique, inédite, met en scène les fractures de l’Union européenne, entre nationalisme et déni de solidarité.  
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

 

De mémoire de fonctionnaires, on n’avait pas vu tel afflux depuis 20 ans pour un sommet européen.  Des centaines de journalistes sont venus assister et couvrir à ce qui pourrait être un moment de bascule historique dans l’histoire européenne. 
Jusqu’ici, les crises traversées par l’Union ont toujours conduit à plus d’intégration. Il n’est plus question de crise des réfugiés, mais bien d’une crise majeure qui illustre une fracture politique, fondée sur les valeurs historiques de l’Europe de solidarité, d’ouverture, de démocratie et de droits fondamentaux. 
Les flux migratoires ont baissé de près de 80% par rapport à l’année dernière à la même époque. Pourtant, la ligne qui semble prévaloir aujourd’hui est bien celle de Viktor Orban, Premier Ministre nationaliste hongrois, connu pour avoir érigé des murs et barrières à sa frontière et largement réélu il y a quelques mois. Dès son arrivée au sommet européen, il a persisté, en anglais, avec un air martial : « Il faut restaurer la démocratie européenne.  Nous allons faire ce que les gens veulent. Stop à l’invasion de migrants.» 
Cette position gagne ostensiblement du terrain au sein des 28 : La Ligue d’extrême droite et son leader Matteo Salvini, désormais ministre de l’intérieur italien, ont fermé les ports aux bateaux des ONG qui viennent en aide aux migrants en Mer Méditerranée, laissant l’Union se déchirer pour ne pas accueillir ces quelques centaines d’exilés ; l’Autriche de Sébastian Kurz, dont la coalition comprend également des ministre d’extrême droite et qui prendra la présidence tournante de l’Union européenne le 1er juillet prochain, ou enfin, la CSU, alliée bavaroise historique de la CDU d’Angela Merkel, qui doit faire face a des élections à haut risque à l’automne et qui est talonnée par l’extrême droite d’Alternative Für Deutschland, sont bien déterminés à fixer une ligne dure sur ces questions d’accueil de migrants. Horst Seehofer, le ministre CSU allemand de l’intérieur a même fixé un ultimatum à la chancelière sur le règlement européen de cette question migratoire, à défaut, il fermera les frontières du pays, et emportera la fragile coalition au pouvoir à Berlin depuis quelques semaines à peine. 

Des solutions dans l'impasse


Face à ces risques de fractures, Berlin, Paris, et Madrid proposent de disposer des « hotspots » aux frontières extérieures de l’Union, en Espagne, en Grèce, ou en Italie, ce que Rome refuse. Ces centres fermés prendraient en charge les migrants dans l’attente de la décision d’asile, avant une éventuelle expulsion qui pourraient être opérée par l’agence Frontex, dont les missions et les effectifs seraient élargis.   L’objectif serait à terme d’installer ces centres également à l’étranger, en Tunisie, en Libye, ou en Afrique subsaharienne, afin d’éviter les départs, instruire les demandes d’asiles depuis l’étranger et assécher les filières de passeurs. La Tunisie a d’ores et déjà refusé ce dispositif, arguant d’une question légitime de souveraineté territoriale. 
La réforme du règlement de Dublin, qui prévoit la responsabilité du premier pays d’arrivée de prendre en charge les demandes d’asiles, est aussi à l’ordre du jour et France et Italie ne désespèrent pas de réussir à engager une refonte avant la fin de l’année 2018. Un calendrier qui apparait peu vraisemblable eu égard au blocage complet des négociations sur ce règlement, et sur le principe de solidarité qui l’accompagne, refusé vigoureusement par les pays du groupe de Visegrad (République tchèque, Hongrie, Pologne, Slovaquie).  Chaque pays menace de mettre en œuvre des solutions nationales… Quitte à fermer les frontières, à faire exploser Schengen, à fermer les ports durablement. 
Faute d’une solution européenne concertée à l’issue de ce sommet à haut risque, cette crise politique risque bien d’aboutir à une dissolution, dès la semaine prochaine, de la coalition allemande, et à terme, à une lente désintégration de l’espace Schengen, symbole de l'union européenne, rongé par les nationalismes. 

Partager cet article

Dans la même thématique

France Drugging Trial
3min

Politique

Condamnation de Joël Guerriau : Gérard Larcher a promis à Sandrine Josso de développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs

15 jours après la condamnation de l’ex-sénateur Joël Guerriau à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué en 2023 la députée Sandrine Josso en vue de la violer, Gérard Larcher a reçu l’élue mercredi soir pendant une heure. Le président du Sénat s’est engagé à développer les formations à la lutte contre les violences sexuelles auprès des sénateurs.

Le

Paris: Bruno Retailleau annonce candidature elections presidentielles 2027
9min

Politique

« Je serai le Président de l’ordre, de la justice et de la fierté française » : Bruno Retailleau se déclare candidat à la présidentielle de 2027

Le président des LR se lance dans la course pour 2027. « J’ai pris la décision d’être candidat à l’élection présidentielle » a annoncé l’ancien ministre de l’Intérieur, assurant ne pas vouloir être chef de l’Etat « par obsession du pouvoir, mais par sens du devoir ». Une décision que l’ancien président du groupe LR du Sénat a « mûri » petit à petit. Mais selon ses proches, il a en réalité décidé d’y aller « il y a déjà plusieurs mois ».

Le

« Regards croisés allemand et polonais sur les grands dossiers européens »
4min

Politique

Union européenne : au Sénat, des acteurs allemands et polonais appellent à « améliorer notre capacité à se défendre sans divorcer avec les Etats-Unis »

L’année 2026 célèbre le 35e anniversaire du Triangle de Weimar, une coopération entre la France, l’Allemagne et la Pologne basée sur le renforcement du dialogue politique entre les trois pays. Pour l’occasion, la commission des affaires européennes du Sénat a invité deux représentants de think tanks allemand et polonais, ce jeudi 12 février, pour croiser leurs regards sur une actualité européenne sous tension : les offensives de Donald Trump et la montée de l’extrême-droite sur le Vieux Continent.

Le

Paris: no-confidence debate in French parliament
5min

Politique

Programmation pluriannuelle de l’énergie : la feuille de route de Sébastien Lecornu coûte-t-elle 300 milliards comme l’affirme le RN ?

Sébastien Lecornu a détaillé la nouvelle feuille de route énergétique de la France, très attendue depuis 3 ans.  La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui prévoit une relance du nucléaire et la poursuite du développement des énergies renouvelables est estimée par le Rassemblement national à un minimum de 300 milliards d’euros. Un calcul démenti par les experts.

Le