Sortie de l’euro : les atermoiements de Marine Le Pen
Quel calendrier pour la sortie de la monnaie unique ? Faut-il en faire l’alpha et l’oméga de son programme économique ? Le FN a semble-t-il assoupli sa ligne ces dernières semaines.

Sortie de l’euro : les atermoiements de Marine Le Pen

Quel calendrier pour la sortie de la monnaie unique ? Faut-il en faire l’alpha et l’oméga de son programme économique ? Le FN a semble-t-il assoupli sa ligne ces dernières semaines.
Public Sénat

Par Guillaume Jacquot (Sujet vidéo : Quentin Calmet)

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Mis à jour le

Marine Le Pen a fait de l’abandon de l’euro comme monnaie unique l’un des piliers de son programme depuis plusieurs années. Mais ce choix économique qui divise les Français, comme le montrent plusieurs enquêtes d’opinion, pourrait donc s’avérer risqué électoralement. En 2012, deux mois avant le premier tour, elle avait souhaité rassurer en conditionnant la sortie de l’euro à une validation par référendum .

Cinq plus tard, le projet d’un retour au franc, parallèle à une transformation de l’euro en monnaie commune de type ECU, reste toujours aussi sensible. Les multiples variations sur le calendrier ces derniers jours en attestent. Le programme, qui a rétrogradé l’importance réservée à ce point, est également révélateur.

Marine Le Pen veut attendre les Allemands et les Italiens

La promesse de la tenue d’un référendum sur l’appartenance à l’Union européenne  « dans les six mois » suivant l’élection de Marine Le Pen a été maintes fois répétée dans la campagne du premier tour. Lors de son grand meeting à Lyon, le 5 février dernier, la candidate du Front national avait déclaré qu’elle « s’engagerait immédiatement » avec les partenaires européens dans une « renégociation » des traités afin d’aboutir, en six mois, à un « compromis » et au retour de « quatre souverainetés » : monétaire, économique, législative et territoriale.

Le 26 mars, la négociation sur l’euro  est d’abord repoussée de quatre mois. Dans un entretien au Parisien, Marine Le Pen relègue la monnaie unique à « l’ultime étape » du calendrier des négociations. « Je veux attendre le résultat des élections en Allemagne [le 24 septembre 2017, NDLR] avant de renégocier », affirme-t-elle.

Nouvel ajustement d’agenda le 4 avril sur notre antenne. « Il est évident que pour pouvoir négocier sur le retour à une monnaie nationale, il faut attendre les échéances allemande et italienne pour savoir avec quelle majorité on va négocier ». Le verdict des urnes italiennes repousse l’échéance à février 2018, au plus tôt.

« Il apparaît prudent d’engager ces négociations à partir de janvier 2018 »
Nicolas Bay, secrétaire général du Front national

Bay : « Il apparaît prudent d’engager ces négociations à partir de janvier 2018 »
00:42

Le FN refuse toute sortie brutale de l’euro

Samedi, sa nièce Marion Maréchal Le Pen a certes confirmé l’horizon 2018 comme le début des négociations. Elle l’a en revanche désavouée sur le délai de six mois. « Je pense que cette position, même sur le plan des traités stricto sensu et du droit, n’apparaissait pas tout à fait réalisable […] Ce sera un long processus, un processus mûri », a-t-elle indiqué, évoquant un débat de « plusieurs mois ou peut-être plusieurs années ».

Réfutant tout « désaccord » dans son équipe, Marine Le Pen a reconnu lundi 1er mai sur France 2 que la négociation prendrait « peut-être huit mois, ou dix mois ». « Marion fait référence à la négociation si jamais les Français décident de sortir de l’Union européenne. Il y a deux ans : c’est la situation dans laquelle se retrouvent les Britanniques », précise Marine Le Pen.

« Il n’y a pas d’urgence à sortir de l’euro comme monnaie unique »

En réalité, le Front national cherche à insister dans sa campagne sur le scénario d’une sortie ordonnée et concertée de la monnaie unique. Interrogé par Public Sénat, Bernard Monot, qui pilote le programme économique de Marine Le Pen, avance l’idée d’une négociation de six mois, « à quelques mois près », en indiquant que « tout se fera dans le consensus et la tranquillité ». « Il n’y a pas d’urgence à sortir de l’euro monnaie unique de manière brutale », résume-t-il.

Sortie de l'euro : "L'idée générale, c'est de négocier en moyenne six mois", explique Bernard Monot
01:06
Images : Quentin Calmet

Depuis la conclusion de l’accord, Nicolas Dupont-Aignan considère qu’il est à l’origine de ce calendrier assoupli sur la question de l’euro. « Je pense avoir convaincu Marine Le Pen qu'il fallait prendre le temps de la négociation [...] Nous laisserons un peu de temps au temps pour le faire avec sérieux », affirme-t-il ce lundi au micro de BFMTV.

La sortie de l’euro, « pas un préalable »

Qualifiée pour le second tour, le Front national a fait le choix de ne pas faire mention sur sa profession de foi de sa volonté de sortir de l’euro, une proposition qui aurait pu être repoussante pour certains électeurs. « Il faut bien le dire, cette mesure est peut-être la plus connue », s’est défendue Marine Le Pen sur France 2. La version 2012 du texte envoyé aux électeurs avait la même sémantique.

