SNCF, fonctionnaires et bientôt les retraites ou encore la modernisation de l'action publique: l'exécutif enclenche une série de réformes...
Soucieux d’aller vite, l’exécutif multiplie les réformes explosives
SNCF, fonctionnaires et bientôt les retraites ou encore la modernisation de l'action publique: l'exécutif enclenche une série de réformes...
Par Marc PRÉEL
Temps de lecture :
4 min
Publié le
SNCF, fonctionnaires et bientôt les retraites ou encore la modernisation de l'action publique: l'exécutif enclenche une série de réformes sensibles en ce début d'année, bien décidé à convaincre que "la transformation" macronienne ne va pas ralentir.
Emmanuel Macron a donné le ton en ce début d'année devant les "forces vives de la Nation": il faut "ne rien relâcher de l'effort et de la nécessaire transformation" et ne pas se payer "le luxe d'un retour à la normale".
Un mot d'ordre confirmé par Edouard Philippe vendredi à l'Ecole militaire: "L'inertie, l'immobilisme, la tranchée, sont les menaces que nous devons éviter. Nous devons rester en mouvement".
Malgré une rechute dans les sondages, l'exécutif rallonge chaque semaine le train de ses réformes en cours, profitant d'une embellie économique, d'une opposition qui peine à peser durablement et de syndicats mobilisés mais désunis sur beaucoup de dossiers.
Quitte à agiter des chiffons rouges, comme "les plans de départs volontaires" dans la fonction publique annoncés par Gérald Darmanin, qui ont surpris même certains conseillers de Bercy. Ou à lancer une réforme de la SNCF dont les volets les plus sensibles n'ont été précisés par Emmanuel Macron qu'après son élection.
Manifestation de fonctionnaires CGT le 10 octobre 2017 à Brest
AFP/Archives
En réaction, sept syndicats de fonctionnaires sur neuf ont appelé à faire grève le 22 mars, jour où la CGT-cheminots mobilisera également contre les projets de réforme de la SNCF.
"Il faut qu'on ait fait 90% des réformes avant la fin 2018, souligne un député LREM en vue. Tant qu'on a encore de la légitimité politique. Et tant que les taux d'intérêt restent bas. On a le vent dans les voiles avec la croissance".
"Le printemps sera très chargé car beaucoup de dossiers vont déboucher: l'assurance chômage, la formation professionnelle et l'apprentissage, l'organisation de l'islam de France, le Grand Paris, avec probablement la disparition des trois départements de la petite couronne, la révision constitutionnelle...", reconnaît-on à l'Elysée.
Selon Les Echos, le chef de l'Etat pourrait également donner la feuille de route de la réforme des retraites d'ici fin mars.
En appliquant l'essentiel de son programme électoral dans les deux premières années de son mandat, le président Macron "dit +Je transforme+ et je vous donne rendez-vous à la fin de l’année 2018", plaide son entourage.
- Les sondages, "on s'en tape!' -
Un risque identifié est toutefois de créer un décalage entre les réformes tous azimuts et les résultats visibles, comme sur le pouvoir d'achat.
"On lance plein de trucs mais parfois on a l'impression qu'on subit ce rythme", reconnaît un député En Marche, citant par exemple "l'erreur" d'avoir "tout misé" sur la baisse des charges sociales de janvier, alors que l'effet principal ne se verra sur les feuilles de paie qu'en octobre.
Manifestation de motards contre la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires le 27 janvier 2018 à Toulouse
AFP/Archives
Quant aux sondages de popularité, qui rechutent, "on s'en tape!", jure un ténor de la majorité. Edouard Philippe, conscient d'avoir pris une mesure impopulaire avec la limitation en juillet de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, s'est à nouveau dit "prêt" vendredi à assumer "des moments d'impopularité".
"Les choses difficiles, c'est quand même une part de son métier. Mais il ne faut pas qu'il ne soit que celui qui annonce les mauvaises nouvelles, il ne faut pas qu'il ne soit que celui qui annonce les choses difficiles", souligne un ami du chef du gouvernement.
Possible prochaine source de controverse: le comité d'experts "CAP 22". Nommé en octobre par Edouard Philippe pour fournir des idées de réformes de l'Etat, il doit remettre ses propositions fin mars ou début avril, selon le gouvernement.
"Une vingtaine" de "gros sujets de transformation", "qui nécessitent un portage politique fort", ont déjà été identifiés, selon Bercy.
Depuis la semaine dernière et "jusqu'en mai", chaque semaine les ministres devront "présenter en Conseil des ministres leur projet de transformation", issu d'un "dialogue" avec les experts de CAP 22, selon la même source. Sous la présidence d'Emmanuel Macron, le conseil décidera si chaque plan "répond au niveau d'ambition qu'on s'est fixé".
Et après? Le patron de La République En Marche, Christophe Castaner, a été chargé de réfléchir avec le parti à la deuxième moitié du quinquennat.
Après le retrait à l’Assemblée nationale de la proposition de loi portée par la députée Renaissance Caroline Yadan, le gouvernement va reprendre la main et présentera un projet de loi sur la lutte contre l’antisémitisme devant le Sénat avant l’été. L’exécutif compte sur un accueil plus favorable à la chambre haute où la droite et le centre sont majoritaires. Mais les relations entre la majorité sénatoriale se sont tendues ces derniers temps.
Le Premier ministre a mis sur la table, vendredi, un nouveau projet de loi d’élargissement du travail le 1er mai, uniquement ouvert aux boulangeries et fleuristes « indépendants et artisanaux ». En attendant son adoption formelle, il a assuré que des consignes seront données pour qu’aucun contrôle ne vienne entraver le travail de leurs salariés cette année.
En visite ce vendredi au Festival du livre, bousculé par la crise ouverte chez l’éditeur Grasset, Emmanuel Macron a voulu afficher sa défense du « pluralisme éditorial » et de « la liberté des auteurs ». Concernant la création d’une clause de conscience pour les auteurs, le Président a estimé que cela « doit se réfléchir ».
Alors que plus de 150 écrivains annoncent quitter la maison d’édition Grasset pour protester contre le renvoi du PDG Olivier Nora, la sénatrice socialiste Sylvie Robert propose une « loi d’urgence » pour « protéger les auteurs ». Le but : permettre aux auteurs d’activer une clause de conscience en cas de changement radical de la ligne éditoriale de leur éditeur.