Autre évolution dans cette campagne : la sortie de la monnaie unique n’est pas présentée comme la clé de voûte du programme économique du Front national. Le texte de trois pages conclu entre Marine Le Pen et le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan indique même que « la transition de la monnaie unique à la monnaie commune européenne n'est pas un préalable à toute politique économique ».

L’équipe en charge du programme réfute tout ajustement. « C’est tout à fait cohérent par rapport à ce que nous avons dit depuis 2008. On peut faire d’autres choses en dehors de l’euro, il y a beaucoup d’autres propositions, ne serait-ce que soutenir les entreprises hexagonales, baisser l’impôt sur les sociétés immédiatement », défend le stratège économique de Marine Le Pen, Bernard Monot :

Bernard Monot : "On peut faire d'autres choses en dehors de l'euro"
01:13
Images : Quentin Calmet

La sortie de l’euro n’est pas non plus une priorité pour Jérôme Rivière. « Cela répond aussi à la nécessité de ne pas tout faire en même temps. Cette souveraineté monétaire est un objectif pour la fin du quinquennat plus qu’un objectif pour les premiers jours du quinquennat », indiquait le 1er mai sur RFI le conseiller défense de Marine Le Pen.

Florian Philippot, l’un des ardents défenseurs d’une sortie de l’euro au sein du FN (il avait jugé ce point du projet « indispensable » en 2016), rappelait ce dimanche sur France 3 réfute tout amendement au programme mais plaide pour la « précision ». Pendant « ces six mois » de négociation, indique-t-il, le gouvernement pourra « faire des choses en matière économique » : suppression de la loi travail, revalorisation du minimum vieillesse ou « patriotisme économique ».

Florian Philippot, sur la sortie de l'euro : "Le projet, il est clair"
01:27
Images : France 3

« Dans ces conditions-là, 70% de mon programme ne pourrait pas être mis en œuvre »

Marine Le Pen a pourtant attaché une grande importance à la souveraineté monétaire dans la défense de son programme. Durant le débat du 20 mars entre les 11 candidats, on se souvient que la candidate frontiste avait dégainé derrière son pupitre un graphique sous-entendant un le lien entre un décrochage de la production industrielle française comparée aux voisins européens et l’adoption de l’euro.

Une semaine plus tard, elle confiait dans une interview sur Europe 1 que « 70% de son programme ne pourrait pas être mis en œuvre » si le non devait l’emporter dans son référendum sur l’appartenance à l’Union européenne et à la zone euro.

L'entrepreneur Mikael Sala, l’un des autres architectes du projet économique de Marine Le Pen, jugeait lui en mai 2016 que l’euro était « incompatible » avec le « contrat social ». Le président du collectif « Croissance Bleu Marine » estimait aussi que « le redressement des entreprises françaises » passait « nécessairement par la souveraineté monétaire retrouvée ».

Un an après le séminaire d’Étiolles où la question de la sortie de l’euro avait agité ses cadres, le Front national semble toujours hésiter sur la stratégie à adopter vis-à-vis de la monnaie unique, dans une optique de conquête de nouveaux électeurs.

Partager cet article

Dans la même thématique

Glucksmann
6min

Politique

Le sénateur Place Publique Bernard Jomier appelle à créer « un intergroupe » rassemblant les pro-Glucksmann au Sénat

« Il va y avoir un travail en commun des sénateurs qui soutiennent Raphaël Glucksmann », soutient le sénateur de Paris, après la victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire de la gauche sociale-démocrate. Il tend notamment « la main » aux sénateurs écologistes, qu’il a rejoints. Mais du côté du groupe PS, l’initiative laisse pour l’heure plus dubitatif.

Le

Bram: Raphael Glucksmann at Les Rencontres de la Gauche
8min

Politique

Présidentielle : de quels moyens va bénéficier Raphaël Glucksmann, désormais candidat du PS, pour faire campagne ?

Officiellement investi pour la campagne présidentielle, Raphaël Glucksmann va pouvoir bénéficier de l’expertise technique et militante du Parti socialiste pour la course à l’Elysée. Du fait de son poids politique, le parti à la rose devrait également être le premier contributeur financier de sa campagne. Le Canard enchaîné évoque un plafond à 2,4 millions d’euros, loin toutefois de ce qui avait été déboursé pour Anne Hidalgo ou Benoît Hamon.

Le

Paris: Weekly session of questions to the government at the Senate
8min

Politique

Modernisation de la radio : la proposition de loi de Laurent Lafon pour assouplir la réglementation et soutenir le secteur

Déposée le 16 juin 2026 à l’initiative du sénateur Laurent Lafon, la proposition de loi relative à la modernisation de la radio sera débattue demain en séance publique. Adoptée largement par la Commission de la culture le 7 octobre 2026 et soutenue par les acteurs de la radio, la proposition de loi vise à assouplir la règlementation et favoriser le développement de la radio numérique terrestre dans un contexte de relatif déclin de la radio française.

Le

Paris Students and Police face to face
6min

Politique

Mobilisation lycéenne : le recours aux gardes à vue est-il justifié ?

Depuis le début du mouvement, 6 877 personnes ont été placées en garde à vue, dont une très grande majorité de mineurs. Une mesure de contrainte injustifiée selon plusieurs avocats, qui y voient plutôt une volonté de la part des forces de l’ordre de sanctionner les manifestants.

Le